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Filière porcine bretonne : la liste des défis

Trois assemblées générales - le comité régionale porcin (CRP), Uniporc Ouest et le marché du porc breton (MPB) - se sont enchaînées la même journée du 15 juin à Plérin. Un marché du porc fragilisé, une production mondiale abondante, un écart de revenu avec l'Allemagne et l'Espagne, une organisation collective espérée... la filière porcine française a des enjeux à surmonter. Ceux d'un retour de la valeur ajoutée aux élevages pour rester dans la course de la modernité, tout en poursuivant l'intégration des préoccupations sociétales.

Si la cotation en 2017 au marché du porc breton (MPB) s'est achevée sur un prix de 1,37 €/kg en hausse de 6 %, 2018 connaît une dégradation du contexte du marché. Habituellement, le prix redécolle au printemps mais, cette année, il reste désespérément stable autour de 1,20 € (prix de base). "La hausse de la production mondiale conjuguée à des porcs plus lourds sur le début d’année a provoqué un afflux massif de viande sur les marchés mondiaux que la consommation mondiale peine à absorber", résume dans sa note hebdomadaire le marché du porc breton. La Chine est en repli de 25 % sur ses importations. "La demande des produits de saison ne suffit pas à influencer l’orientation positive des cours comme c’est le cas traditionnellement au mois de juin, les tarifs bas pratiqués à l’export expliquent en partie le difficile redressement des cours sur les marchés intérieurs".  Si la situation est générale, l'Allemagne et l'Espagne s'en sortent mieux que la France. Le constat est indiscutable : depuis les années 2005, le prix payé aux éleveurs français n'est pas au même niveau que les prix payés sur les places espagnoles et allemandes. Une situation qui fragilise l'amont de la filière mais aussi ses outils collectifs, dont le marché du porc breton essentiel à la fixation du prix de référence. Le comité régional porcin de Bretagne (CRP) l'a redit : fragilisé mais indispensable, le "thermomètre" du MPB, est incontournable pour assurer un prix transparent à tous les éleveurs quelles que soient leur taille et la distance qui les sépare des abattoirs. Et à ce titre, "il doit être conforté". Quant aux raisons, elles sont multiples : "défaut de compétitivité du bassin, excès de pouvoir des abatteurs à l'ouest pour fixer le prix,  faiblesse de la production au niveau de la mise en marché", cite Philippe Bizien, président du CRP.

 

Une dynamique collective qui tarde à se mettre en place

Consolider le marché du porc breton consisterait à renforcer l'activité commerciale hebdomadaire rendue à 35 000 porcs par semaine contre 60 000 jusqu'au 7 août 2015. Absent depuis 2015, le groupe Bigard Socopa pesait en 2014, 8,5 % des porcs achetés au marché et 15 % pour la Cooperl (0,32 % en 2017). Un retour du groupe Bigard Socopa est fortement souhaité. "Nous invitons le groupe Bigard à bien mesurer le risque d'érosion de la production porcine à l'Ouest. Et les risques liés à la disparition du MPB !", clame Philippe Bizien, représentant d'une organisation qui implique les OP, le syndicalisme et la chambre d'agriculture.

Après le MPB, l'absence d'organisation collective entre les groupements crée un rapport de force insuffisant face aux abatteurs qui pénalise le maillon de la production. Là encore, la profession voudrait une organisation sous la forme d'AOP permise par l'Europe qui aurait pour ambition de "reprendre de temps en temps la main" dans les relations commerciales avec les clients abatteurs pour régler les problèmes de fluidité du marché. "Il y a une diversité de groupements où chacun peut trouver son orientation mais notre destin est collectif. À un moment donné, il ne faut pas nuire à l'intérêt collectif", prévient Michel Bloc'h, président de l'UGPVB (union des groupements de producteurs de viande de Bretagne).

 

Un mauvais signal : l'offre mondiale en hausse

Les nouvelles venant du reste du monde ne sont pas réjouissantes. La filière porcine française aura tout intérêt à s'organiser car il est annoncé une hausse de la production mondiale porcine estimée à 2 % au moins : +2 % en Chine, +1,5 % en Europe, +3 % aux USA... "Si rien ne change, la production mondiale sera supérieure à la consommation", annonce Pascal Le Duot, directeur du MPB, citant une planification américaine de l'ordre de 500 000 porcs abattus par jour en 2019. À l'horizon 2027, Chine, Japon et Corée du sud seraient les plus gros importateurs de porcs dans le monde. Mais en production porcine, rien n'est écrit d'avance. Il se peut que "des opportunités extérieures" bousculent ces prévisions. D'abord, l'avancée de la peste porcine africaine tant à l'ouest qu'à l'est pourrait impacter les pays producteurs de l'Europe mais aussi la Russie ou, à l'opposé, la Chine. L'autre incertitude concerne l'imprévisible président américain qui a déclenché une guerre commerciale avec ses partenaires économiques. "Le marché du porc est un marché d'opportunités", conclut Pascal Le Duot.

 

Reconnecter le porc français à la charte qualité-traçabilité

Le CRP et l'UGPVB veulent une production porcine française qui soit à la fois compétitive sur le marché international et capable d'être valorisée. C'est pourquoi la démarche VPF/Le Porc Français sur l'origine (5 200 sites porcs charcutiers et porcelets engagés) va être reconnecté à la charte qualité - traçabilité (QT) sur laquelle repose le paiement de la prime qualité de 2 cts €/kg des porcs charcutiers. Une évolution du cahier des charges est annoncée dans les domaines de l'environnement des sites d'élevage, la bien-traitance, le sanitaire, ainsi qu'une montée en gamme régulière.

 


La parole à de jeunes installés en porc

Le comité régional porcin souhaite délivrer des messages positifs, donnant la parole à des jeunes entrepreneurs de la production porcine. La profession va connaître un important renouvellement démographique, il s'agit de convaincre les jeunes entrepreneurs dans l'âme à s'installer, qu'ils soient ou pas "fille ou fils de". D'où une communication volontairement "punchy" comme en témoignent ces témoignages de deux nouveaux installés.


Frédéric Bellec, Finistère

Fils de salarié de la production porcine, à 29 ans, il reprend la ferme de son patron en 2015 avec peu d'apport personnel. L'élevage comprend 725 reproducteurs, 67 ha de SAU et 7 500 tonnes d'aliments produits sur la ferme par an. Le jeune homme gère une équipe de huit salariés. L'accompagnement par le cédant a servi de caution auprès de la banque. "Nous nous voyions tous les six mois sur la partie technique et économique". Être bien entouré, c'est ce que conseille Frédéric Bellec. "Cela nécessite de bien s'entourer par le groupement, le comptable, le cabinet juridique, la banque et surtout le cédant". Trois ans après, le cap fixé est tenu tant au niveau économique, que technique et social avec le maintien de l'équipe en place à la reprise.

 

Nicolas Jouannic, Morbihan

Fils d'agriculteurs, Nicolas Jouannic installé en 2006 avec 300 truies NE partiel, débute la grande aventure en 2015 quand des voisins cèdent leur élevage de 450 truies NE. Avec deux autres associés, le trio est aujourd'hui à la tête d'un atelier porcs de 800 truies et d'un atelier laitier d'un million de litres. De là, un montage complexe d'un montant de reprise de 2,5 millions d'euros et la création d'une multitude de structures juridiques dont un groupement d'employeurs et une ETA pour le matériel. Un vrai casse-tête vu de l'extérieur. "Nous ne sommes pas tous associés de la même manière dans la même structure", note l'éleveur.

En chiffres

1,8 million de porcs ont été vendus au MPB en 2017, en hausse de 12 %.

Uniporc Ouest a abattu près de 19 millions de charcutiers en 2017 sur sa zone. En mai 2018, l'augmentation est de 2 %.

Le groupe Bernard Jean Floc'h est le premier acheteur au MPB (38 %) devant Kermené (31 %).

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