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États généraux, entre chèvre et chou

Emmanuel #Macron s’est déplacé à Rungis mercredi après-midi pour annoncer les premières décisions issues des États généraux de l’alimentation - #EGAlim. Stéphane #Travert, ministre de l’#agriculture, avait quelque temps auparavant dévoilé les premières mesures annoncées. Les mesures fortes attendues par la profession agricole, le relèvement du seuil de revente à perte et l’encadrement des #promotions, ne font pas partie de ces premières annonces.

Alors que le premier chantier des États généraux de l’alimentation sur la création et la répartition de la valeur s’achève prochainement et que le deuxième chantier sur l’alimentation sûre, saine et durable commence, le président de la République faisait un point d’étape à Rungis, le 11 octobre.

Améliorer le revenu des producteurs

Le président de la République a bien sûr réaffirmé l’ambition de ces États généraux d’améliorer le revenu des agriculteurs, mais le point sur lequel il était très attendu était bien comment y parvenir. Deux pistes sont pour le moment essentiellement évoquées, celle d’une inversion de la méthode de calcul du prix des produits et celle de l’organisation des producteurs. Pour Stéphane Travert, ministre de l’agriculture, "le producteur est toujours lésé, il faut partir du coût de revient du producteur pour fixer le prix et ainsi mieux répartir la valeur. Une compta analytique doit permettre de calculer un prix en deçà duquel le producteur ne peut pas vivre de son métier". D’un point de vue très pratique à ce stade, il est un peu difficile de distinguer quelle déclinaison peut être mise en place si elle ne dépend que du bon vouloir des acteurs en place. Stéphane Travert n’exclut pas le passage par le cadre réglementaire, mais veut encore privilégier la concertation et la discussion entre les différents acteurs.

Le second volet important concerne l’organisation des filières et des producteurs, l’ambition affichée étant de permettre aux filières de se structurer pour plus peser, notamment dans les négociations commerciales. Pour ce faire, deux axes sont privilégiés. Il s’agit d’une part de permettre aux producteurs de se structurer en OP (organisation de producteur) et en AOP (association d'organisations de producteurs) et, d’autre part, de mettre en place des plans de filière pour mieux s’organiser et dégager de la valeur ajoutée.

Organiser les filières

Stéphane Travert appuie les intentions du président de la République en expliquant que "le juste prix n’est pas le prix le plus bas". Pour autant, on a bien du mal à comprendre comment, sans un cadre plus contraignant et en s'en tenant uniquement à l'application de mesures déjà existantes, on pourra bouleverser les pratiques et améliorer les prix aux producteurs. Si le gouvernement prévoit d’expliciter les règles de la concurrence pour favoriser le regroupement des agriculteurs en organisations de producteurs commerciales (avec transfert de propriété donc) et permettre de s’entendre sur un prix de vente, cela permettra-t-il vraiment de peser davantage face à une distribution très concentrée ?

La seule véritable proposition nouvelle porte sur les plans de restructuration de filière, dont les premiers sont attendus en décembre, et vers lesquels seront orientés les cinq milliards d’euros d’investissement destinés au secteur agricole.

Les ateliers cinq à sept, qui concernent les prix d’achat des produits agricoles, les marchés, et les relations commerciales entre les différents maillons de la filière, avaient suscité certains espoirs chez les agriculteurs qui, pour beaucoup, peinent à dégager un revenu. Il n'est pas acquis que la proposition d'une "contractualisation plus juste", avec des "garanties de prise en compte des coûts de production" et des "dispositifs de médiation renforcés" suffise à combler les attentes. Mais, après ces annonces, une évidence apparaît nettement. Il se passera du temps entre les intentions affichées et leur concrétisation. Le gouvernement ne connaît pas encore le véhicule législatif qui sera nécessaire à la mise en œuvre des mesures (projet de loi, ordonnance, etc.). Et même si les décisions peuvent être actées rapidement, celles-ci ne pourront pas entrer en vigueur avant le début des prochaines négociations commerciales entre fournisseurs et grande distribution. À ce stade, le gouvernement ne peut donc que miser sur la bonne volonté des acteurs à respecter la philosophie qui s’est dégagée lors des ateliers. Il devrait inciter les différents acteurs à retravailler les propositions de relèvement du seuil de revente à perte et d’encadrement des promotions, qu’Emmanuel Macron ne souhaite pas mettre en œuvre en l’état. En prenant cette position, le président de la République cherche sans doute à ménager des consommateurs (et associations) inquiètes d'un emballement des prix des produits alimentaires. Mais, avant que s'ouvre le deuxième chantier des États généraux, consacré à la réponse aux attentes des consommateurs, Emmanuel Macron ne donne pas tant de gages à une profession agricole à laquelle il a beaucoup promis. Le dicton "qui trop embrasse mal étreint" ne serait-il pas en train de se vérifier ?

Pas touche au seuil de revente à perte

Avant même que ne soient communiquées de quelconques conclusions aux travaux de l'atelier 5, la petite sphère de la grande distribution s'est emballée autour d'un possible relèvement à 15 ou 17 % du seuil de revente à perte instauré par la loi Galland de 1996 et dont tous les gouvernements ont cherché à atténuer les effets pour ne pas réduire le pouvoir d'achat des Français. En tête des pourfendeurs de ce relèvement, Michel-Edouard Leclerc, suivi de près par UFC Que Choisir, ont prédit une hausse des prix généralisée. Dans un courrier au Président de la République, UFC Que Choisir affirme même que "contraindre les distributeurs à revendre plus cher ne garantit en rien qu’ils achètent ces produits à un prix plus élevé à leurs fournisseurs. Là encore, l’expérience de la loi Galland est révélatrice : l’inflation était d’abord venue nourrir les marges de la grande distribution, qui les avait augmentées de près de 54 % entre 1996 et 2002". Une position diamétralement opposée à celle défendue par la FNSEA et sa présidente Christiane Lambert pour qui "relever le seuil de vente à perte est un élément pour retrouver de la valeur. Il faut ensuite organiser par contrat ou par d'autres moyens, une possibilité de faire revenir ces centimes jusqu’au producteur". Dans l'immédiat, tout laisse penser que distributeurs et consommateurs ont su se faire entendre...


La République pour créer du lien !

Les régions de France s'étaient donné rendez-vous place de la République à Paris à quelques heures du discours d'Emmanuel Macron. Les FDSEA et JA étaient mobilisés pour aller à la rencontre des consommateurs, engager la discussion et le débat alors que les États généraux vont entrer dans la seconde phase consacrée à l'alimentation.

Chaque région présentait ainsi ses produits, des produits de qualité bien évidemment et insistait sur le lien direct entre une alimentation de qualité et le prix des produits.

La Bretagne était représentée par une délégation importante et avait choisi de mettre l'accent sur le "manger français". Chou-fleur, cidre, beurre, et bien sûr "galettes saucisses", illustraient le lien entre le terroir, le territoire et le revenu des agriculteurs présents, et permettaient d'engager le débat avec les consommateurs et les passants.

Pour autant, les agriculteurs gardaient une oreille très attentive aux propos du Président de la République. Les États généraux et leur déclinaison régionale ont créé une attente, suscité un espoir, qui après des années de crise ne peuvent être déçus.

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