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Dégâts de gibier, tensions vives entre chasseurs et agriculteurs

Le congrès national exceptionnel de la Fédération nationale des chasseurs, organisé à Paris le 23 octobre, a été l’occasion, pour les chasseurs et les agriculteurs, d’étaler leurs divisions sur de nombreux sujets. La FNSEA propose un "contrat d’entraide" pour sortir de l’impasse. Les dégâts de gibiers vont croissant, les budgets deviennent astronomiques, mais la réunion du congrès n'a pas véritablement permis de trouver une stratégie commune. Seul point positif les acteurs continuent de se parler.

3 000 sangliers ont été par exemple abattus en 2018 en Morbihan, 500 de plus que l'année précédente.

Le congrès de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) a permis aux chasseurs et aux représentants syndicaux agricoles, conviés à l’événement, de confronter leurs visions sur l’épineuse question des dégâts de gibiers. Cette assemblée générale des fédérations de chasseurs a été réunie spécialement par la FNC pour discuter de ces questions. "Nous ne voulons plus être les seuls à payer", ont martelé les représentants locaux de la FNC confrontée à une hausse des indemnisations liée à la prolifération des sangliers dans les campagnes françaises. Pendant la saison 2017-2018, les chasseurs ont tué près de 700 000 sangliers, contre seulement 45 000 dans les années soixante-dix. "Les agriculteurs n’ont pas à payer ce qui incombe aux gestionnaires du gibier", a rétorqué le vice-président des Jeunes agriculteurs, Loïc Quellec, qui estime qu’il est "inadmissible de voir l’outil de travail des agriculteurs endommagé, alors que certaines méthodes de chasse, comme l’agrainage et le lâcher de gibier, sont encore pratiquées".

Prolifique, sous-chassé, le sanglier prospère. Les battues de régulation explosent et les chasseurs saturent.

 

Pas assez de petit gibier

Une affirmation vivement contestée par les chasseurs, qui reprochent de leur côté aux agriculteurs de ne pas faire suffisamment pour préserver le petit gibier dans leurs champs. "Nous entendons la volonté des agriculteurs d’en faire plus, mais nous attendons des actes et des résultats sur cette question", a ainsi affirmé le président de la Fédération nationale de la chasse, Willy Schraen. Pour accélérer la régulation du sanglier dans les campagnes françaises, les JA, la FNSEA et la Confédération paysanne ont demandé, en chœur, la fin des plans de chasse destinés à garantir la viabilité des espèces, afin de "tirer le sanglier toute l’année et de le considérer comme nuisible". Les chasseurs estiment au contraire que supprimer ces plans "ne sert à rien", si ce n’est leur retirer des informations sur les effectifs de l’espèce.

Pour calmer les tensions, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, a proposé aux chasseurs un "contrat d’entraide", prévoyant un "renforcement des moyens de régulation des sangliers", une "simplification des conditions d’indemnisation" des dégâts, en échange, notamment, de la mise en place "d’actions conjointes en faveur de la biodiversité", particulièrement sur le "petit gibier".

 

Unis contre le "bashing"

Le plan proposé par la FNSEA prévoit en outre la suppression totale des restrictions sur la chasse aux sangliers, la mise en place d’une indemnisation plus large des dommages, pour une prise en compte des pertes liées aux produits déjà récoltés ou stockés, une dématérialisation de la procédure d’indemnisation et une détection des dégâts par drones. Réagissant à ces propositions, Willy Schraen, président de la FNC, a salué "la main tendue" de Christiane Lambert. Chasseurs et agriculteurs ont par ailleurs appeler à faire face ensemble aux "attaques des animalistes", au "bashing" et à "défendre la ruralité". Un point d'accord minimum, sur un sujet commun, mais les questions et les désaccords restent profonds. Toutefois les acteurs continuent de se parler.

 

permis chasse

Passer son permis à zéro euro pour réguler

"J’étais encore ce matin à reboucher des trous dans des pâtures...", s’exclame Guénaël Le Luhel qui œuvre, incitant à déclarer les dégâts subis. "Faute de quoi, certaines espèces ne sont plus considérées comme nuisibles, c’est le cas du blaireau entre autres", met en garde le Monsieur chasse de la FDSEA du Morbihan. Il est éleveur laitier en Gaec à Questembert, sur 140 hectares, et croise souvent de bon matin la faune sauvage. Ici, comme ailleurs en Bretagne, le sanglier est devenu le cochon de la colère. Sa population s’est adaptée à l’évolution des pratiques agricoles et des cultures. Prolifique, avec des laies plus précoces, sous-chassé, il prospère, trouvant partout dans les champs le couvert, et dans les friches, bois et délaissés, le gîte. Un fléau à la sombre hure, qui peut être porteur de zoonoses, dont la redoutée peste africaine. Il dévaste tous les ans cultures ou semis, occasionnant 150 000 euros d’indemnisation en 2017, année où 2 500 spécimens avaient été tirés, 3 000 l’an passé à l'échelle du département. "Ça augmente de 500 tous les ans. Les battues de régulation explosent, les chasseurs y sont tous les week-end, ils saturent", constate Gérard Sadais, technicien de la Fédération de chasse du Morbihan, responsable du centre d’examen du permis de chasser. Et de souligner la difficulté de mobiliser des Nemrod en nombre quand le besoin s’exprime. Face à cette situation, Guénael Le Luhel s’est impliqué, dénonçant les manques, proposant aussi des solutions, dont la suppression du bracelet permettant de chasser la bête, par souci de simplification. Et parce que rien ne vaut que d’être servi par soi-même, il a aussi travaillé avec la Fédération de chasse du Morbihan pour mettre sur pied un permis de chasse à zéro euro en 2019. "Avec des formations adaptées aux horaires des agriculteurs !". Sur 50 agriculteurs prétendants, 30 l’ont décroché lors de la première session. Une deuxième vient de s’ouvrir cet automne à Vannes. "Passer son permis, c’est encore le meilleur moyen de participer à la régulation", milite ce chasseur à ses heures.  / Claire Le Clève

 

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