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"On est entré dans une spirale infernale"

Installé en 2011, François Fourchon, producteur de lait près de Lamballe (22), livre son lait à un prix de base bien inférieur à 300 €/1000 litres. Les mois de février et mars s'annoncent particulièrement durs pour le jeune agriculteur.

François Fourchon, installé depuis 4 ans, doit aujourd'hui rénover le bâtiment des vaches laitières.
François Fourchon, installé depuis 4 ans, doit aujourd'hui rénover le bâtiment des vaches laitières.
© Terra

Après deux jours passés sur les blocages, François Fourchon est de retour sur l'élevage. Le travail l'attend. "Il faut rattraper maintenant le temps passé à l'extérieur", indique ce jeune agriculteur, prêt à repartir si une nouvelle mobilisation se présente. Mobilisé, il l'est car la situation est devenue intenable. En janvier, le lait A n'est payé que 280 €/1000 litres. Pire, les mois suivants. "A partir de février, nous serons payés sur la base du prix B à seulement
230 €/1000 litres. Il est même prévu une livraison en mars - 3 000 litres - au prix C à 40 €/1000 litres", s'indigne l'éleveur, adhérent à la coopérative Even (Laïta). "Le plus incroyable est qu'en septembre 2014, le lait était payé 390 €/1000 litres, prix de base !" Jusque là, le jeune éleveur parvenait à se garder un salaire : "sur 1 500 € de revenu, 500 € partent en remboursement de capital chaque mois. Mais sur février et mars, je ne sais vraiment pas si je pourrai me tirer un salaire ?", déplore-t-il. "Depuis que je suis installé, je ne mets rien de côté. Heureusement que ma conjointe travaille à l'extérieur".

Une spirale infernale
François Fourchon s'est installé en Gaec avec son père, exploitant agricole et sa mère, conjoint collaborateur, en 2011. Depuis le 1er janvier 2016, son père est à la retraite : lui et sa mère sont associés et gèrent un atelier de 575 000 litres de lait, sur 70 ha et un atelier cunicole de 200 cages mères. Les éleveurs sont entrés dans une spirale infernale. "Nous avons demandé des rallonges de lait pour nous approcher des 600 000 litres. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas couper la production. Au 1er avril, nous repartons au prix A. Il y a encore un an le prix B valait le coup. Ce n'est pas facile à gérer !"

Tirer sur la ficelle mais pas trop
Les éleveurs serrent les boulons là où ils peuvent : le concentré de production est arrêté ; les travaux de réparation du matériel sont reportés... Pas question de déléguer dans ces conditions. "Nous tirons de partout. Nous bricolons beaucoup : en mécanique, je fais le maximum moi-même". Les éleveurs marchent sur un fil car ils savent qu'il ne faut pas dégrader l'outil technique. "Pour s'en sortir, il faut cependant être irréprochable techniquement sur les IA, le sanitaire...", indique François Fourchon.


Un projet de rénovation en cours
Quand François Fourchon s'installe en 2011, la crise de 2009 n'est pas loin. Le père de François, ancien administrateur à Even, avait vu les fluctuations de prix. "Le prix d'équilibre de notre atelier lait est de 280 €/1000 litres. Au moment de boucler mon projet, je voulais même moins", décrit le jeune agriculteur. Si les éleveurs parviennent à équilibrer leur compte et payer
encore les fournisseurs, c'est parce que le bâtiment des vaches laitières a été amorti. A l'inverse, le bâtiment construit en 1976 est très vétuste : il faut maintenant investir pour
améliorer les conditions de travail. Un projet de rénovation est à l'étude depuis un an, normalement prévu début 2017. Un minimum optimiste, François Fourchon espère vivre de son métier, mais surtout pouvoir continuer dans des conditions humainement acceptables.

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