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Fermes numériques, quand l’agrodigital fait boom

L’offre de solutions robotiques et numériques est pléthorique pour les exploitations agricoles. Font-elles gagner du temps, de l’efficacité, du revenu ? Pour voir plus clair dans tous ces nouveaux outils agrodigitaux, les chambres d’agriculture de Bretagne leur ont consacré un troisième forum, jeudi dernier, à Locminé.

Alors, techno-compatible ? "C’est une chance. On a des conditions de vie très agréables, des outils pour piloter précisément nos productions. Si on veut concurrencer les pays européens, on n’a pas d'autre choix que d’être au top. Ça passe par le numérique et en terme d’image, c’est un atout pour attirer notre génération". Oui, à 26 ans, Jérémy Choquet est techno-compatible. Et il adore ça, comme beaucoup d’une génération née avec internet. Il est installé depuis le 1er avril 2019 sur un bâtiment de volaille de chair de 2 000 m2, couvert de panneaux photovoltaïques à Trédion (56).

Contrer l'isolement numérique

Pourtant, côté connexion, "Trédion, ce n’est pas ce qu’il y a de plus branché en matière de 3G, on est isolés... comme dans une cage de Faraday", s’amuse ce tout jeune éleveur qui a rejoint son père sur son site avicole. Une antenne wifi, installée à leur frais, pallie le manque. "C’est pratique pour éteindre une lumière quand je suis à l’autre bout du bâtiment, je m’économise 200 mètres", pointe-t-il, exhibant le smartphone avec lequel il suit de nombreux paramètres de l’élevage et en pilote de nombreux outils. Les deux exploitations du père et fils sont séparées juridiquement."Je lui fournis mes fumiers, il me fournit l’énergie", illustre-t-il d’un de leurs échanges, totalement automatisé et piloté à distance. Un site où le fumier des volailles alimente une chaudière dont l’énergie régule l’ambiance des bâtiments, de plus en plus énergivores. "Il faut chauffer pour maîtriser l’humidité de la litière et ventiler, c’est paradoxal mais il en va du bien-être de nos animaux. C’est hyper important pour le client final et pour faire un produit de qualité", dont l’ambition est de fournir, dans les meilleures conditions et en 45 jours, des poulets lourds destinés à la reconquête d’un marché français, très concurrencé par nos voisins européen.

Nombreux équipements pilotés

Pour conduire bâtiment et équipements en temps réel et parfois à distance, il utilise de très nombreux auxiliaires et capteurs : "des sondes pour la température, la lumière, l’humidité, le traitement de l’eau, la brumisation qui se déclenche si besoin, le relevage mécanique des pipettes et de l’alimentation..", inventorie l’éleveur doté de logiciels et d’applications de suivi et de gestion qu’il regrette de devoir encore renseigner séparément. Il vient aussi d’investir 800 euros dans une caméra, "que j’oriente à distance et zoome. Ça me permet de voir les animaux sans les déranger. C’est essentiel au démarrage". Un investissement qui s’ajoute à ceux déjà consentis : "pour payer tous ces capteurs, je dois faire 12 euros de marge poussin-aliment (par m2 et par an ndlr). Mais quand les  animaux sont biens, ils nous le rendent bien à la fin", ne cache pas Jerémy Choquet. Son objectif est de "mettre les animaux dans le meilleur confort et sortir du tonnage". Des données qu’il espère faire remonter au sein de son groupement, "pour se comparer entre éleveurs et progresser", note-t-il, conscient "de récolter beaucoup de données qu’on n’utilise pas assez".

 

 

 

Le numérique níest pas une fin en soi

"La robotisation, c’est emblématique, mais en matière d’outils utilisant des techniques numériques, l’offre est pléthorique", constate depuis quelques années Rémy Espinasse, responsable du pôle dédié aux fermes numériques à la chambre d’agriculture de Bretagne. D’où l’intérêt de s’informer, faire le tri en toute indépendance. Car robots, capteurs, applications de gestion des données ont fait irruption massivement à la ferme et ce n’est pas près de s’arrêter. "Ce n’est pas une fin en soi. L’agriculteur doit regarder ses usages et définir ses besoins car bien souvent ce sont les firmes qui proposent des outils avec une organisation en silo, sans transversalité". Sans parler des données qui s’accumulent, une somme colossale appelée Big Data, posant tout autant la question de leur propriété que celle de leur sécurisation face à une utilisation non amicale ou encore "de la pertinence des algorithmes utilisés. Certains ne sont pas adaptés à nos applications. On a besoin d’expertise indépendante", insiste-t-il. Attention donc de ne pas céder aux sirènes du "Deus ex machina", littéralement "Dieu sorti de la machine" : pas de miracle, il y a des pannes, des coûts, y compris cachés, des données insuffisamment valorisées…

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