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Fin des quotas : produire plus pour quels marchés ?

Au 1er avril prochain, les quotas laitiers vont tirer leur révérence, après 30 ans d'existence. Avant de définir leur propre stratégie pour demain, les producteurs devront tenir compte de celle de leur entreprise de collecte. Pour savoir comment elle vont s'adapter à ce nouveau contexte, BCEL Ouest a invité Laïta, Sodiaal et Lactalis à participer à son assemblée générale, le 19 juin dernier à Carhaix.

"Chaque exploitation laitière devra définir sa propre stratégie". Jo Jaouen, président de Bretagne Conseil Elevage Ouest, en est convaincu : demain, pour faire face à la volatilité des cours et à la fluctuation des volumes, fin des quotas oblige, chaque éleveur devra se fixer un cap. Ce qui ne sera pas sans conséquences pour l'entreprise, qui vient tout juste d'élaborer son projet stratégique, intitulé Horizon 2020. "Nous allons passer d'une mission confiée par l'Etat à une offre sur mesure, détaille Stéphane Lambert, le directeur de BCEL Ouest. Nous recentrer sur la conduite de l'élevage et le volet économique. Collecter et interpréter les données et développer de nouveaux indicateurs prédictifs selon chaque stratégie d'élevage".

Parmi les nombreux facteurs que l'éleveur devra prendre en compte pour définir sa propre stratégie, figure bien évidemment la politique de son entreprise de collecte. Une politique remise à plat par la fin des quotas laitiers, au 1er avril prochain, après 30 ans de bons et loyaux services. "Ils n'ont pas stimulé l'innovation et la créativité, regrette Frédéric Chausson, directeur du développement coopératif de Sodiaal Union. Mais ils ont permis de préserver un modèle familial".

D'abord trouver les marchés

Alors ? De quoi sera fait demain ? "Ce ne sera pas open bar, prévient Christian Griner, directeur adjoint de Laïta, qui regroupe les branches lait des coopératives Even, Triskalia et Terrena. Il faut d'abord trouver des marchés". En France ? "Les relations avec les GMS sont très dures, constate Frédéric Chausson. La guerre des prix fait beaucoup de mal". En Europe ? "Le marché des produits laitiers y est mature, analyse Christian Griner. La démographie est stable, les volumes ne progressent plus. Mais il y a encore de la place pour de nouvelles recettes, de nouveaux packaging...".

La croissance est plutôt à rechercher du côté des pays émergents. "La Chine produit 30 milliards de litres de lait, pour une population de 1,3 milliard d'habitants, quand la France produit 25 milliards de litre pour 60 millions d'habitants", détaille Frédéric Chausson. Et si, dans les 10 ans, elle veut atteindre le même niveau de consommation de produits laitiers par habitant que ses voisins d'Asie, il lui faudra trouver
60 milliards de litres supplémentaires par an ! Un marché sur lequel Sodiaal, troisième coopérative européenne avec 10 000 producteurs sur 70 départements, s'est déjà positionné, en signant un partenariat avec Synutra. "L'usine de fabrication de poudre infantile de Carhaix commence à sortir de terre. Le contrat porte sur 300 millions de litres de lait par an".

Asie, Afrique

"Mais il n'y a pas que la Chine", rajoute Michel Nalet, directeur général communication et relations extérieures du groupe Lactalis, qui cite l'Indonésie et les Philippines mais aussi le continent africain. "En 2050, le Nigéria aura le même niveau de population que l'Europe et une production laitière limitée, faute d'eau. La demande sera importante. Et les Pays Bas y sont déjà présents".

Laïta, qui réalise déjà 20% de son chiffre d'affaires en Europe et 20% à l'international, mise sur les protéines et les extraits secs et vient de lancer une série d'investissements, dont celui de Créhen (22). "Une enquête auprès des producteurs nous a permis d'estimer que la collecte devrait augmenter de 15 à 20% à l'horizon 2020". Et si elle n'a pas la taille critique pour affronter certains marchés, elle passera volontiers par des partenariats. "C'est déjà ce que nous faisons avec Sodiaal pour la marque Régilait".

Miser sur la qualité

Si Laïta transforme 1,4 milliard de litres à l'Ouest de la France, Lactalis, numéro un mondial avec 15 milliards de litres, collecte dans 36 pays. "La France irrigue déjà beaucoup de nos marchés d'ingrédients, de lactosérum et de produits à marque, indique Michel Nalet. Et nous avons la volonté de continuer à développer la production française : elle est reconnue pour sa qualité, un atout majeur pour nos ventes".



Et le prix ?

"Demain, il nous faudra mettre en connexion les adhérents et le marché". Et Christian Griner d'évoquer la régularité de l'approvisionnement, "importante pour l'entreprise", une qualité adaptée aux besoins de l'industriel, "pour une plus grande différenciation", ou l'image du lait de l'Ouest, "tous ces éléments immatériels qui contribuent à sa valorisation, y compris pour des acheteurs d'ingrédients à l'autre bout du monde". "Il faudra aussi que l'éleveur gagne en productivité et en efficience, rajoute Michel Nalet. Sinon, le coût de production du lait français restera élevé". Un discours que les producteurs ont du mal à entendre. "Il faut un revenu décent pour les producteurs, affirme Jean-Hervé Caugant, élu à la chambre d'agriculture du Finistère. Il en va de l'attractivité des métiers, si on veut que, demain, des jeunes s'installent".

BCEL Ouest en chiffres

6 271 adhérents

en Finistère, Côtes d'Armor et Morbihan,

soit 79% des producteurs de lait,

600 salariés, dont 300 agents de pesée, pour 435 équivalents temps plein,

3,35 millions d'analyses par an,

1 800 contrôles machine à traire,

3 545 plans prévisionnels de fumure,

2 147 déclarations PAC.

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