Aller au contenu principal

Crise alimentaire mondiale
Faut-il accuser l'aide au développement ?

La crise alimentaire qui frappe durement les pays en développement est révélatrice de l'échec ou, pour le moins, des limites de l'aide publique octroyée par les ex-colonisateurs. Le point avec Louis L'Aot qui, il y a peu encore, était directeur délégué à l'agence française de développement.

Agronome né à Plouzévédé, Louis L'Aot a participé à l'assemblée générale du contrôle laitier, le 19 juin dernier, à Landerneau.
Agronome né à Plouzévédé, Louis L'Aot a participé à l'assemblée générale du contrôle laitier, le 19 juin dernier, à Landerneau.
© Terra

"L'agence française de développement met en œuvre le financement public de la France dans les pays en voie de développement". Louis L'Aot est intervenu, le 19 juin dernier, à l'assemblée générale du contrôle laitier, pour partager son expérience, lui que ses fonctions ont appelé au Mali, en Centrafrique, au Tchad ou au Burkina Faso.

Une personne sur trois mal nourrie

"Sur les 6,6 milliards d'humains que compte actuellement la Terre, 2 milliards sont mal nourris et souffrent de carences diverses, et 854 millions sont sous-alimentés, dont plus de deux tiers d'agriculteurs". Une situation qui n'est pas nouvelle, puisque René Dumont l'évoquait déjà en 1964, et qui va aller en s'aggravant. "A l'horizon 2050, la FAO estime que les besoins alimentaires vont croître de 414% en Afrique, de 134% en Asie et de 92% en Amérique latine".
Contrairement à ce que d'aucuns croient, les émeutes de la faim, dont les journaux télévisés ou la presse se font régulièrement l'écho, ne sont pas liées à une subite dégradation de la production agricole des pays pauvres, ou à une concurrence plus vive entre cultures vivrières et cultures industrielles. "Elles sont nées d'une tension entre l'offre et la demande dans les pays développés ou émergents", affirme Louis L'Aot.
Ainsi, si la production mondiale de riz croît tous les ans de 1%, la demande, elle, grimpe de 2% ! "Et, plutôt que de soutenir leur production locale, les pays pauvres ont trouvé bien plus simple de s'approvisionner à bas prix sur le marché mondial". Que les prix s'envolent, comme c'est actuellement le cas, et les classes moyennes des villes n'ont plus les moyens d'acheter ce dont elles ont besoin pour se nourrir. "Ce ne sont pas les ruraux qui souffrent".

Une aide cantonnée aux villes

"Faut-il y voir un échec de l'aide au développement ?" Pour Louis L'Aot, de nombreux facteurs rentrent en ligne de compte. "Une indépendance mal négociée, une instabilité politique et des guerres civiles, la corruption et le boulet d'une monnaie forte, le franc CFA ayant une parité fixe avec le franc". Ce à quoi il faut rajouter les incertitudes du climat, de grandes endémies et une croissance démographique obligeant à raccourcir les jachères, ce qui a entraîné une dégradation accélérée des sols.
"Depuis les années 60, l'aide au développement s'est cantonnée aux villes, en oubliant les campagnes, que l'on jugeait à même de se nourrir", dénonce Louis L'Aot. L'exode rural n'a pas tardé et il a suffi que la mise à disposition de surplus alimentaires diminue pour que la population urbaine se trouve aussitôt affamée.

Et quelques réussites

Heureusement, il existe quelques contre-exemples, comme le coton au Burkina. "Il est cultivé pour la fibre mais aussi pour la graine, dont on extrait de l'huile alimentaire et des tourteaux pour le bétail. Et, en brûlant, la coque produit 50% de l'énergie dont a besoin l'huilerie". L'introduction du coton a permis le développement de la culture attelée, une relative sécurité de trésorerie et l'amélioration des conditions de vie. "C'est la plus belle réussite de la coopération et de l'agence française de développement au Burkina", estime Louis L'Aot qui, pour autant, n'en oublie pas les limites. "La productivité à l'hectare ne bouge pas et les terres vierges disponibles sont de plus en plus rares".
Longtemps exutoire à une démographie galopante, l'immigration vers la Côte d'Ivoire voisine, productrice de cacao ou de café, n'est plus possible. "L'émigration vers les pays riches sera un élément de réponse déterminant". Et Louis L'Aot de citer l'Allemagne, qui aura besoin de 3 à 6 millions de travailleurs qualifiés d'ici 2020 ou les Philippines, qui a mis sur pied des formations ciblées pour les migrants, doublées d'aides au départ.

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Publicité