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Formation prospective, "piloter, c'est voir plus loin"

De la veille stratégique à la formation prospective, il n'y a eu qu'un pas. Gilles Thomas, 44 ans, producteur laitier en Gaec à 3, à Bain sur Oust, l'a franchi à 40 ans, pour comprendre, s'adapter et prendre sa place. Au bout du compte, l'homme est un paysan heureux.

 

 

 

Le séisme : "On a subi de chez subi avec Albert Frère. On était trop loin de toute décision", se rappelle encore cet ancien d'Entremont. Une phrase qui résonne comme un plus jamais ça. "Doit-on toujours être à coté des tables de décision ? Non, il faut savoir prendre sa place, amener son point de vue", estime Gilles Thomas. Amener son point de vue, être capable de l'éclairer et le motiver aussi bien en conseil municipal que dans les instances telles que les Sage... L'art de l'argumentaire se travaille. Alors cet éleveur laitier installé depuis 1993 entre Oust et canal de Nantes à Brest évolue en gaec avec frère et voisin avec 742 000 l de référence sur 290 ha dont 110 de cultures. "Du boulot, il y en a et il en reste mais nous avons un équilibre de vie qui nous permet d'être épanouis dans ce qu'on est", affirme ce papa de 3 enfants, dont l'épouse, comme celles de ses associés, travaille à l'extérieur et dont le Gaec, depuis le 1er novembre, s'est adjoint les services d'un salarié à mi temps.

 

Prendre du recul

La posture de cet éleveur est concise: "Le paysan de demain n'est pas celui qui passera son temps à traire ses vaches et conduire son tracteur. Il faut prendre du recul, regarder ce qui se passe autour de soi, dans l'environnement économique". Dont acte, pour l'homme qui, outre un nouveau mandat dans sa coopérative Sodiaal, s’investit dans la formation en groupe au sein de la Chambre d'agriculture à Ploërmel."Dominique Loubère et Sophie Sauvage nous ont énormément apporté", note t-il, reconnaissant. Analyse en groupe d'articles de presse, travail de veille et stratégie, et aujourd'hui prospective, nourrissent ses réflexions. "On peut lire la presse, aller sur internet... Entre lire l'info, et la comprendre, c'est déjà une chose mais tant qu'on n'a pas confronté ce que l'on a compris.... C'est tout l'intérêt de la formation et du groupe", apprécie t-il. Ce qui lui en coûte ? "Du temps passé à l'extérieur, mais quand je reviens au sein du Gaec, on discute. En terme de support, c'est génial. Ça permet d'avancer, de souder, c'est capital".

 

De l'expert à l'exploitation

Et de faire venir à leur table de formation des experts, des Gérard You, des Vincent Chatellier , et autre Pascale Le Cam, des économistes, des spécialistes des rouages de la grande distribution mais aussi des membres de l'administration "sur la gestion de la réglementation et son application sur le terrain". A venir ? "Un voyage et la rencontre avec un élu du Conseil régional. Nous voudrions comprendre comment ils nous perçoivent et comment ils voient l'agriculture évoluer". Ainsi, depuis 3 ans et demi, ce groupe d'une douzaine d'agriculteurs se rencontre avec un expert tous les 2 mois, sur une journée complète. Le dernier rendez vous en date a porté sur la stratégie personnelle des participants à n+1. "Un travail passionnant ou l'on brasse l'info avec Sophie et Dominique et le groupe, c'est d'une richesse !" apprécie l'exploitant. "Et avec tout cela réfléchir à ce que va devenir mon exploitation, comment elle se place. Est ce que je peux m'adapter ou non ".

 

Stratégie ne veut pas dire changer

Pour y parvenir, les participants se sont collés à une analyse répondant au doux nom d'AMOC, avec A pour Atouts, M pour menaces, O pour opportunités, et C pour Contraintes. Et ce au niveau de l'exploitation mais aussi à l'extérieur. "Quel est mon environnement ? Suis-jeen coop ou non ? La Pac est-elle une menace ou alors, au travers du verdissement, puis-je aller chercher des aides. Le développement de la luzerne et des légumineuses sur l'exploitation, c'est ça. Les MAE aussi. S’adapter, parfois ce n'est pas changer grand chose, c'est se conforter. Mon système herbe, je l'aime, je m'y épanouis mais parfois j'ai du mal à le valoriser. Quand on veut être en phase avec la laiterie, ce n'est pas évident. Quand en Août, on nous a donné 3 mois libres, ce sans stock ni fourrage, ça ne pouvait pas fonctionner", détaille-t-il lui, qui avec ses associés, se sont fixés comme objectif "de produire du lait de qualité à pas cher en visant le 0 pénalité".

 

Des certitudes

Et quand les doutes se font jour, Gilles Thomas se remémore quelques facteurs de l'équation laitière. "En 2030 il manquera au monde l'équivalent de la production française en lait. Il faudra des gens pour la produire et il n'y a que 4 à 5 zones dans l'hémisphère bénéficiant du climat nécessaire, dont l'Ouest de la France". Alors ? "Il y aura l'opportunité pour certains de vivre de leur métier, de faire de l'argent et d'avoir le temps de le dépenser !" résume t-il, un brin provocateur. Le truc ? "Il faudra s'adapter à la volatilité des prix. Remplir la caisse en période faste, c'est stratégique pour avoir l'avance de trésorerie nécessaire quand il y aura une prochaine crise du lait". Comprendre , s'organiser et anticiper, pour ne pas subir, un credo.

 

Claire Le Clève

 

Pour plus de renseignements sur cette formation ouverte à tous contacter Dominique Loubère : 02 97 74 00 60

 

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