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Europe - Etats-unis : des négociations à surveiller de près

La première phase des négociations a démarré. Les retombées en matière d’élevage et de produits carnés pourraient être importantes.

Ignacio Garcia Bercero, négociateur en chef européen (à droite) et Dan Mullaney, négociateur en chef américain, viennent de procéder aux premiers échanges dans le cadre des négociations pour le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI), le 12 juillet à Washington, DC.
Ignacio Garcia Bercero, négociateur en chef européen (à droite) et Dan Mullaney, négociateur en chef américain, viennent de procéder aux premiers échanges dans le cadre des négociations pour le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI), le 12 juillet à Washington, DC.
© Terra

 

 

Washington, 8 juillet : les négociations entre l’Europe et les États-Unis pour la signature d’un "partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement" ont démarré. Des négociations jugées officiellement à haut bénéfice pour les gouvernements mais à risque pour une part des agriculteurs d’Europe et de France en particulier. Quels bénéfices globaux peut-on en tirer ? Un renforcement du commerce et des investissements entre les deux ensembles et donc un supplément de croissance possible pour sortir de la crise.

Côté agriculture, la vision est moins idyllique. "Pas question d’être une variable de négociation", clament la quasi-totalité des organisations agricoles. "Les consommateurs ne doivent pas être trompés", prévient Pierre Chevalier, président de la FNB (Fédération nationale bovine) dont le secteur est une des "sensibilités" des discussions qui démarrent, selon le terme usité à Bruxelles. Dans les organisations agricoles, on a une grande habitude de ces négociations à retombées très globales dont l’agriculture est trop largement la variable de négociation. Ce fut notamment le cas lors des grands "rounds" de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pourtant, cette fois-ci, il y a du pour et du contre. Si la discussion est risquée, l’agriculture n’a pas forcément tout à perdre d’un accord. Et puis, à Bruxelles comme à Paris, on affecte de prendre des engagements fermes. "On bannit les OGM, les hormones de croissance, les décontaminations chimiques des viandes", assure le ministre des affaires européennes Thierry Repentin. Même discours à Bruxelles où il n’est pas question de remettre en cause des principes de base comme le refus des hormones ou le mode d’adoption actuel des OGM. Et si on a desserré ces derniers jours les contraintes sur l’usage de l’acide lactique pour décontaminer les viandes, c’est que cela ne contredit pas ces principes de base.

 

Importations de viandes

Car ce sont eux, les plus concernés par ce risque. Principal écueil à éviter : lâcher la bride aux importations de viandes, de bœuf notamment. Il y a de la marge. Pour l’instant, l’Europe n’importe que quelques milliers de tonnes de viande bovine, pratiquement pas de viande de porc et plus de 800 000 tonnes de viande de volaille. Si la marge est élevée, c’est que l’Europe, dans le cadre des négociations à l’OMC, avait estimé possible d’importer des volumes additionnels (toutes provenances). Des chiffres qui continuent de faire référence : 300 000 tonnes de viande bovine, 200 000 tonnes de viande de porc et 310 000 tonnes de viande de volaille. Le premier aspect concerne les tarifs douaniers. En moyenne, les droits de douane sur les viandes en Europe atteignent 45 % lorsque les droits d’entrée aux États-Unis sont plutôt inférieurs à 5 %. Conséquence : harmoniser ces droits implique davantage d’ouverture de la part de l’Union européenne. Et puis, les cours de la viande sont actuellement élevés, partout dans le monde mais en particulier en Europe sur laquelle tous les opérateurs ont les yeux tournés. Les négociateurs peuvent estimer que l’Europe pourrait très bien supporter le choc d’un surcroît d’importations.

Mais le principal écueil reste les protections non tarifaires, sanitaires notamment. La viande de bœuf a déjà fait l’objet de bagarres intenses entre Europe et États-Unis. La cause : les viandes issues de bovins traités aux hormones de croissance. Depuis un "panel" (litige) porté à l’Organisation mondiale du commerce, l’Europe a accepté un quota d’importation de viande haute qualité, c’est-à-dire non traitée aux hormones. Il est aujourd’hui de 48 000 tonnes par an (provenant des États-Unis, du Canada, de l’Australie, de Nouvelle-Zélande, de l’Uruguay) mais est très loin d’être saturé. Ce quota va-t-il évoluer, et surtout, va-t-on y inclure des viandes issues des "feedlots" américains, traitées aux hormones, abattues dans des conditions limites ? Non !, martèle-t-on à Bruxelles.

 

Les bovins, une commodité

Les éleveurs ne sont pas encore pleinement rassurés. "Ces animaux ne pourraient même pas entrer dans un abattoir français", remarque Pierre Chevalier. À l’heure où les grandes surfaces rechignent à répercuter les prix de l’aliment du bétail dans les tarifs payés aux éleveurs, on imagine ce que l’importation de viandes peu coûteuses venues d’outre-Atlantique pourrait signifier. "Pour les Américains, le bovin est une commodité, affirme un observateur français outre-Atlantique, une commodité industrialisable sans trop de préoccupation pour la traçabilité plutôt prisée en France". C’est, soulignent les éleveurs de l’Hexagone, un problème de société et une question de modèle alimentaire tout autant que la défense de leur pré-carré par les éleveurs. Ceux-ci n’ont aucune envie de voir se joindre les Américains à leurs compétiteurs, si ce n’est déjà fait.

 

Agra

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