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Confédération Paysanne
Des paysans nombreux pour des territoires vivants !

Dans quelques semaines se dérouleront les élections aux chambres d'agriculture. A l'heure où la plupart des listes de candidatures n'ont pas été déposées, Terra a choisi d'anticiper ce rendez vous important pour le monde agricole et de donner la parole aux représentants régionaux des syndicats agricoles. La Confédération paysanne est la première a répondre à nos questions. Elle a choisi de le faire par la voix de ses 4 têtes de listes départementales.

La Confédération paysanne répond aux questions de Terra par la voix de ces 4 têtes de listes départementales : Yvon Cras, tête de liste Finistère, Jean-Marc Thomas, , tête de liste Côtes d’Armor,  Véronique Marchesseau, tête de liste Morbihan et Patrick Besnard, tête de liste Ille-et-Vilaine.
La Confédération paysanne répond aux questions de Terra par la voix de ces 4 têtes de listes départementales : Yvon Cras, tête de liste Finistère, Jean-Marc Thomas, , tête de liste Côtes d’Armor, Véronique Marchesseau, tête de liste Morbihan et Patrick Besnard, tête de liste Ille-et-Vilaine.
© terra

- Quelles sont vos ambitions et les priorités de votre programme ?
Yvon Cras (29). Comme pour tout scrutin démocratique, nous allons faire le maximum afin d'avoir la représentation maximum ! Nous avons plusieurs grandes priorités. Tout d'abord tout ce qui touche à l'emploi en agriculture. Je pense maintien des paysans en place par la maitrise des volumes et la répartition des moyens de production. Je pense aussi à l'installation. Nous ne pouvons pas nous réjouir d’avoir perdu 10 000 exploitations en 10 ans et de n’installer que 400 jeunes aidés en 2012. C’est maintenant que tout se joue car dans les 10 ans qui viennent 40% des agriculteurs vont prendre la retraite. Ensuite il existe beaucoup de défis à relever : la qualité des produits, la reconquête de la qualité de l'eau, l’énergie, l’autonomie en protéine, l’amélioration des droits sociaux…

- Quel bilan faites vous de l’évolution de l’agriculture ?
Yvon Cras (29). On assiste à une restructuration des exploitations, avec la concentration de leurs moyens de production et la diminution du nombre d'actifs. Aujourd'hui  il faut aller plus vite, faire plus avec moins de personnes, donc on remplace avec de la mécanisation et de l’automatisation. L’agriculture devient malgré elle une industrie lourde et cela m’inquiète. Le poids financier décourage les candidats à l’installation. La solitude et l’isolement se généralisent dans les campagnes. La priorité faite aux volumes de production ou à la compétitivité encourage à la consommation croissante d’engrais, de produits phytos, de soja ou de génétique. Au bout du compte, l’agriculteur ne voit jamais son niveau et sa qualité de vie augmenter. Le choix stratégique d’exposer nos productions à l’exportation et au marché mondial fragilise les exploitations au lieu de privilégier la valeur ajoutée. En porc, par exemple, nous n’avons pas su développer une charcuterie renommée ou un jambon de grande marque comme d’autres régions comme en Corse ou au Pays Basque qui sont pourtant des régions déficitaires en viande.

- Concrètement, quelles sont vos propositions ?
Yvon Cras (29). Les mécanismes de régulation et l’adaptation de l’offre à la demande permettent de maintenir les prix agricoles à un niveau rémunérateur. Or, ils sautent les uns après les autres à Bruxelles. Nos responsables professionnels sont résignés et fatalistes et ne font qu’accompagner au mieux le mouvement en prétextant qu’il s’agit "de combats du passé" ! C’est pourtant une véritable révolution qu’il faut engager pour sauver les paysans.
Nous revendiquons une meilleure répartition des aides PAC. L'aide aux premiers hectares sur laquelle tout le monde s'accorde après que la Conf ait prêché pendant 10 ans dans le désert est la seule à soutenir les actifs. L'aide aux ruminants est aussi une piste intéressante si nous voulons sauver l'élevage en Bretagne. Mais pour répartir il faut en avoir les moyens  et aller chercher les rentes là où elles se trouvent c'est à dire chez les gros céréaliers et chez les plus gros bénéficiaires des aides PAC. Qui est d'accord avec nous pour durcir le plafonnement et pour imposer des aides contacycliques aux grandes cultures (plus le prix augmente plus les aides baissent) ?
L’agriculture paysanne prouve tous les jours qu’il est possible de faire autrement. La recherche de l’autonomie et notre capacité à innover dans nos pratiques nous permet d’envisager notre métier avec plaisir. Nous recherchons la rémunération immédiate et équitable de notre travail. Tout cela est complètement accessible à tous nos collègues et nous recherchons par tous les moyens à partager notre vision du métier.
Pour une politique en faveur de  l'installation et de la consolidation des exploitations, il faut redéfinir les priorités d’attribution de la DJA et la gestion des droits à produire, quels qu'ils soient. Une véritable politique des structures et une redéfinition du rôle des Safer est au cœur de notre projet. Pour donner de la place aux jeunes qui s'installent et aux exploitations prioritaires, il faut des règles pour entraver la loi du plus fort !
En matière fiscale et d’aides publiques, les investissements en matériels, bâtiments sont encouragés.
A contrario, le travail est fortement taxé. Nous plaidons pour l’instauration d’une réduction d’impôt lorsqu’il y a création d’emplois.

- Récemment s'est tenu à Fougères un colloque organisé par la Confédération sur le lait et vous appelez à un meeting à Nantes en janvier. Quelles sont vos priorités sur ce dossier ?
Patrick Besnard (35). La responsabilité de l’Union européenne est de mettre en place un cadre législatif en vue d’une agence de régulation pour adapter l’offre à la demande et éviter qu’il y ait une concurrence entre les bassins de production. Faire croire que le libéralisme va faire que tout va s'équilibrer, ce n'est pas vrai.
Au niveau d’un pays comme la France, la somme des contrats n’a jamais fait une politique agricole. Et ce n’est pas l’organisation des producteurs par laiterie qui va redonner du poids aux éleveurs. Il faut une organisation transversale au niveau d’un territoire.
Nous souhaitons une répartition des volumes entre producteurs qui leur permette de vivre et de stopper la course à l'agrandissement. C'est une course ou il n'y a jamais de ligne d'arrivée.  En cela, la définition des comités de gestion par bassin, a éloigné les centres de décision, dessaisi les CDOA départementales, de la répartition des moyens de production. Plus grave on a éliminé certains décideurs, comme les conseillers généraux et régionaux. C'est un maillage que l'on détricote et qui accélère la restructuration au détriment d’une politique de territoire.
Nous nous battrons pour que le prix du lait couvre nos couts de production et la rémunération de notre travail. Les politiques européennes et nationales doivent tenir compte de cet impératif

- La Bretagne toute entière a été traumatisée par le dossier Doux. La filière porcine craint aussi son "dossier Doux". Quelles sont vos propositions sur ces filières ?
Patrick Besnard (35). Le groupe Doux a tenté de jouer au plus fort dans certains pays et continents, en disant en Bretagne et en France : "vous avez des coûts de production trop importants". Cependant, les plus grosses pertes ont été constituées au Brésil. Le manque de renouvellement du produit industriel, et de recherche de valeur ajoutée est ici criant. Obnubilé par les volumes, on en oublie des paramètres de valeur ajoutée. Pourtant c'est sous la pression de Doux que la Commission européenne a maintenu des restitutions sur la viande de volaille. Cela ne tient qu'un temps. 
C'est paradoxal mais 40% de la volaille consommée en France est importée. Ces viandes blanches, sommes-nous  incapables de les produire ? Répondre à l'enjeu de souveraineté alimentaire, c'est d’abord répondre aux attentes du pays puis, dans un deuxième temps, de répondre aux marchés extérieurs. Délaisser le marché intérieur, c’est la gangrène qui a miné le groupe Doux.

- La Confédération paysanne est très investie contre le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes. Pourquoi ?
Jean Marc Thomas (22). Là-bas, les paysans sont concernés par la disparition de leur propre exploitation ! Nous sommes solidaires. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à déplorer la disparition des terres agricoles ! On a vu récemment des manifestations contre des ronds points de quelques m² qui prenaient trop d'ampleur. On aimerait bien que les mêmes organisations appuient nos revendications quand on enlève 2 000 ha à Notre Dame des Landes. Je trouve que s'il y avait un consensus à trouver sur un dossier, il aurait été bien de le trouver là.

- Votre positionnement est donc contre la consommation foncière et non contre l'aéroport ?
Jean Marc Thomas (22). Nous sommes contre  l’aéroport car c’est un projet consommateur de foncier agricole mais aussi parce qu’il n’est justifié ni par le développement du trafic aérien, ni par la dangerosité de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique. Nous faisons partie de collectifs qui dénoncent les grands projets inutiles. La ZAD (Zone d’aménagement différé) a été mise en place dans les années 70. Il s'agissait entre autres de faire atterrir le Concorde. Mais ce qui était valable il y a 40 ans ne l'est plus aujourd'hui. L'aéroport de Rennes c'est 250 000 passagers en moins l'an passé du fait du développement des lignes ferroviaires à grande vitesse. L’ouest de la France est le mieux pourvu en nombre d’aéroports par habitant. Ce projet est-il aussi nécessaire qu’on veut bien nous le dire au regard de la raréfaction des énergies fossiles, de la crise financière et du développement des autres moyens de transport. Quand Jean-Marc Ayrault dit "c'est un choix de société" et prône l’austérité dans les dépenses publiques, on mesure l’incohérence de ses choix.

- La Bretagne est décriée sur le plan environnemental. Pourtant les agriculteurs estiment avoir fait beaucoup d'efforts. Quelle est votre position sur le débat actuel sur les bassins versants et la directive nitrates ?
Véronique Marchessaux (56). On a toujours défendu une politique régionale, sur ces aspects. L’équilibre de la fertilisation est source d’économies pour l’agriculteur et  n’est pas un frein à la productivité agricole. Malheureusement, certaines  mesures prises ne vont pas dans le bon sens : calendriers d’épandage ne tenant pas compte des pratiques, pénalisation des systèmes herbagers au travers de la révision des normes Corpen. Au bout du compte, l’agriculture bretonne doit obtenir des résultats probants notamment vis à vis de Bruxelles. Jusque là le courage politique de nos responsables professionnels a manqué. Les conséquences pour les agriculteurs sur le terrain c’est une règlementation compliquée et des contrôles qui s’intensifient. Au lieu d’apparaître constamment sur la défensive, il y a pourtant une opportunité pour la Bretagne de présenter un programme ambitieux et rassembleur et qui pourrait drainer des compensations financières significatives du deuxième pilier. Plus nous perdons de temps plus le malaise s’installe dans notre propre perception du métier et dans la relation avec nos concitoyens.


Propos recueillis par Jean Dubé

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