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Des quotas au contrat : des outils à imaginer

Dans un marché libéralisé, quoi faire pour sortir la filière laitière de l'ornière ? Le point de vue de l'Institut de l'Elevage partagé lors du Space.

Depuis six mois, l'économie laitière est libéralisée dans un marché déstabilisé, baissier. Collecte dynamique depuis 18 mois, l'Europe est devenue le principal moteur de la croissance de l'offre mondiale. "L'Europe fournit les deux tiers du supplément de collecte des 5 principaux pays exportateurs", indique Gérard You, de l'Institut de l'Elevage (Idele). En France, la gestion des volumes a été transférée de l'Etat aux industriels. "Les transformateurs ont la main", note Gérard You. Les coopératives françaises qui ont fait le choix du volume et des prix A et B, sont cependant plus prudentes que leurs voisins européens, qui ont choisi un volume et un même prix pour tous.

Hélas, face à une demande internationale en léger recul, ce sont 6 millions de tonnes équivalent de surplus stockés de la mi 2014 à la mi 2015, soit 10 % des échanges de produits internationaux. La filière fragilisée vit des moments douloureux. "Nous sommes entrés dans une logique de cycle de prix du lait", décrit le spécialiste. Mais les seules lois du marché ne peuvent dicter à elles seules une stratégie de filière avec un risque de prix supporté par les éleveurs. Après les quotas, que peuvent apporter les contrats ? "S'ils sont une assurance "débouchés" par gros temps, ils ne sont ni une assurance prix, ni un outil de régulation des marchés", remarque Gérard You.

Trouver de nouveaux outils

Même s'il est difficile de concilier dans un contrat "liberté" et "assurance prix", l'Institut de l'Elevage liste les marges de progrès possibles à inclure dans les contrats : des durées en phase avec la durée d'amortissement des investissements, des dispositifs d'indexation du prix du lait en fonction des intrants et des prix des produits laitiers, ou/et des prix plancher pour des livraisons dédiées à des débouchés captifs et peu volatils. En Irlande, la coopérative Glanbia expérimente un contrat – basé sur le prix des principaux intrants (engrais, aliments et énergie qui représentent 4/5 du total intrants), permettant de "protéger partiellement la marge des producteurs" (Réussir Lait, juin 2015).

L'Institut de l'Elevage conseille de massifier l'offre laitière avec des négociations de contrat entre transformateurs et collectifs OP, sans perdre de vue la nécessaire révision des outils communautaires avec le relèvement du prix d'intervention et la réorientation des aides PAC vers de l'assurance "marge alimentaire".

Produire plus de lait : quelles consÈquences dans les exploitations  ?

Face à l'augmentation des volumes produits, les structures d'élevage sont de plus en plus importantes, lourdes en capitaux. La chambre d'agriculture de Bretagne a étudié des trajectoires de restructuration. "Parmi les fermes enquêtées, le point commun fort sont des situations de ruptures importantes, rapides en 1 ou 2 ans avec un doublement de la main d'oeuvre et/ou des volumes de lait et/ou de la surface...", rapporte Mathieu Merlhe. Il présente le cas d'une installation-regroupement, dont l'investissement s'élève à 1 million d'euros pour 550 000 litres de lait supplémentaire produit sur un site neuf. Estimations faites, le point d'équilibre initial - 320 €/1 000 litres en 2015 - s'élèverait en 2020 à 340 €/1000 litres après restructuration. Pour le spécialiste,
"le lait marginal coûte très cher finalement. Il faut absolument
partir d'une situation saine, optimiser l'existant et garder une épargne de précaution pour passer les crises".

L'Èloge de la prudence

Trois agriculteurs ont témoigné sur leur stratégie lors d'une conférence organisée par Cerfrance. Dans les trois cas : c'est la prudence qui est mise en avant. "Je préfère faire du développement sur le prix d'équilibre que d'aller chercher des litres de lait supplementaires", témoigne Stéphane Charrier, producteur de lait en Ille-et-Vilaine. Même chose pour Marc Lechat, producteur de lait à Curey dans la Manche : "notre SAU est limitée, on préfère optimiser les moyens en place. Produire plus, on ne veut pas y mettre le doigt".

L'export reste un enjeu majeur

Interrogé par Cerfrance, l'agroéconomiste, Jean-Marc Séronie conserve un discours optimiste : "j'ai du mal à être pessimiste pour le lait en Bretagne. Face au doute et à la perte de confiance, la question ne se pose pas : l'export reste un enjeu majeur pour la France. "Les fondamentaux en 8 mois n'ont pas changé, l'augmentation de la demande mondiale est de 2 à 2,5 % par an. 4 litres de lait sur 10 sont exportés par la France dont 2,5 litres vers l'Europe". Pour l'économiste, la filière lait doit travailler, entre autres, la question de la gestion du risque. "Tout le risque ne doit pas être porté par les agriculteurs. Il y a des outils à trouver", dit-il. Un discours que certains, en demande de régulation, n'entendent plus.

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