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Déficit énergétique chez la vache laitière : "quand le taux va, tout va !"

Acétonémie, perte d’état importante, chute de la production laitière et des taux ou encore boiteries récurrentes : autant de conséquences parfois issues d’un déficit énergétique dans la ration des vaches, difficile à identifier et méconnu. Mais éleveurs et conseillers en élevage disposent d’indicateurs privilégiés pour le démasquer.

"Mes vaches manquent-elles d’énergie ?" Une majorité d’éleveurs le pensent et le vivent au quotidien. Et beaucoup de conseillers en élevage en sont convaincus. Ces résultats sont issus d’une enquête réalisée du 7 au 18 janvier 2019 auprès de 67 éleveurs et 14 techniciens, essentiellement de l’Ouest de la France. Cette enquête, réalisée par des élèves ingénieurs d’Agrocampus Ouest, visait à mieux appréhender la perception de cette notion de déficit énergétique dans les élevages laitiers français. Car si les termes "cétose" ou "acétonémie" parlent le plus souvent aux éleveurs et techniciens, c’est bien le déficit énergétique important, à l’origine de la création de corps cétoniques, qui en est le responsable. Pourtant, ce terme est absent du top 5 des préoccupations citées par les éleveurs, où on retrouve la santé du troupeau, la rentabilité de l’exploitation, l’alimentation, la reproduction et la qualité du lait. Et à bien y réfléchir, le déficit énergétique se cache souvent aussi derrière ces cinq items.

Le déficit énergétique, cíest quoi ?

Il existe différentes définitions du déficit énergétique que l’on peut résumer comme étant l’état atteint par un animal lorsque l’énergie apportée par son alimentation ne couvre pas ses besoins énergétiques. Phénomène normal à certains moments (début de lactation en raison d’une forte demande liée à la production de lait et une ingestion insuffisante), le déficit énergétique ne doit pas durer ? Car "ça commence par une baisse de la production, des mauvais taux et ça s’enchaîne avec des boiteries ou d’autres problèmes du même genre", souligne l’un des éleveurs enquêtés. Éleveurs et techniciens s’accordent sur le fait que le début de lactation, les périodes de transition alimentaire lors du tarissement ou la mise à l’herbe, sont les plus propices à l’apparition d’un tel déficit. De plus, tous les troupeaux ne font pas face au même risque de déficit et les vaches très productives sont les plus fréquemment touchées, car elles sont les plus sensibles à un fort amaigrissement en début de lactation. Mais éleveurs et techniciens s’accordent sur la diversité des origines du déficit énergétique : ration non adaptée, baisse de la qualité nutritionnelle des fourrages, adaptation à la nouvelle ration, manque de stock, manque d’appétit... Pour eux, les "systèmes pâturants" sont aussi "à risque", en raison de la variation de la qualité de l’herbe au cours des saisons et les aléas climatiques (sécheresse). Les transitions alimentaires hivernales/estivales requièrent aussi une attention particulière dans ces systèmes, car le passage du foin au pâturage et inversement constitue un "stress important pour le rumen", qui nécessite un temps d’acclimatation, au détriment des performances.

Des indicateurs díalerte facilement mobilisables

Ces mêmes éleveurs et techniciens se rejoignent aussi pour dire que l’évolution de l’état d’engraissement des animaux, de la production laitière, des taux, etc. constituent des indicateurs pertinents d’alertes de l’existence de risque de déficit énergétique. L’état d’engraissement, appréciable par chacun, est plébiscité par un tiers des éleveurs, alors que si l’analyse du lait apparaît dans plus d’une réponse sur deux, elle n’est pas considérée comme un outil prioritaire . Les conseillers font quant à eux davantage confiance à l’analyse du lait, car il est vrai que le suivi d’état d’engraissement, propre le plus souvent à chaque élevage, n’est pas très compatible avec des passages espacés. L’indicateur d’acétonémie présent chez certains, la baisse de production laitière, un TB bas et un TP haut sont aussi quatre informations pertinentes à disposition des techniciens et éleveurs mais pas forcément reconnues pour détecter le déficit énergétique. Parmi les éleveurs qui les utilisent, l’un d’eux confie avec justesse : "Si les taux se resserrent, la vache maigrit !".

 


Alors, que faire ?

L’observation du troupeau semble être un des moyens les plus utilisés et les plus efficaces pour détecter la présence d’un déficit énergétique. L’équilibre de la ration, en accord avec l’objectif de production et la qualité nutritionnelle des aliments, doit être vérifié en premier lieu. Des additifs sont ajoutés si nécessaire à la ration pour en augmenter la teneur en énergie : propylène glycol, bolus (activateurs de la flore ruminale)… Le passage en ration semi-complète limite le déficit énergétique des vaches très productives car, individualisée, elle s’ajuste aux besoins de la vache. Il faut s’assurer que les vaches soient nourries suffisamment, et dans la limite du possible, qu’il y ait autant de places à l’auge que de vaches dans le troupeau. Une bonne préparation du vêlage est nécessaire pour limiter le déficit énergétique du début de lactation. Elle passe par une transition alimentaire douce vers la ration des vaches en lactation.

Pour aller plus loin

Les deux tiers des éleveurs aimeraient pouvoir bénéficier d’outils leur permettant d’anticiper ce problème de déficit énergétique. Des indicateurs quotidiens présents dans le lait et un suivi fin et pertinent de l’état d’engraissement des animaux sont plébiscités. D’autres indicateurs déjà présents en élevage tels que les taux protéiques ou butyreux sont aussi d’intérêt, à condition d’être déterminés suffisamment près de l’apparition des problèmes. Cela nécessiterait non seulement de s’approprier ces outils simples de suivi dans cette optique, mais aussi sans doute, de disposer d’analyses plus fréquentes et si possibles, peu coûteuses.

Ils ont enquêté

Ce travail d’enquête s’inscrit dans le cadre du projet BioMarqLait, financé par les fonds Casdar, visant à identifier l’intérêt de certains composants fins du lait appelés "Biomarqueurs", présents en faible quantité, comme potentiels indicateurs de l’état nutritionnel et/ou de santé de la vache. Il a été réalisé par les élèves ingénieurs d’Agrocampus Ouest (Rennes) dans le cadre de la spécialisation de 3e année "Sciences et ingénierie en productions animales" (photo prise lors de la visite des étudiants de la station de Trévarez).

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