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Ensemble, reprenons la main

Si la FDSEA exige toujours des pouvoirs publics qu'il soit rapidement mis fin aux distorsions de concurrence, elle exhorte aussi les agriculteurs à agir de leur côté sur les charges et services, et à s'unir pour renforcer le poids du maillon production.

"Evidemment, nous aimerions avoir du prix". Mais, et la FDSEA l'a redit avec force dans son rapport d'orientation d'assemblée générale, le 24 mars dernier à Saint Pol de Léon, "il est indispensable de s'attaquer aux charges", un volet sur lequel les agriculteurs peuvent agir alors qu'ils ne maîtrisent pas le prix de vente de leurs produits. Et André Quénet, secrétaire général, de dénoncer "les spéculations financières sur le marché des céréales", asphyxiant les élevages bretons, ou l'appro, "un secteur très lucratif pour nos fournisseurs". Avant d'inciter les agriculteurs "à mettre un bon coup de pied dans la fourmilière", en exigeant de séparer la vente du conseil, en faisant systématiquement établir des devis ou en se regroupant pour négocier et acheter.

 

Renforcer le pouvoir des producteurs

 

Du côté des services, aussi, les griefs sont nombreux. "La multiplication des normes a amplifié le besoin en services", constate la FDSEA. Et comme la main d'oeuvre se fait moins nombreuse sur les exploitations, "c'est un vrai business qui s'est créé", rendant les agriculteurs toujours plus dépendants. Et que dire des crédits fournisseurs ? "C'est aux banques d'aider à la trésorerie des exploitations".

Mais pour affronter le "risque prix", la FDSEA exige aussi qu'il soit mis fin aux distorsions de concurrence, qu'elles soient sociales, fiscales ou environnementales. "Et il nous faut chasser en meute, martèle André Quénet. Investir dans le collectif pour renforcer le pouvoir de négociation des producteurs". Pour faire face à la volatilité des prix, la FDSEA demande aussi la mise en place "de toute urgence" d'outils de prévention et de gestion des crises, y compris par le Conseil régional.

 

Mangez français

 

Mais l'assemblée générale est aussi un moment privilégié pour faire remonter les préoccupations du terrain. Et Michel Gallou, producteur de viande bovine à Taulé, d'évoquer les "importations dissimulées de viande étrangère, sans étiquetage". Et un appel d'offres remporté par de la viande polonaise pour des hôpitaux bretons. "C'est inadmissible de nourrir nos malades avec de la viande sans aucune tracabilité quand on produit ici de la super qualité".

 

Gagner du pouvoir d'achat

 

"On a obtenu une baisse des cotisations sociales. Mais quel impact aura cette aide, alors que nos revenus sont au plus bas", s'interroge Hervé Rouzic". "Ca représente 800 millions d'euros par an pour la ferme France, répond Thierry Merret, le président de la FDSEA. Ce n'est pas rien ! Et ça nous remet dans le jeu de la compétitivité".

Pour gagner en pouvoir d'achat, Jean Tromeur, le président de la section des anciens exploitants exhorte les actifs à se battre pour que le calcul de leur retraite se fasse sur les 25 meilleures années, comme c'est le cas pour les salariés, et non plus sur une carrière complète. "Le gain serait de 250 €/mois". Une somme loin d'être négligeable quand on connaît le faible montant des pensions agricoles. "C'est une revendication à pousser en priorité".

 

Des règlementations à revoir

"L'Aber Wrach est sorti du contentieux. Pas nous", constate Jean-Luc Page. Sur le bassin versant de l'Horn, les agriculteurs subissent toujours de fortes contraintes environnementales, "140 unités d'azote à l'hectare pour les céréales, 160 pour les cultures fourragères et 170 pour les légumes", sans aucune compensation, "et toujours plus de contrôles". "On reste sous surveillance de l'Europe, répond Philippe Charreton, Directeur départemental des territoires et de la mer. Mais on continue à se battre pour sortir de ce dispositif".

Eleveur à Saint Thégonnec, Gaby Kerléo dénonce depuis des années "le gaspillage d'énergie pharamineux", induit par la réglementation environnementale. "Les producteurs de porcs doivent construire des stations de traitement du lisier, gourmandes en énergie. Leurs voisins, producteurs de lait, doivent acheter des engrais, eux aussi gros consommateurs d'énergie pour la fabrication ou le transport. Et on nous demande de mettre des ampoules à led dans nos maisons !"

Ne jamais oublier...

 

"La FDSEA du Finistère a été créée le 7 mars 1945, en présence de Tanguy Prigent, ministre de l'agriculture du gouvernement provisoire du Général de Gaulle", rappelle Thierry Merret. A l'occasion des 70 ans du syndicat, il s'est livré à une petite rétrospective. évoquant tour à tour le désenclavement de la Bretagne, au début des années 60, les montants compensatoires monétaires, la grève du lait de 1972, la scission de 1984, les rassemblements algues vertes de Sainte Anne La Palud en 2010 puis du Cap Coz en 2012 ou le mouvement des Bonnets rouges...

Puis un film datant de 1961, "Les Bretons parlent aux Français", est projeté avant que des archives de l'Ina ne balaient, images à l'appui, l'actualité agricole de ces 30 dernières années. Avec la découverte, au fil de la soirée, que, du prix du lait ou du chou-fleur aux distorsions de concurrence en passant par la mondialisation, les problèmes n'ont pas changé. Et que les prises de parole de l'époque sont encore d'actualité 30 voire 50 ans plus tard... "L'histoire est un éternel recommencement", résume Anthony Taoc, le secrétaire général des JA. "C'est parce que des gens se sont battus pour vivre et travailler au pays que nous sommes encore là aujourd'hui, en retient Thierry Merret. Il ne faut jamais l'oublier".

 

 

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