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Faire face aux difficultés

Sujet délicat, mais ô combien nécessaire, lors de la session de la chambre d'agriculture, vendredi 27 novembre, l'accompagnement des agriculteurs fragilisés par des difficultés économiques.

Gérard Pelhate, président de la MSA, et Gilles Guillomon, secrétaire général de la chambre d'agriculture, présentent les solutions d'accompagnement pour les agriculteurs en difficultés.
Gérard Pelhate, président de la MSA, et Gilles Guillomon, secrétaire général de la chambre d'agriculture, présentent les solutions d'accompagnement pour les agriculteurs en difficultés.
© Cécile Julien

L'agriculture traverse une crise sans précédent. Marchés concurrencés, baisse des prix, envolée du coût de l'énergie, distorsions de concurrence sur le coût de la main, d'œuvre, toutes les productions sont concernées par des baisses de revenu. Un nombre croissant d'agriculteurs doit faire face à des difficultés économiques. Une preuve est l'envolée du nombre de dossiers que traite l'Atèse -qui aurait bien besoin de moyens supplémentaires pour y faire face - 80 en 2008, déjà 136 cette année. Sur la zone légumière, un tiers des producteurs serait en situation délicate. En lapin, c'est la quasi-totalité des éleveurs. De nombreuses demandes d'aides FAC ont été déposées. Lors de sa session du 27 novembre, la chambre d'agriculture a donc fait un point sur les conséquences socio-économiques des mutations que connait l'agriculture et les moyens d'accompagnement à mettre en face.

Parmi les exploitations suivies par l'Atèse, les exploitations individuelles sont sur-représentées, comme la tranche d'âge des plus de 40 ans. L'Atèse montre trois périodes sensibles : quelques années après l'installation, souvent par manque de moyens de production ; vers 40 ans, pour ceux qui ne progressent pas techniquement ; vers 50 ans quand l'exploitant peut se démotiver face à la nécessité d'investir.

Les niveaux d'endettement, de plus en plus importants, retardent la sortie des difficultés. En lait, ils peuvent aller jusqu'à 200.000 €, 400.000 € en production de veaux de boucherie et même approcher du million en porc. Parmi les dossiers qu'elle suit, l'Atèse voit autant de cas redressables que non-redressables. La fin de la pré-retraite complique l'arrêt des agriculteurs qui rencontrent des difficultés en fin de carrière. Les élus en appellent à la poursuite de ce dispositif.

Les difficultés tiennent à la conjoncture, mais aussi à la structure de l'exploitation et à l'exploitant lui-même. Dans 10% des dossiers traités par l'Atèse, les difficultés surviennent suite à des conflits familiaux. Dans les situations de grande difficulté, deux critères concourent à la pauvreté : l'insuffisance des moyens de production mais aussi l'insuffisance de formation. Face à des difficultés, la capacité à rebondir d'un exploitant dépend du potentiel de son entreprise, de son exposition aux risques mais aussi de son propre degré d'autonomie. "Les agriculteurs ne peuvent s'en sortir que par la performance technique, estime Joseph Ménard, président de la chambre d'agriculture. De même, les aides économiques ne remplaceront jamais une bonne valorisation par les marchés. Elles aident juste à passer le cap". Au-delà de la conjoncture, la formation semble être un bon levier pour éviter, et même sortir, des difficultés. Tout au long de leur carrière, les exploitants doivent de se former au niveau technique mais aussi économique. "Les agriculteurs doivent apprendre à gérer dans un contexte fluctuant", souligne Gilles Guillomon, secrétaire général de la chambre d'agriculture. Seulement 15% des agriculteurs du département vont en formation continue. Souvent, les plus fragiles n'y vont pas.

 

Renforcer l'accompagnement

Face à ces difficultés, les OPA renforcent leurs accompagnements auprès des agriculteurs fragilisés. "Il faut aider l'exploitant dans toutes les dimensions, économique, technique et familiale", souligne Gérard Pelhate, président de la MSA. C'est pourquoi les structures de soutien, comme l'Atèse, réunissent tous les partenaires de l'agriculture.

Tous les acteurs ont relevé la nécessité de détecter les difficultés le plus tôt possible grâce à une vigilance de tous les intervenants. "Il n'y a pas de honte à avoir de rencontrer des difficultés, de devoir demander de l'aide, voire d'évoluer vers un autre métier, encouragent tous les observateurs. Un départ précoce ne doit pas être considéré comme un échec". Pour un dépistage le plus précoce possible, les OPA doivent encore renforcer leur concertation.

Face aux difficultés, tous s'accordent pour préserver les personnes, la famille. "Il faut aider les gens à rebondir, à trouver d'autres perspectives professionnelles pour que la faillite économique ne devienne pas une famille personnelle et familiale", souligne David Duguépeyroux, jeune président de l'Atèse. Pour permettre à la famille d'avoir un minimum de revenu, les agriculteurs peuvent avoir accès au RSA. "Une trentaine de demandes sont en cours d'instruction", relate Gérard Pelhate.

Pour éviter l'enlisement économique des exploitations, les élus de la chambre se sont accordés sur la nécessité d'un accompagnement tout au long de la carrière, d'une formation continue, d'installations sur des dossiers solides, d'outils d'auto-diagnostic. Ils envisagent la création d'une cellule d'échanges pour les agriculteurs qui font face à des difficultés mais aussi pour ceux qui ont besoin d'avoir un regard objectif sur leur situation, sur un projet.

A l'issue de cette session, Gérard Durand, sous-directeur de la chambre d'agriculture, à l'heure de la retraite, a été chaleureusement remercié pour ses 34 années au service de l'agriculture départementale.

Les vœux

 

Lors de cette session, 4 vœux ont été adoptés à l'unanimité. Le premier porte sur la place des femmes dans l'agriculture bretonne. Les élus de la chambre d'agriculture se sont engagés à développer la responsabilité des femmes dans les structures agricoles par la promotion des métiers, la montée en compétence, l'accès aux responsabilités, dans le cadre d'un plan d'actions régionales. Le deuxième vœu porte sur la BCAE "maintien des surfaces en herbe", les élus demandent à ce que les prairies permanentes puissent être régénérées sans déclaration préalable et que les prairies temporaires puissent entrer dans la rotation. Concernant la conjoncture, les élus ont demandé des mesures de soutien de marché, la meilleure répartition des marges, l'exonération totale de la taxe carbone et la prise en compte de l'agriculture dans le plan de soutien issu du grand emprunt. Enfin, les élus ont dénoncé le mépris politique que ressentent les agriculteurs. Ils se sont inquiétés du désengagement de l'Etat, de la complexité des dossiers administratifs et de l'amoncellement de mesures.

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