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En agriculture, le numérique prend ses marques

Alors que le numérique prend de plus en plus de place dans les exploitations, la question n'est plus de savoir quel sera le numérique de demain mais comment optimiser son utilisation aujourd'hui.

Drones, satellites, applications... Qu'il s'agisse d'améliorer la compétitivité, de faciliter le travail ou encore d'assurer une traçabilité jusqu'au au consommateur, toutes les productions, qu'elles soient animales ou végétales, sont concernées par cette révolution numérique. De plus en plus sollicité par les outils numériques, connecté... l'agriculteur de 2015 jongle avec nombre de logiciels, télécommandes et autres applications censés lui "simplifier la vie". Des outils qu'il doit apprivoiser sans être nécessairement un geek hyper connecté, ni même avoir l'envie de le devenir. Une étude réalisée par BVA Ticagri pour Terre-net Media, dont les premiers résultats ont été présentés au Space, montre que 98 % des agriculteurs utilisent internet pour leur activité professionnelle, au moins une fois par semaine et 81 % au moins une fois par jour. Côté équipement, 97 % utilisent un ordianteur pour se connecter à Internet, 20 % utilisent une tablette et 31 % un smartphone. Quels contenus sont consultés au moins une fois par semaine ? L'étude BVA Ticagri fait apparaître qu'ils peuvent être légèrement différents selon le support utilisé. Ainsi, sur ordinateur, la météo et le services bancaires sont loin devant les actualités agricoles, les petites annonces et les données de l'exploitation. Sur tablette, la météo arrive toujours en tête, devant les petites annonces et les services bancaires. Enfin, sur smartphone, la météo est toujours le service le plus consulté, mais devant cette fois, les cotations agricoles et les actualités professionnelles. Attention, le débit peut toujours être un frein pour certaines utilisations. Ainsi, près d'un agriculteur sur deux concède avoir du mal à lire les vidéos sur internet.

Enfin, concernant les achats en ligne, la principale motivation reste le prix et ceux qui ne le font pas préfèrent un contact direct (67 %) ou ne font pas confiance au mode paiement (33 %). A noter que l'absence de carte bleue professionnelle est aussi mentionnée par 26 % d'entre eux. Quant à ceux (78 %) qui payent en ligne, 70 % le font par CB et 21 % par Paypal.

Voilà pour le panorama de l'utilisation d'internet par les agriculteurs, mais au delà, le numérique révolutionne le quotidien des chefs d'exploitation. Et pour plusieurs raisons.

Diffusion d'informations en temps réel

La question du numérique est souvent associée à l'agriculture de précision, à la performance et à la réactivité qu'elle permet grâce à la diffusion d'informations en temps réel. Des atouts non négligeables dans un contexte où la compétitivité des élevages est mise à rude épreuve. L'autre enjeu, le principal, est la possibilité de se dégager du temps, d'organiser son travail en fonction de sa famille, de ses loisirs, de redéfinir ses priorités. Améliorer la vivabilité de l'éleveur, c'est aussi lui permettre de reprendre la main, d'être un patron aidé par des machines et non pas au service de la machine.

Aujourd'hui, l'automatisation de l'alimentation permet d'individualiser les quantités, les drones recueillent un nombre infini de données sur les parcelles, les tracteurs sont guidés par GPS, la pulvérisation peut être pilotée pour faire des économies et quantité d'applications sont disponibles sur tablette et smartphone.... L'agriculture numérique sera celle de la précision.

 



Le satellite au secours des zones blanches

Oui, il existe encore des endroits où le portable n'est d'aucune utilité - puisqu'il n'émet et ne reçoit aucun signal - et où internet est inaccessible, on appelle cela des zones blanches. Des territoires parfois très petits mais pourtant pas isolés où la technologie numérique la plus avancée ne parvient pas à trouver le moindre espace. Certains rêvent de ces lieux vierges. Leurs occupants permanents, eux, désespèrent. Plus encore depuis que le Minitel ne répond plus. Benoît Audren, agriculteur à Clohars-Carnoët, une commune du littoral sud finistérien, est de ceux-là. Impossible de remplir ses déclarations de mouvements d'animaux ! Quant à sa déclaration PAC, il n'a eu d'autre choix que d'en déléguer le remplissage à un prestataire. Sylvain Leménorel était à peu près dans la même situation, impossible d'accéder à internet depuis son exploitation du sud Manche, tout près du site mondialement connu du Mont Saint Michel mais privé de connexion au monde. Mais, ça c'était avant ! Avant que, sous la houlette de la FNSEA, ne soit mise en œuvre une expérimentation de connexion via le satellite, avec un partenaire technique Eutelsat et un fournisseur d'accès internet par satellite Nordnet (filiale d'Orange). 20 exploitants agricoles de toute la France ont bénéficié pendant un an - et gratuitement - de cette expérimentation. Finies les connexions impossibles, finie l'exclusion numérique et le sentiment d'isolement que ressentaient les agriculteurs mais aussi leurs familles, "la vie a changé" n'hésitent pas à dire Benoit Audren et Sylvain Leménorel en comparant cette petite révolution à celle de l'apparition du téléphone dans les fermes dans les années 60. "Ca va nous sauver !", affirment-ils, eux pour qui cette fracture numérique faisait aussi perdre du revenu. L'expérimentation est terminée, ils sont désormais des usagers comme les autres et devront payer leurs factures internet. Ils sont prêts.

Paul Jegat

 



Big data : attention à garder la main

La plate-forme R&D du Space était consacrée cette année au thème au numérique. Une table ronde était notamment programmée pour présenter les produits innovants mis au service de l'agriculture, mais avec en toile de fond, la question de la récupération et de l'analyse des données de l'élevage. Au qui appartiennent-elles ? Comment les optimiser ? Ainsi, André Sergent, président de la chambre 29 et de la plateforme R&D du Space est convaincu de l'aspect révolutionnaire de ces outils, mais plus circonspect sur l'utilisation commerciale de ces données par les entreprises. "Cela me dérangerait qu'une entreprise s'accapare mes données sans que je puisse avoir la main", a-t-il déclaré. Hervé Pillaud, éleveur et fondateur de l'association Vendée réseaux sociaux va encore plus loin en estimant que "les agriculteurs doivent créer leurs propres algorythmes. J'ai confiance dans les compétences de nos entreprises partenaires mais leur travail n'est pas de nous offrir la vision globale dont nous avons besoin". Il invite donc les agriculteurs et les organismes professionnels à s'investir sur ce sujet, afin d'être "acteur du numérique et pas seulement utilisateur".

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