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Filière porcine, les éleveurs mettent la pression

Le collectif des bonnets roses a rassemblé près de 600 personnes à Plérin (22) la semaine dernière au chevet de la filière porcine. La mobilisation des éleveurs toutes productions confondues à l'appel des syndicats FDSEA rejoint le mouvement.

À la tribune, Olivier Etienne, porte-parole des bonnets roses.
À la tribune, Olivier Etienne, porte-parole des bonnets roses.
© Terra

Les bonnets roses, en référence à la victoire des bonnets rouges sur l'écotaxe, ont réussi leur examen d'entrée en mobilisant massivement les éleveurs de porcs en présence des représentants de la filière porcine et des médias, jeudi 14 janvier à Plérin, à proximité du marché du porc breton dans les locaux de la chambre d'agriculture. Tellement désespérées et exaspérées par cette crise porcine, 600 personnes venues de toute la Bretagne ont répondu à l'appel des bonnets roses dont le collectif, Sauvons l'élevage français (SEF), vient à peine de voir le jour fin décembre autour de Loudéac. Est-ce l'absence affichée d'étiquette, l'espoir ultime d'un nouvel élan...  qui explique une telle mobilisation au sein d'une filière peu encline à de tels regroupements ?
Quoi qu'il en soit, tous étaient présents : éleveurs, salariés, groupements, politiques, syndicalistes, interprofession... Ce 14 janvier, jour de cotation au MPB, l'heure était aux explications et aux échanges directs. "La force du mouvement est d'être inconnu et sans étiquette. Nous pouvons dire des vérités qui dérangent", a exprimé Olivier Etienne, éleveur et porte-parole des bonnets roses, qui a conduit ce meeting sous le signe de l'unité. "Nous sommes là pour unir les bonnes volontés", ont indiqué les bonnets roses, une intention reprise par les syndicalistes de la FRSEA. "Il nous faut une unité, tous ensemble", a confirmé Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d'Armor et éleveur de porcs lui même.

Les revendications

"Il manque 30 ct/kg, soit 12 000 € par mois de perte pour un élevage de 200 truies", poursuivent les bonnets roses. "Augmenter de 40 ct/kg à la production, la viande de porc consommée par habitant revient à deux paquets de cigarettes par an", rappellent-ils. Pour redonner du prix à la viande de porc, le collectif en appelle au recentrage sur le marché français et au patriotisme des acteurs de la filière.  Dans le collimateur : les GMS, l'Etat, les abatteurs, les salaisonniers et les groupements. Si la grande distribution est sommée de mettre en avant la viande française, l'Etat lui est attendu sur la question de l'étiquetage d'origine des produits transformés. Quant aux groupements, ils sont pressés de faire bloc et de se réorganiser avec seulement deux groupements.

Transformer l'essai

Une réunion à huis clos, longue et tendue, a clôturé cette journée en présence des représentants des groupements, de l'interprofession et du conseil régional. Premiers aboutissements de cette mobilisation, plusieurs rencontres se sont enchaînées dès lundi entre le président de la Région, Jean-Yves Le Drian, et les responsables de groupement puis ceux du collectif sauvons l'élevage français au sujet de la création d'une association d'organisation de producteurs (AOP) en production porcine.D'autres rencontres des éleveurs du collectif devraient suivre prochainement, avec les représentants de la grande distribution puis avec les représentants des groupements. Avec cette difficulté que l'émergence de ce mouvement inédit a généré des attentes incompatibles avec le rythme de ces pourparlers. Dès jeudi dernier, les éleveurs  les plus assidus (une cinquantaine), encore présents en fin de journée et avides des premières conclusions du huis clos, semblaient bien déçus. Y a-t-il eu trop de promesses ? L'avenir le dira.

Les actions syndicales repartent

Après une parenthèse de plusieurs mois, la contestation resurgit des campagnes. Une série d'actions est lancée. D'un côté, les actions syndicales dans les départements s'organisent, à l'heure où se déroulent les négociations des contrats 2016 entre les industriels et les acteurs de la distribution. Feux de détresse en Morbihan et Côtes d'Armor, blocage de camions laitiers, pertubation du trafic routier (RN 12), actions en magasin, création symbolique "d'une zone agricole en danger" en Côtes d'Armor... "Il manque 40 ct en porc, 6 ct en lait et 60 ct en viande bovine. Nos actions concernent toutes les productions", annonce Yves Bazy, secrétaire général de la FDSEA 22.



Ils ont dit

Didier Lucas, vice président de la FRSEA Bretagne /
Il ne faut pas diviser les cahiers des charges abattoir par abattoir. Je demande trois cahiers des charges : porc français, label et bio. Derrière, tous les cochons peuvent passer au MPB. On a tous besoin de prix, on a tous besoin d'unité.

Thierry Coué, président de la FRSEA /
Demain et aujourd'hui, il faut une organisation collective. On peut faire avancer les dossiers, notamment celui de l'étiquetage.

Olivier Etienne, porte-parole des bonnets roses /
Dans les semaines qui viennent, le décret pour l'étiquetage d'origine doit être signé par la porte ou par la fenêtre. Il faut envoyer de nouvelles personnes. Aujourd'hui, c'est un constat d'échec.

Guillaume Roué, président d'Inaporc /
A 150 % d'autosuffisance, les Allemands sont à l'offensive sur les marchés étrangers. Allemands et Espagnols sont contre l'étiquetage et ne veulent pas du décret communautaire.

Bernard Rouxel, vice-président de la Cooperl /
Si la SEF peut servir de catalyseur, j'applaudirai.

Deux groupements : éleveurs et politiques mettent la pression

La SEF, les politiques, les syndicalistes... Une forte pression est mise sur les groupements de producteurs pour se restructurer et concentrer l'offre de vente. C'est à l'unisson que deux groupements sont demandés  : d'un côté l'OP Cooperl (système en filière) ; de l'autre, une AOP regroupant les 9 autres groupements. Même le conseil régional, représenté par son vice-président Olivier Allain, soutient cette réorganisation. "Il faut au moins mettre en place une AOP avec un cahier des charges. Allez-y : le conseil régional soutiendra cette démarche", a déclaré Olivier Allain le 14 janvier à la tribune.
De son côté, Michel Bloc'h, président de l'UGPVB temporise : "ce n'est pas un secret, depuis plusieurs mois, plusieurs groupements étudient le projet d'AOP ou de fusion de groupements.  Nous ne somme pas contre mais la démarche est compliquée dans bien des domaines, cela prend du temps. D'ici un mois, il y aura des rencontres. Mais je ne peux pas dire aujourd'hui combien de groupements iront dans cette démarche".
Les groupements de producteurs engagés dans la réflexion sont Aveltis, Triskalia, Prestor, Syproporcs et Porelia.
Pour le responsable, cette restructuration ne résoudra pas à elle seule le problème du prix du porc. "Selon moi, il y a une meilleure efficience à avoir avec un cahier des charges spécifique au porc français. D'ici 3 à 4 mois, nous serons armés pour aller voir la grande distribution avec un cahier des charges souple, pas trop contraignant pour l'éleveur et un produit porc français mieux marketé".

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