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Des brebis laitières en terre léonarde

Originaire de Seine et Marne, Elodie Joubert vient de s'installer à Plouvien, avec un troupeau d'une centaine de brebis laitières. Portrait.

"Je devais m'installer avec ma mère", explique Elodie Joubert. Après un BTS productions animales, dans la Nièvre, et l'Agro de Rennes, avec une spécialité en industrie laitière, la jeune femme est aide familiale pendant un an en Seine et Marne, où sa mère, à la tête d'un troupeau de brebis laitières, vend son fromage en direct. "Et puis, finalement, je me suis installée ici, suite à l'insistance de mes beaux-parents". Sur le point de partir en retraite, ils voulaient voir un jeune leur succéder mais savaient bien que le système sur lequel ils avaient vécu, 18 hectares et 130 000 litres de quota laitier, n'était pas envisageable pour une reprise à l'identique. "Par contre, en brebis laitières, avec transformation à la ferme, ça passait".

Auto-construire pour limiter les frais

Elodie s'installe en mars 2008 et s'attaque immédiatement à la transformation des bâtiments : la salle de traite, le parc pour contenir les animaux durant la nuit ou l'hiver et la fromagerie sont construits sous un hangar existant. "Nous avons auto-construit la majeure partie, ce qui a permis de limiter les frais". Les agnelles sont achetées en Aveyron et hébergées, dans un premier temps, en Seine et Marne, avant d'arriver dans le Finistère. "On ne trouve pas de brebis en lactation sur le marché. Et acheter les agnelles petites me permettait de les payer moins cher". Les premières mises-bas ont lieu en janvier 2009, pour une première vente de fromages en mars.
"Au départ, je devais m'installer seule, avec un cheptel de 75 brebis Lacaune, transformer le lait à la ferme et le commercialiser via des revendeurs". Car, avec un seul UTH, il n'est pas envisageable de mener de front élevage, transformation et commercialisation sur les marchés ! "Finalement, en avril dernier, mon conjoint s'est rapproché, avec l'idée de s'installer lui aussi". Cet apport de main d'oeuvre supplémentaire permet au jeune couple de redéfinir son projet. "Durant tout l'été, nous avons fait 13 marchés par semaine, un le matin et un le soir tous les jours". Les ventes dépassent leurs prévisions, et ils se trouvent à court de lait.

Se faire connaître

Il faut dire qu'ils n'ont pas ménagé leur peine ! "Pour mieux se faire connaître, nous avons ouvert les portes de l'exploitation tous les mercredis après-midi, en juillet et août, en lien avec l'office de tourisme". Des portes ouvertes qui drainent jusqu'à 150 ou 200 visiteurs, certaines semaines, "dont beaucoup de grands-parents qui cherchaient une occupation pour leurs petits-enfants, en vacances avec eux". Et, d'ici peu, ce sont les groupes scolaires qui se succèderont à la bergerie des Abers durant l'année scolaire. "Je suis actuellement une formation, afin d'avoir un agrément ferme pédagogique".

A la ferme et sur les marchés

Durant toute l'année, la bergerie des Abers propose deux ventes à la ferme, le vendredi et le samedi, de 16h à 19h. "Ce n'est pas du tout le même public, s'amuse Elodie. Le vendredi, les gens viennent acheter leur fromage après avoir fini leur journée de travail. Le samedi, ce sont des familles qui cherchent un but de sortie pour les enfants". Un local de vente est en cours d'aménagement dans une vieille grange en pierres. "L'objectif est aussi d'y vendre d'autres produits locaux, miel, cidre...". Déjà bien avancé, il devrait ouvrir ses portes avant l'été prochain.
Pour le moment, la gamme de la fromagerie des Abers comprend du fromage frais, nature ou aux herbes, du fromage mi-sec et de la tomme, le tout au lait cru. "Ils ont tous des noms bretons, le Saint Jaoua, du nom de la chapelle locale, pour une pâte molle, ou le bronnou, les seins en breton, pour une tomme en forme de dôme". Des appellations qui plaisent à la clientèle, qu'elle soit locale ou touristique. Elodie fabrique aussi des yaourts 100% lait de brebis. "Ils plaisent énormément. Mais, si je veux augmenter la production, il va falloir que j'agrandisse le local de transformation".

Répondre à la demande

"Dans mon projet, je ne devais produire du lait que pendant l'été, de façon à coller avec la saison touristique". Mais, puisque la vente directe marche bien, Elodie ne veut pas perdre sa clientèle durant l'hiver et achète une trentaine de brebis supplémentaires. "Les deux troupeaux seront menés avec des mise-bas décalées, en février et octobre. Et le nombre de brebis de chaque lot sera ajusté en fonction des ventes". Car le comportement des acheteurs n'est pas le même d'un bout à l'autre de l'année ! "En ce moment, je fais 10 fois moins de chiffre d'affaires sur le marché de Lesneven que durant l'été. Et ce ne sont pas les touristes, à eux seuls, qui expliquent cette différence ! Il fait froid, il pleut, les gens ont moins envie de sortir". Augmenter la taille du troupeau l'obligera désormais à acheter orge et paille à l'extérieur. "Mais il y a aura toujours suffisamment d'herbe pour tout le monde".

Adhérer à Bienvenue à la ferme

Elodie a fait le choix d'adhérer au réseau Bienvenue à la ferme. "Il me permet de me faire connaître, via le site Internet, les dépliants ou les marchés à la ferme de cet été". Elle a également participé aux marchés de Noël, à Tréglonou, "parce que c'est juste à côté" et à Milizac, "parce que je retrouve ensuite cette clientèle au marché de Saint Renan".
Etre seule productrice de brebis laitières dans le Finistère Nord n'a pas que des avantages ! "Les gens confondent souvent fromage de chèvre et de brebis. Et, s'ils n'aiment pas le premier, ils ont du mal à goûter le second". Elodie doit donc faire preuve de persuasion pour parvenir à ses fins ! "Et, ici, les techniciens d'appro n'ont aucune référence sur les brebis". Au point qu'elle a eu bien du mal à se faire conseiller sur les mélanges à implanter dans ses prairies. "Il me faut une herbe appétente et riche. Contrairement aux vaches, le foin ne doit pas seulement apporter des fibres, pour mieux digérer le maïs". Et pas question de répliquer ce qui se fait en Aveyron. "Les sols ne sont pas les mêmes, le climat non plus".

 

De l'agneau en caissettes

Après avoir passé un mois avec leur mère, les agneaux vont être progressivement sevrés, en apprenant à consommer foin et concentrés durant la journée, quand les brebis sont sorties en pâture puis traites. "Du coup, le sevrage se fera sans stress et la croissance ne subira pas d'à-coups", explique Elodie. Un point important pour les agnelles, qui vont constituer le cheptel de renouvellement. Les mâles, eux, seront engraissés jusqu'à l'âge de 4-5 mois, avant d'être abattus et vendus en caissettes. "Jusqu'à présent, je n'ai eu aucune difficulté à les écouler. Et ceux qui viennent de naître ont déjà trouvé preneur".

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