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"En stage on passe d'élève à salarié"

Depuis mars dernier, Nattida Juewong, 23 ans, en licence pro d’agriculture biologique à Angers, boursière thaïlandaise, est accueillie en stage à la station horticole de Bretagne sud. Elle est en charge d’un essai concernant le tunnel mobile et la durabilité des systèmes maraîchers. Choc des cultures et aventures humaines !

Maët Le Lan, responsable de la station et Nattida Juewong, stagiaire.

Depuis mars dernier, Nattida Juewong, 23 ans, en licence pro d’agriculture biologique à Angers, boursière thaïlandaise, est accueillie en stage à la station horticole de Bretagne sud. Elle est en charge d’un essai concernant le tunnel mobile et la durabilité des systèmes maraîchers. Choc des cultures et aventures humaines ! "En arrivant en France, j’ai changé d’optique pour passer de la fourche à la fourchette. Je voulais m’intéresser à l’agronomie parce qu’en Thaïlande, elle n’est enseignée que pour devenir éleveur industriel. Il n’existe pas de formation pour devenir paysan à plus petite échelle". Dans un mois, elle sera de retour au pays. Ce, après trois ans d’études professionnalisantes en France financées par la très prestigieuse "bourse de la princesse", dont Nattida Juewong, est l’une des huit lauréates thaïlandaises. Ce manque, elle aurait ambitionné le combler dès son retour sur sa terre natale. "Mais j’ai évolué".

 

Donner sa chance

Jeune bachelière, elle entame à l’université de Bangkok des études de sciences alimentaires. Elle n’est pas du milieu agricole, a une maman coiffeuse et un papa cuisinier. Repérée pour l’excellence de ses résultats, gratifiée de cette bourse, elle arrive en France en novembre 2014 : "Je me prépare avec des cours de français", langue qu’elle n’avait jamais apprise. "Nattida a une orthographe bien meilleure que bon nombre d’entre nous ici", glisse, admirative, Maët Le Lan, responsable de la station. Nattida enchaîne avec un DUT d’agronomie à Brest, puis une licence professionnelle dédiée à l’agriculture biologique à Angers, coiffée par six mois de stage, ce sans retourner sur sa terre natale. "En Thaïlande, il n’y a pas les expérimentations en agrobiologie. Je voulais compléter cet aspect là de ma formation ici", souligne la jeune fille. "Je n’avais pas tranché sur le CV de Nattida, j’avais peur que la langue soit un obstacle", se souvient Maët Le Lan, peu encline au départ à l’accueillir. "Et puis sa prof, Catherine Bernard, m’a appelée, me disant que Nattida sortait du lot. Elle est battante, elle le mérite. Si une structure comme la nôtre ne lui donne pas sa chance", poursuit sa responsable de stage qui n’a aucun regret de l’accueillir depuis mars dernier : "Ce qu’elle vit, ce qu’elle fait, imposent le respect".

 

Si on devient collègue, c’est gagné.

De stagiaire à collègue

Un stage, "c’est long, six mois. Je leur confie un essai. C’est leur projet, leur parcelle. Ma mission : que le stagiaire ait grandi à l’issue de son stage, sur les techniques culturales et humainement. En stage, on passe d’élève à salarié. Si on devient collègue, c’est gagné. Si le stage est raté, j’en suis responsable pour 50 %", raconte investie, la cheffe de station qui apprécie "la rigueur expérimentale de Nattida, exceptionnelle, j’ai confiance en elle", apprécie Maët Le Lan. En creux, l’empreinte d’une culture : "chez moi, dans la famille, on n’écoute pas l’enfant, le prof n’écoute pas l’élève, au travail, le chef n’écoute pas le salarié. Ici, on me demandait mon avis et je n’osais pas l’exprimer", analyse avec recul Nattida. "Je restais dans mon coin, je gérais beaucoup d’infos" , justifie- t-elle de ce choc des cultures. "Cette réserve, ce respect et cette discrétion, ce sont des qualités qu’on aimerait voir plus développées chez nous. Mais je la lisais autrement : Nattida se positionnait comme élève et non comme cheffe d’équipe". Depuis lors, les choses changent, Nattida intègre les us et coutumes, s’exprime, "n’est plus dans l’exécution. Elle reste pour autant très factuelle et précise".

 

Évoluer dans son projet

Nattida a aussi grandi dans ses aspirations. "Je pensais être technicienne en Thaïlande. Avec tout ça, mon projet a évolué. Plus tard, je veux créer une ferme pédagogique en cultures de légumes. J’ai aussi changé de point de vue sur l’agriculture conventionnelle. Ici, je vois qu’on peut faire mieux pour l’environnement avec une agriculture qui est bonne, très peu différente du bio. Je souhaiterais poursuivre mes études, en master, mais je dois aussi travailler pour participer au remboursement de ma bourse", raconte avec aisance Nattida Juewong, à qui, mener les deux de front, ne fait pas peur.

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