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Des vents enfin portants pour la filière bois bretonne ?

Un temps détrôné par le plastique, l'acier ou l'alu, le bois retrouve ses lettres de noblesse comme éco-matériau. Des vents portants sur lesquels les forestiers bretons entendent surfer, à condition de pouvoir continuer à valoriser la forêt productive. Sinon, c'est à l'étranger que devront s'approvisionner les utilisateurs.

filière bois bretonne

"La forêt française est caractérisée par une ressource déséquilibrée et sous exploitée, estime Jean-Marie Ballu1, chiffres à l'appui. La ressource feuillue est majoritaire, 72 %, et fournit 17 % des sciages tandis que les résineux, 28 % de la ressource, fournissent 83 % des sciages". Pour l'ingénieur général honoraire des Ponts, des Eaux et des Forêts, il faut maintenant promouvoir l’utilisation du feuillu. "Et compenser l’effondrement des reboisements résineux depuis 2000, par une politique vigoureuse de plantations résineuses pour alimenter le marché bois construction qui réclame des résineux". Le risque est grand d'aller vers une forêt "protégée", plus impénétrable, et délaissée par l’économie, se reposant pour son approvisionnement bois construction sur les forêts résineuses Nord européennes.

"La situation bretonne est comparable, mais en offre une image exacerbée, estime le syndicat forestier du Finistère, qui tenait son assemblée générale le 14 septembre dernier à Châteauneuf du Faou. Les feuillus occupent 74 % de la forêt bretonne et fournissent 5 % des sciages quand les résineux représentent 24 % de la superficie et 90 % des sciages". Surexploitée, la forêt résineuse est mal reconstituée après exploitation. Et il manque 15 000 hectares sur 60 000. L'outil industriel, qui s'est calibré sur ce potentiel, risque à moyen terme de manquer d'approvisionnement. La filière survivra-t-elle à ce déficit de matière première ?

Si les résineux occupent 24 % de la forêt bretonne, ils fournissent 90 % des sciages.

 

Des raisons d'espérer

Les vents sont désormais portants pour le bois. Après un coup de mou à la fin du siècle dernier (concurrence des plastiques, de l'acier et de l'alu), la problématique climatique a changé la donne. En effet, dans le cadre d’une stratégie bas carbone, l’utilisation d’éco-matériaux renouvelables en substitution à des matériaux traditionnels émissifs issus de fossiles est incontournable. Pour preuve, la future réglementation environnementale des bâtiments neufs (RE 2020), valorisera le stockage du carbone dans les bâtiments neufs. "Hors le bois, il n’y a pas grand-chose en magasin !", souligne Bernard Ménez, président du syndicat forestier du Finistère.

 

Vents contraires

Cependant, l’acceptabilité sociale des plantations productives résineuses n'est pas si simple. "Forêt sociétale, forêt sanctuaire, la forêt dite de naturalité (on laisse faire la nature), en gros "la forêt feuillue" est très tendance. À l'opposé, la forêt résineuse, parce que productive, avec son impact et ses contraintes, souffre d'une image dégradée, notamment auprès des zélateurs des éco-matériaux, qui ne sont pas à une contradiction près, note Bernard Ménez. En fait, la question de l’acceptabilité sociale, ce concept désormais mis à toutes les sauces, est biaisée parce que l’on ne pose pas les bonnes questions. Actuellement les utilisateurs de l’éco-matériau bois, essentiellement pour la construction, s’approvisionnent dans nos ports (60 %) en produits issus des forêts productives Nord européennes. Au-delà du débat feuillus-résineux, forêt sanctuaire-forêt productive, qu’il ne faut ni opposer ni hiérarchiser, la question qu’il faut poser aux Bretons est la suivante : la Bretagne qui possède les sols et le climat pour fournir ses propres éco-matériaux, doit-elle se mettre en situation de les importer davantage, voire totalement ? Accessoirement, c’est la pérennité de la filière bois - représentant 14 000 emplois non délocalisables - qui est en jeu".

 

(1) Jean-Marie Ballu, président de l'Association Française des Eaux et Forêts est ingénieur général honoraire des Ponts des Eaux et des Forêts. Il a consacré une grande partie de sa carrière à la forêt, à l'ONF (dont directeur interrégional Bretagne-Pays de la Loire et Poitou-Charentes), puis a été directeur général de l'ONCFS, avant d'être président de la section"nature, forêt, paysages"du ministère de l’agriculture (CGAAER). Il est l'auteur de nombreux rapports dont "Mise en valeur de la forêt française et développement de la filière bois" (2012).

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