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Du théâtre pour s'interroger sur la place de l'agriculture dans notre société

Trois grands tas de terre, des seaux, un tracteur à pédales, un monceau de papiers... Le décor de la pièce La paresse attendra demain est planté. Seuls sur scène pendant 1h10, Chloé Fitoussi et Adrien Capitaine veulent interroger sur l'agriculture, sa place et son rôle dans notre société très urbanisée, de plus en plus déconnectée des réalités de la nature.

"Cette pièce, c'est moi qui l'ai voulue", indique Chloé Fitoussi. Citadine, elle le reconnaît volontiers, elle ne connaissait pas grand-chose à l'agriculture. Et ce sont des vacances sur une ferme, en Dordogne, qui ont déclenché cette envie de création. "C'est un métier incroyable, à la base de tout. Je ne pouvais plus monter sur scène sans en parler !" Adrien Capitaine, son complice, était bien plus réticent. Finistérien, fils de producteur de lait, il a fait ses études au Nivot. Et c'est la section théâtre du lycée agricole qui lui a donné l'envie d'en faire son métier. "J'avais décidé de quitter l'agriculture, il n'était pas évident pour moi d'y remettre le nez".

Un an

Les deux comédiens profitent d'une résidence d'artiste d'un an en Dordogne pour aller à la rencontre des agriculteurs du département. "On a longuement échangé avec des hommes, des femmes, des bio, des conventionnels, des "gros", des "petits", des producteurs de lait, de noix...", détaille Chloé qui, néophyte sur le sujet, les a interrogés sur leur quotidien et suivi dans leur journée de travail. Des échanges qui ont nourri la pièce et donné à la jeune femme, également danseuse, des idées de chorégraphies pour mieux rendre compte de la réalité d'un métier passionnant mais parfois aussi aliénant.

Au festival d'Avignon

D'abord joué en Dordogne, leur spectacle a ensuite été lauréat des Floréales théâtrales de Ménilmontant, ce qui lui a ouvert les portes du festival off d'Avignon pendant un mois. "Mais nous avons aussi joué cette pièce dans des fermes, à la demande de chambres d'agriculture...". Car c'est là sa particularité : si elle parle d'agriculture et va droit au cœur des agriculteurs, qui y retrouveront contrôles de l'administration, endettement, beauté des paysages ou relation au vivant, Chloé et Adrien veulent aussi la jouer en ville et se confronter à un public d'urbains. "Nous voulons mieux faire connaître la réalité de ce métier noble et rendre hommage aux femmes et aux hommes qui le font". Un message qui s'appuie sur quelques phrases bien senties, où alternent humour et émotion : "leur passion, c'est leur prison", "en une poignée de main, tu sens la rudesse de leur métier", ou "un métier où les dimanches matin au lit n'existent pas".

Poursuivre l'échange

Aussi souvent que possible, les deux jeunes comédiens font suivre la pièce d'un débat pour engager le dialogue et provoquer l'échange. Vendredi dernier, c'est à l'école du Nivot que la compagnie Valtigo avait posé ses valises. Et l'alchimie a opéré, si l'on en juge par les applaudissements nourris qui ont suivi une pièce jouée sans que les jeunes ne pipent mot, tant elle leur a plu. "Nous voulions interpeller nos 240 élèves, de la 4e au BTS, explique Thierry Cohard, leur professeur de théâtre. Les inciter à confronter leur passion pour l'agriculture ou la forêt avec les réalités du métier".

Avant la représentation, ils ont échangé en classe avec des agriculteurs, qui ont ensuite participé à un débat avec les comédiens. "Les choses sont en train de changer, affirme Chloé Fitoussi, en évoquant le titre de la pièce, La paresse attendra demain. Certes, c'est un métier où l'on travaille beaucoup. Mais nombreux sont les agriculteurs qui veulent prendre du temps. Et il y a de nouvelles façons d'être efficient".

Du temps, Jean-Noël et Claudine Le Glanic, sur le point de céder leur ferme après une carrière de producteurs de lait, en ont toujours pris pour eux et leurs enfants. "Au début, nous avions une petite structure qui nous permettait de bien gagner notre vie et de dégager du temps libre en s'arrangeant avec nos voisins". Du temps libre, c'est aussi ce qu'ont recherché les frères Glinec quand, il y a quinze ans, ils se sont lancés dans la monotraite. "Du temps pour réfléchir, savoir pour qui, pourquoi on bosse. Juste pour faire travailler le système ?" La question à ne pas oublier de se poser avant qu'il ne soit trop tard. "C'est un métier entre passion et contraintes, analyse Fanch Guillou, installé dans un Gaec familial. Il faut réussir à s'extraire du quotidien si on ne veut pas se retrouver dans la détresse, le dégoût du métier".

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