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Les 10 ans de « Continuer ou se
Départ précoces en agriculture

De ces départs précoces de l'agriculture, il y en a. Dans le Morbihan, comme ailleurs en Bretagne ou en France. Dans ce département, plutôt que de voiler la face d'une réalité où les accidents de la santé et de la vie justifient plus de reconversions que les difficultés financières, Chambre d'agriculture et MSA ont aidé les agriculteurs à faire le point et à peser leur choix, sans jugement, en faisant vaciller les tabous. « Continuer ou se reconvertir », telle était le nom de cette formation inaugurée il y à 10 ans. 21 sessions et 245 stagiaires plus tard, sa pertinence ne se dément pas.





De ces départs précoces de
l'agriculture, il y en a. Dans le Morbihan, comme ailleurs en
Bretagne ou en France. Dans ce département, plutôt que de voiler la
face d'une réalité où les accidents de la santé et de la vie
justifient plus de reconversions que les difficultés financières,
Chambre d'agriculture et MSA ont aidé les agriculteurs à faire le
point et à peser leur choix, sans jugement, en faisant vaciller les
tabous. « Continuer ou se reconvertir », telle était le
nom de cette formation inaugurée il y à 10 ans. 21 sessions et 245
stagiaires plus tard, sa pertinence ne se dément pas.





Mercredi 14 novembre, 19h45, centre de
formation de Kerguéhennec, dans le Morbihan. Durant 3 jours,
ensemble, loin de la traite ou d'une famille, et en internat, ils et
elles vont dire. Se dire. Ils vont retrouver confiance, repères et
perspectives. Depuis 10 ans, la formule fait des miracles.





Peser ses choix en sérénité


A l'époque, le CNASEA s'intéresse aux
départs précoces en France, avant 50 ans. Ils représentent le
tiers des cessations. L'Ouest est particulièrement touché. De 1997
à 1999, le Finistère, le Morbihan, la Loire Atlantique et la Sarthe
comptent plus du 1/3 du total des départs dans l'hexagone. Alors
l'étude est poussée plus loin. Quelles causes ? Les
raisons purement économiques n'étaient alors invoquées que dans 29
% des cas (en France), contre 40 %, aujourd'hui en Morbihan (voir
encadré). « Or pour traiter des dossiers d'Aides à
la Reconversions Professionnelles, il fallait que les gens soient en
difficultés financières
», pointe Olivier Jégou, ancien
directeur de l'ADASEA. 10 ans plus tard, malgré les constats, la
législation n'a pas évolué et «l'ARP toujours destinée au
même public
». Loin de la réalité. Dès 99, le constat est
partagé avec la MSA du Morbihan et ses travailleurs sociaux
sollicités par des agriculteurs rencontrant soucis de santé ou
problèmes familiaux. «L'insuffisance d'accompagnement était
criante
», se rappellent les mousquetaires de cette formation,
Sophie Sauvage de la Chambre d'agriculture du Morbihan, Danielle Le
Plenier et Jean Marc Bourneuf de la MSA des Portes de Bretagne.





Avant tout se reconstruire


C'est en regardant par dessus la haie,
du coté du Maine et Loire ou de la Loire Atlantique que s'invente la
formule morbihannaise. Là encore, c'est la force du collectif qui
est privilégiée. «Il s'agissait de créer une dynamique de
groupe avec un travail de remise en confiance, de dédramatisation,
Tout en apportant des éléments juridiques très concrets et une
présentation des organismes ressource
». Novembre 2002,
première session. Trois jours en huis clos, loin du quotidien pour
prendre de la distance, relativiser, se ressourcer. «Et prendre
également conscience de ses compétences, ses savoir-être et
savoir-faire
». La quatrième journée, plus tard, pour mettre en
place l'itinéraire. Si après cette session 62 % des participants ne
sont plus agriculteurs, 38 % le restent. « Notre objectif,
c'est de leur permettre de faire leur choix en sérénité et avec la
bonne information pour rebondir
». Pari tenu, à telle enseigne,
qu'estimée exemplaire, l'action vient d'être labellisée par la MSA
au niveau national pour être déployée partout en France.


Claire Le Clève


Pour plus de renseignements sur la
session : « Continuer ou se reconvertir » M.C
Piel : 02 97 46 22 51.


 





 


 





Jean Pierre Mounier


«Ça m'a donné confiance»


J'avais rencontré Jean Pierre Mounier
il y a 10 ans, pour recueillir son témoignage (cf paysan
morbihannais du 23 janvier 2003). A 43 ans, inquiet, il était
meurtri et fatigué par les souffrances physique et psychique
provoquées par sa scoliose invalidante. Elle l'empêchait d'assumer
seul 30 ha, une référence de 180 000 L de lait et un bâtiment en
volaille de chair. Il voulait arrêter et venait de suivre la
session. Un pionnier. 10 ans plus tard, j'ai revu Jean Pierre
Mounier. Il en paraît 10 de moins. Il est moniteur-éducateur dans
un ESAT où l'exploitation permet aux stagiaires de se reconstruire.
Il s'est redressé, le sourire illuminant son visage. «Je vis depuis
10 ans sans antalgique, ni anti-inflammatoire. C'est sans regret que
je suis parti. Lors de la session, ma décision était déjà prise
mais je ne savais pas comment faire. Ça m'a donné confiance. La
difficulté, c'est d'encaisser les qu'en dira-t-on. J'ai encaissé et
puis j'ai fait le ménage. Je suis bien dans mon métier. Jamais
j'aurais cru travailler avec les handicapés. La difficulté c'est
aussi de faire face à l'inconnu. Mais tout s'apprend avec de la
patience». L'homme est apaisé et je crois, heureux.







Ginette Guillo


«Pour être prête »


Un décès et..., Ginette Guillo reste
seule sur la ferme avec ses 4 enfants à charge, un quota de 265 000
litres à produire et deux bâtiments de volailles de chair à gérer.
«Ce n'était pas possible seule». Alors en décembre 2003, elle
suit la session et 2 mois plus tard, elle est prête et c'est l'arrêt
de l'exploitation. «La ferme était à vendre. Moi pas. Pourtant, il
y en a eu des visites de vieux garçons.... Il fallait que j'occupe
ma tête, alors j'ai préparé le concours d'aide soignante. Ça m'a
permis de faire des stages dont un en maison de retraite en VSL. J'ai
eu l'idée de passer mon permis de taxi. Et j'ai trouvé du boulot
tout de suite. Il n'y a pas de temps mort dans mon parcours ».
Conductrice de taxi et d'ambulances, puis agent commercial chez
Métro, Ginette Guillo a toujours travaillé. «Si on est volontaire,
il y a du boulot. Parfois on me dit : il ne faut pas trop
travailler, tu n'es plus dans ta ferme...», esquisse t-elle en clin
d’œil sur une qualité partagée par bon nombre d'agriculteurs.
Alors, «Non, je ne regrette pas d'avoir arrêté l'exploitation».





Jean François Bloino


« Ça m'a permis de relever la
tête »





En 1994, Jean François Bloino
s'installe en sur l'exploitation familiale de Damgan. Sur cette
commune littorale, « où les vaches passaient par la
plage
» , le jeune exploitant est très vite confronté à
l'impossibilité de pouvoir se mettre au normes. Il a 30 ans. Quant à
se développer «C'était impossible». «Je ne savais
plus comment faire. Je suis venu à la session. Ça m'a aiguillé et
Ça m'a permis de relever la tête. Je savais que j'aurais eu du mal
à quitter l'agriculture
». Alors il visite des fermes. Son
souhait ? Continuer à exercer sa profession et surtout, emmener
son troupeau avec lui. «En avril 2003 dans Paysan Morbihjannais,
j'ai vu l'annonce d'un gaec qui recherchait un associé
».
C'était à Plougoumelen. Le 1er janvier, Jean François Bloino
devient le troisième associé de ce Gaec implanté sur 240 ha, 1
million de litres de lait et 130 vaches, « dont les
miennes, un soulagement !». Alors aujourd'hui, il dit ne rien
regretter, «autant avant la
session, j'ai ressassé, c'était difficile. Autant après, la
décision était prise. Le fait d'assumer de quitter l'exploitation
familial a été dur. Plus encore pour mes parents».


Car agriculteur, on l'aura compris,
n'est pas un métier comme un autre. Savoir le quitter où l'exercer
ailleurs, c'est aussi parvenir à s'affranchir du poids des
mentalités, d'un attachement viscérale à la terre, et d'une chape
culturelle qui alourdissent la prise de décision.


 

En chiffres


« Continuer ou se reconvertir »
totalise 245 participants au cours de 21 sessions depuis 10 ans. 2/3
sont des hommes pour un âge moyen de 45 ans. 1/3 sont seuls. ¼ sont
installés depuis moins de 10 ans et 1/3 bénéficient du RSA. Leurs
raisons de participation à cette session sont diverses allant des
difficultés économiques pour 40 % d'entre eux, aux problèmes de
santé (35 %), ou familiaux (10%) ou pour 15 % d'autres motifs tels
que l'isolement, la charge de travail, le conflit entre associés...


 

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