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Dans le dur de la crise laitière

Le 24 juillet, à l'issue d'une table ronde réunie par le ministre Stéphane Le Foll, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a obtenu une hausse du prix du lait. Mais la profession restant dubitative, la signature de cet accord n'a pas mis fin aux actions. Avec les blocages des laiteries, producteurs et transformateurs sont entrés dans le dur d'une crise laitière.

Les représentants syndicaux se sont faits les porte-parole des éleveurs dans le dialogue 
avec la direction de Sodiaal.
Les représentants syndicaux se sont faits les porte-parole des éleveurs dans le dialogue
avec la direction de Sodiaal.
© TERRA

Symptôme des inquiétudes des producteurs, des blocages ont eu lieu devant plusieurs laiteries ces derniers jours. Sodiaal à Malestroit (56) le 23 juillet, Laïta à Créhen (22) le 24, Lactalis à Laval (53) le 27... Constante dans ces actions : les revendications sur le prix du lait, descendu aux alentours de 300 € la tonne, soit très en dessous des coûts de production.

Dans une étude récente sur les élevages bretons, CER France évalue en effet à 335 € le prix d'équilibre moyen pour la production d'une tonne de lait, avant rémunération de la main-d’œuvre. Un prix qui monte à 390 € pour un quart des élevages. En comparaison, il y a dix ans ce prix moyen était de 270 €. En cause, une hausse installée des cours des matières premières et des investissements faits par les éleveurs pour accompagner la fin des quotas et moderniser la filière.

Une douloureuse incompréhension

Le mécontentement ne concerne cependant pas que les producteurs français. Il s'exprime également, et pour les mêmes raisons, en Allemagne et en Irlande. Et si les éleveurs de l'Hexagone dénoncent des distorsions de concurrence, il n'en demeure pas moins que la fin des quotas, l'embargo russe et la guerre des prix ont engendré une baisse de la rémunération du lait qui touche peu ou prou tous les pays d'Europe.

Le 23 juillet à Malestroit, les manifestants avaient rendez-vous avec le directeur régional de Sodiaal, Patrick Wecxsteen, et avec son président, Pascal Nizan. Devant le portail de l'entreprise, c'est un dialogue intense qui les a mobilisés pendant deux heures. Au cœur du débat, l'incompréhension devant l'effondrement de la rémunération d'une part, mais aussi, de l'autre, une coopérative qui subit le retournement de la conjoncture laitière mondiale.

En termes de volumes, Sodiaal vend 40 % de sa production en GMS, 40 % en RHD (restauration hors domicile), le reste étant valorisé en cheddar, poudre, etc. La RHD est un marché problématique, qui tire les prix vers le bas, parce que ceux-ci sont négociés sur de très gros volumes et que les laiteries sont prises au piège d'un fonctionnement institutionnalisé. Les dirigeants de la coopérative ont donné l'exemple du lait acheté par l'Etat pour l'administration carcérale : de manière obligatoire, un appel d'offre est publié pour l'octroi du marché. Et, comme le veut la loi, celui-ci est attribué au moins disant. C'est ainsi que cette année, l'Etat français achète en Belgique la totalité du lait destiné aux prisons. Non seulement cette situation est incomprise par les agriculteurs, mais elle met également la pression sur les prix pratiqués par les transformateurs, qui sont contraints de s'aligner s'ils veulent remporter les marchés.

La politique d'investissement des transformateurs suscite également des réactions parmi les coopérateurs : "Quand on n'a pas d'argent, on n'investit pas". Mais pour Philippe Charlotin, administrateur et membre du conseil de région Bretagne Est Sodiaal, il est indispensable au contraire de rechercher la valeur ajoutée des produits pour augmenter la rentabilité. C'est pourquoi, par exemple, l'entreprise a investi dans la déminéralisation du lactosérum, malgré la crise.

Un accord a minima

A l'issue d'une table ronde menée par le ministre de l'agriculture le 24 juillet, la FNPL a obtenu une hausse des prix des produits laitiers consentie par les distributeurs et répercutée "en entier" sur les éleveurs. Ainsi les prix devraient remonter à 340 €/1 000 l jusqu'à la fin de l'année 2015, à hauteur de ceux de la fin de l'année 2014, indique le ministère. Le médiateur a été mobilisé, et son équipe renforcée, pour vérifier la tenue des engagements. Mais il s'agit d'un accord à minima, puisqu'il ne concerne qu'une partie de la production, MDD et 1er prix. L'accord exclut une grande part des produits de grande consommation et ceux destinés à l'export. La fédération des industriels a indiqué dans un communiqué qu’il "est donc impossible à ce jour d’assurer un prix d’achat minimum au 1 000 litres, comme annoncé par certains". Les agriculteurs ne baisseront alors pas la garde, d'autant que distributeurs et transformateurs se renvoient déjà la balle. Ils attendent donc de voir si et comment cet accord sera appliqué.

Pour Philippe Charlotin, nous vivons un problème de conjoncture qui ne fait qu'aggraver une crise structurelle. Si rien n'est entrepris pour régler cette dernière, les prix remonteront mais la même situation se représentera tôt ou tard. Il faut donc agir sur le long terme et créer un dispositif qui permette de passer sans encombre les années difficiles. Pour cela, les solutions sont politiques, fiscales et réglementaires.

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