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Dégâts de gibier : une situation qui ne cesse d'empirer

Les dégâts de gibier sont de plus en plus importants sur notre territoire et au sein des agriculteurs, la colère monte. De nombreuses discussions ont lieu, mais dans la pratique, rien ou presque ne change. Pire même, dans de nombreux endroits, la population de sangliers ne cesse d'augmenter et les dégâts avec. Voici, à travers une étude ministérielle et des exemples concrets, la situation dans notre région.

Dans un rapport national réalisé par le Conseil général de l'Environnement et du Développement durable et le Conseil général de l'Alimentation, de l'Agriculture et des Espaces ruraux, daté de janvier 2012, un constat de la situation est dressé et des solutions sont avancées. Ainsi ce rapport analyse la problématique des dégâts de gibier sous l'angle juridique, économique, sanitaire et sécuritaire. Selon l'étude, "un certain nombre de signaux inquiétants tels que l'augmentation constante du montant des indemnisations payées par les fédérations départementales des chasseurs au titre des dégâts de gibier, la dégradation croissante des peuplements forestiers par les cervidés, les difficultés rencontrées par les agriculteurs et notamment par les éleveurs dont les prairies sont parfois fortement endommagées par les sangliers, et enfin la présence indésirable de ces espèces en milieu urbain ou péri-urbain ou sur les voies de circulation, démontrent la nécessité de renforcer l'action de régulation des populations de grand gibier en France".


Une véritable politique territoriale

 

Malgré les efforts conséquents entrepris ces dernières années, en particulier avec la mise en place du "plan sanglier" en 2009, il est urgent d'aborder la question de la régulation des populations de grand gibier et notamment de sanglier. Toujours selon les conclusions de cette mission "l'augmentation des dégâts tant à l'agriculture qu'à la forêt conduit à constater que dans un certain nombre de départements, les fédérations de chasseurs, malgré toute leur bonne volonté, leur professionnalisme et leur souci de responsabiliser les acteurs de terrain, maîtrisent de plus en plus mal la situation, ne serait-ce que pour des raisons financières. De même, les agriculteurs perçoivent bien, de manière très générale que, même si quelques améliorations utiles lui étaient apportées, le dispositif d'indemnisation des dégâts a atteint ses limites, et qu'il convient d'agir sans tarder sur les causes pendant qu'il en est encore temps et qu'elles sont localisables sur le terrain".

 

Quelles solutions

 

Pour répondre à ce problème de plus en plus important, le rapport préconise une dizaine de mesures. Ces recommandations visent à répondre à 5 objectifs que la mission considère comme étant essentiels, à savoir : "Mieux responsabiliser les associations et sociétés de chasse en territorialisant largement le financement et l'indemnisation des dégâts de gibier. Renforcer le rôle des fédérations départementales de chasseurs dans la gestion et la régulation du grand gibier. Recentrer le rôle de l'Etat au niveau local sur le contrôle et l'information, tout en renforçant son action directe en cas de défaillance des fédérations ou de leur impossibilité d'agir. Améliorer les mécanismes d'indemnisation des dégâts du grand gibier sur l'agriculture. Rendre effectivement possible l'indemnisation des dégâts forestiers".
Arnaud Marlet

"Des déclarations trop compliquées"

Fin octobre, la FDSEA 35 et JA 35 organisaient une conférence de presse chez Yves et Mireille Rolland, un couple d'agriculteurs installé à Paimpont. Sur place, René Collin, le président de la FDSEA soulignait que "face à la répétition des dégâts, les agriculteurs abdiquent et renoncent à déclarer les préjudices. La procédure est trop compliquée, trop longue et souvent pour trop peu de résultats". Pour Yves Rolland, "ce sont chaque année 7 à 10 ha sur la commune qui sont touchés. Pour nous, cela peut avoir des conséquences jusque dans la qualité du lait. Et quand ce ne sont pas des sangliers, ce sont des biches, qui viennent parfois à 6 ou 7, en plein jour". Les agriculteurs avaient également soulevé un point sur la notion de territoire. Ainsi, le secteur étant aux frontières, entre l'Ille-et-Vilaine et le Morbihan, il suffit qu'un sanglier change de département pour que les chasseurs ne puissent pas l'abattre.


Des risques avérés en matière de sécurité routière

En 1993-94, un recensement partiel (25 départements) met en exergue une augmentation du nombre de collisions, multiplié par 3 depuis le recensement précédent. Il apparaît en outre que la plupart des collisions a lieu sur les routes départementales, mais l'augmentation sur les autoroutes (de 6,8 % en 1984-86, 18,3 % en 1993-94) est préoccupante. Le chevreuil est l'espèce la plus concernée (75 % des collisions) et les accidents se produisent majoritairement en forêt.
En 2008, le nombre d'accidents provoqués par des animaux sauvages est proche de 35 000 dont plus de 60 % par du grand gibier (36 % sangliers, 17 % chevreuils, 8 % cerfs). Les dégâts, généralement matériels, ont coûté 16 millions d'euros aux assureurs.

Réorganiser la chasse

Gilles Thomas est agriculteur à Bain-sur-Oust (35). Sur la commune, excédés par les dégâts de gibier, "qui ont toujours existé, mais qui sont vraiment importants depuis deux ans", les agriculteurs ont adressé une première lettre au préfet et à la DDTM notamment, dans le but de "faire bouger les choses". "Mais attention", précise Gilles Thomas, "notre but n'est pas de nous fâcher avec les chasseurs ou les acteurs locaux, car on a bien conscience qu'en l'état actuel, les chasseurs ne vont pas régler le problème tout seul". Ainsi, quand sur la commune 15 à 20 sangliers suffiraient pour le plaisir de la chasse, ce sont entre 60 et 70 animaux qu'il faudrait prélever. Après un deuxième courrier envoyé par les agriculteurs, une réunion a regroupé tous les acteurs. "Le préfet nous a expliqués qu'il n'y avait pas assez de déclarations de dégâts, du coup cela a contribué à un nouvel accroissement de la population de sangliers", ajoute Gilles Thomas. Conséquences ? Rien que sur le maïs, le montant minimum des dégâts va atteindre 18 000 e, pour 14 exploitations touchées. "On va être à 25 000 e sur l'année et encore ce n'est pas fini", se désespère l'agriculteur, qui prêche pour une réorganisation de la chasse et s'oppose aux battues de déplacement qui ne font que glisser le problème d'un territoire à un autre. Le vrai souci, c'est que les populations de sangliers ne cessent de s'accroître, avec plus de portées et plus de naissances par portée. Et Gille Thomas de raconter cette anecdote : "il y a quelques semaines, un voisin est allé sur un vêlage dans un champ en pleine nuit. Au milieu de ses vaches, il a compté jusqu'à 23 sangliers !" Pour les agriculteurs de Bain-sur-Oust, la solution passe par la mutualisation des territoires et une révision du plan de chasse.


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