Aller au contenu principal
Font Size

Colloque des Amis de Louis Malassis
Demain, une gouvernance mondiale de l'agriculture ?

Le colloque organisé par l'association des amis de Louis Malassis en l'honneur de ce professeur et militant agricole renommé (lire le TerrA n°88), a rassemblé agriculteurs, chercheurs et étudiants, à l'Agrocampus de Rennes le 27 novembre. Sur la question majeure de l'avenir des paysans du Nord et du Sud, le débat sur la possibilité d'une gouvernance mondiale a inévitablement été ouvert.

Agriculteurs, chercheurs et étudiants, venus réfléchir à des scenarios d'avenir pour les paysans du Nord et du Sud, au colloque des Amis de Louis Malassis, à Rennes
Agriculteurs, chercheurs et étudiants, venus réfléchir à des scenarios d'avenir pour les paysans du Nord et du Sud, au colloque des Amis de Louis Malassis, à Rennes
© TerrA

Défendre une agriculture à la fois productive et durable, c'est aussi combattre pour la souveraineté alimentaire. Bruno Parmentier, auteur de "Nourrir l'Humanité", l'a bien rappelé lors de la première partie de la conférence : alors qu'à l'horizon 2020, nous serons 9 milliards d'individus sur la planète, l'enjeu est particulièrement fort, et la question d'une gouvernance mondiale plus que jamais d'actualité.

 

Echec des négociations

Gérer une organisation agricole mondiale, est-ce du moins possible ? Michel Petit y croit peu. Ce professeur honoraire à l'Institut national agronomique et ancien directeur de la Banque mondiale, a en effet démontré que toutes les tentatives d'une gouvernance mondiale ont jusque là été vaines. En témoigne l'exemple récent de l'échec des négociations de l'OMC à Cancún en 2003. Comme le "cycle de développement de Doha" avait justement été lancé pour trouver une issue aux pays en voie de développement, ce sont donc ces pays qui pâtissent le plus du non-accord qui a aboutit. Pour cause, pointe Michel Petit, "les pays émergents du G20 (Chine, Brésil, Inde, etc.) ne sont pas prêts à aller dans le sens d'une libéralisation des marchés, comme le sont les pays en voie de développement". Ancien directeur du développement rural à la CEE, Laurent Van de Poele a quant à lui accusé l'Europe de ne pas jouer son rôle, faute d'un projet interne cohérent.

 

S'auto-organiser

Pourtant selon Michel Petit, toute une série de raisons légitime les efforts de régulation publique : l'intérêt à corriger l'instabilité des prix, le droit public à l'alimentation et la multifonctionnalité de l'agriculture. "Je ne vois d'accord intergouvernemental se dégager sur des principes d'une organisation mondiale de marché, ni les signes d'une communauté épistémique d'où un consensus pourrait naître. C'est certainement regrettable mais il y a aussi beaucoup de choses qu'il est possible de faire au niveau national". Tandis qu'il déplore "l'effondrement scandaleux de l'assistance technique représentant un soutien public fondamental à l'agriculture", Michel Petit croit à "une prise en main collective des agriculteurs", à l'instar de Véronique Lucas, ancienne responsable au MRJC*, pour qui "l'auto-organisation est essentielle".

 

De l'intérêt de l'indépendance

"Quand on sort de la dépendance, on se rend compte qu'on est force de proposition et que nos revendications ont plus de poids" a d'ailleurs souligné cette militante qui, revenant d'un tour du Monde à la rencontre d'agriculteurs, s'est dite frappée par les similarités qui rassemblent les paysans du Nord et du Sud dans la recherche d'autonomie. Bien sûr, le contexte est différent. Si dans les pays en développement, l'autonomie passe, selon Véronique Lucas, en priorité par "l'éducation populaire et l'enseignement agricole", en Europe suggère-t-elle "on devrait trouver les moyens de réduire notre dépendance vis-à-vis du soja et réfléchir davantage à la destiné de nos produits". Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest, conseille par ailleurs de "disposer d'outils prospectifs afin de donner des leviers aux décideurs, et toujours évaluer ce qu'on fait pour progresser".

Outre la question de l'organisation mondiale, Laurent Van de Poele a enfin rappelé que l'élargissement de l'Europe à des territoires diversifiés représentait lui aussi un défi qui nécessitera selon lui, un accroissement du rôle des régions et une forte implication locale, à la fois des agriculteurs et de la société civile.   

Une organisation mondiale pour demain : d'après les réflexions nourries des intervenants au colloque, cela semble être plutôt un doux rêve qu'une réalité. Mais, il y a déjà beaucoup à faire localement pour relever les défis qui attendent l'agriculture.

 
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Le plan de relance de l'apprentissage peut profiter au monde agricole
Le 4 juin, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé un plan de relance de l'apprentissage, avec notamment une prime à l…
Les agricultures bretonnes en 2040 se dessinent aujourd'hui
Quels visages auront les agricultures bretonnes à l'horizon 2040 ? Désireux de se saisir des enjeux, de se projeter et de s'…
Tensions autour  de la PAC
L'Allemagne a pris la présidence du conseil des Ministres depuis le 1er juillet. Elle se fixe pour principale tâche de finaliser…
MAEC non reconduites, revenu amputé pour 60 éleveurs bretons
Ils sont 60 en Bretagne à faire les frais de la non reconduction de la MAEC(1) SP3 M, type maintien, de la région Bretagne. 60 c’…
EGAlim : l'effet papillon de la loi Agriculture et Alimentation
La première année d’application de la loi découlant des États généraux de l'alimentation aura bouleversé le paysage des produits…
Un Clap d'or pour le lycée Pommerit

Cinq élèves de 1re en bac professionnel Agroéquipement du lycée Pommerit dans les Côtes d'Armor ont décroché un 1…

Publicité