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"En tant qu’exploitantes, il est inacceptable pour nous de ne pas être reconnues"

La FNSEA et la Commission nationale des agricultrices (CNA) ont organisé le 18 avril une manifestation sur le statut de l’exploitant. Jacqueline Cottier, présidente de la CNA, revient sur la nécessité de continuer à se battre pour faire reconnaitre tous les actifs agricoles, et notamment les femmes qui sont les plus touchées par les inégalités de statuts.

Jacqueline Cottier, présidente de la commission nationale des agricultrices (CNA)
Jacqueline Cottier, présidente de la commission nationale des agricultrices (CNA)
© Terra

Quel est l’enjeu de la reconnaissance des actifs aujourd’hui ?

Jacqueline Cottier. Ce combat est malheureusement mené depuis très longtemps. Il y a eu une première évolution avec la possibilité en 2011 de faire des Gaec entre époux, permettant aux agricultrices de bénéficier de la transparence. Ce que nous défendons, c’est un même statut pour tous les exploitants, notamment dans les EARL qui ne bénéficient pas de la même transparence entre associés ou dans les Gaec quand les associés n’ont pas une part chacun. Ce sont surtout les agricultrices qui sont les plus touchées : le Gaec entre époux est une avancée mais beaucoup de femmes installées avant 2011 n’ont pas eu ce choix. Or aujourd’hui, les agricultrices sont de vraies professionnelles, formées à un métier qu’elles choisissent. Elles peuvent prouver que leur installation apporte une plus-value : diversification, productions supplémentaires, et tout cela entre en ligne de compte dans la définition d’une part économique. Car l’enjeu est bien la reconnaissance économique, avec le droit aux parts PAC, et les incidences sont très importantes notamment dans l’élevage, car c’est le secteur où les agricultrices sont le plus impliquées. La transformation des autres formes sociétaires en Gaec est une solution envisageable mais il faut un accompagnement. Les incidences économiques de la reconnaissance du statut peuvent aussi être un déclic pour toutes les exploitantes qui aujourd’hui encore n’ont pas de statut et ne bénéficient d’aucune protection.

 

La reconnaissance de tous les exploitants était l’objet d’une manifestation initiée par la FNSEA et sa commission nationale des agricultrices le 18 avril. Quel bilan et quelles suites donner à ces revendications ?

J.C. Les sections départementales se sont mobilisées pour rencontrer les parlementaires et les préfets et les sensibiliser à ce problème du statut. Dans mon département (ndlr : le Maine et Loire), nous avons expliqué concrètement les incidences économiques de la nouvelle PAC sur les exploitations, avec des différences allant jusqu’à 20 000 € : car avec les surdotations (52 premiers hectares, 40 vaches allaitantes…), le fossé est réel en fonction du nombre de parts PAC sur l’exploitation, d’où la nécessité de reconnaître chaque exploitant. Nous allons sans doute demander un rendez-vous au ministère de l’Agriculture, ainsi qu’à Najat Vallaud-Belkacem, ministre du Droit des femmes. La reconnaissance inégale du statut d’exploitant remet en cause la place économique et sociale des agricultrices. En tant qu’exploitantes, il est inacceptable pour nous de ne pas être reconnues.

 

Quels sont vos prochains chantiers en tant que nouvelle présidente de la Commission nationale des agricultrices ?

J.C. Aujourd’hui, seules 51 % des agricultrices qui accouchent prennent un congé maternité, alors qu’elles ont les mêmes droits qu’une salariée : nous voulons les inciter davantage à en bénéficier. Le formulaire de demande est trop complexe, l’agricultrice devant justifier son temps de travail et les différentes tâches qu’elle effectue sur l’exploitation. Pourquoi justifier de son activité quand on a déjà un statut professionnel ? Autre frein : dans certaines productions spécialisées comme la transformation de fromage ou l’élevage de gibier à plume, le service de remplacement n’a pas toujours des agents suffisamment formés. Nous avons également un gros chantier à mener en matière de communication sur notre métier, dans un contexte où les campagnes médiatiques ne nous rendent pas service - je pense au statut de l’animal notamment - pour mieux faire connaître nos pratiques. Les agricultrices ont peut-être une sensibilité plus forte sur ce sujet : ce sont les plus impliquées dans les fermes ouvertes, l’accueil à la ferme... Nous voulons aussi intéresser les jeunes, appuyer les jeunes filles en formation qui "galèrent" plus que les garçons pour trouver des stages et sont souvent victimes de préjugés. Heureusement, elles sont doublement motivées, et sont d’ailleurs plus nombreuses qu’avant dans les formations. Enfin, nous essayons de favoriser une plus grande implication des agricultrices dans la défense professionnelle, mais ce n’est pas toujours facile à cause de leurs obligations familiales. Il faudrait développer les modes de garde de proximité.

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