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France-Pays-Bas, même combat

Dans les deux pays, les élevages font face aux mêmes problématiques environnementales. Représentants syndicaux, chercheurs et éleveurs ont alors décidé de partager leurs expériences. L'objectif : défendre ensemble une autre approche de la directive nitrates européenne, qui laisse aux éleveurs plus de flexibilité et plus d’innovation dans les moyens de parvenir aux résultats environnementaux.

Marcel Denieul, président du Space, représentant les chambres d'agriculture, ici avec le conseiller agricole de l'ambassade des Pays-Bas en France et Peter Brouwers, responsable environnement au LTO, le syndicat agricole néerlandais.
Marcel Denieul, président du Space, représentant les chambres d'agriculture, ici avec le conseiller agricole de l'ambassade des Pays-Bas en France et Peter Brouwers, responsable environnement au LTO, le syndicat agricole néerlandais.
© Terra

L’ambassadeur des Pays-Bas en France, Ed Kronenburg, et son conseiller agricole, Nico van Opstal, sont venus jeudi au Space parler de cette démarche commune. Ils prônent une approche spécifique à chaque élevage au lieu du "tout normatif" qui asphyxie aujourd’hui bon nombre d’élevages. "D'un point de vue administratif, il est plus facile d'établir des normes génériques. Mais avec celles-ci on ne profite pas des compétences des agriculteurs, souligne Nico van Opstal. Il est important de viser des résultats, et pour cela il y a plusieurs manières d'y arriver"."Nous avons aujourd'hui une application standard de la directive européenne. Nous approuvons les objectifs, ce que nous discutons ce sont les manières d'y arriver, poursuit Peter Brouwers, représentant du syndicat agricole néerlandais. Nous souhaitons une approche spécifique à une exploitation. Pour moi, l'innovation est la clé aux problèmes environnementaux". Même discours du côté français : "On est au bout d'un système. L'exploitation agricole et le bon sens paysan doivent être au cœur de la production de normes, souligne Thierry Coué, président de la FRSEA. Nous demandons le droit au progrès et à la science".

Une approche spécifique à l'exploitation

Comment aboutir à une application plus efficace de la directive ? Selon Frans Aarts, une approche spécifique inciterait les agriculteurs à une meilleure utilisation de l'azote et du phosphore. Et l'outil, nommé Anca, que ce chercheur de Wageningen a conçu pour évaluer les flux de NPK à l'échelle d'une exploitation, peut aider à y parvenir. Anca sera d'ailleurs utilisé dès l'an prochain par les laiteries aux Pays-Bas. Pays où professionnels agricoles, chercheurs et gouvernement travaillent étroitement pour le développement agricole. "J'ai une production d'herbe plus élevée que la moyenne, je peux donc utiliser plus de fertilisants, et le niveau de nitrates sur mon exploitation reste stable à moins de 25 mg, cite notamment Franck Post, un des éleveurs pilotes du projet néerlandais. La connaissance et l'innovation permettent toujours d'avoir une longueur d'avance".

En France, l'Institut de l'élevage collabore depuis 25 ans avec les Pays-Bas sur la durabilité et l'efficience des exploitations laitières. Et parmi les ingénieurs de l'Institut très impliqués dans ces projets communs, André Le Gall "trouve beaucoup de vertus à ce système basé sur la gestion réelle de l'azote à l'echelle de l'exploitation, par rapport à un système normatif qui peut générer des résultats contraires à ce qu'on souhaite obtenir". Un système certes "plus pointu mais aussi plus juste", souligne Marcel Denieul, président du Space, représentant les chambres d'agriculture lors de cette rencontre. "L'éleveur qui choisit les leviers qu'il va actionner en fonction des résultats attendus, c'est un vrai changement de posture pour tous, qui doit être accompagné par l'administration, estime aussi Marie-Thérèse Bonneau, de la Fédération nationale des producteurs de lait. C'est à ce prix que nous garderons des exploitations très diverses sur notre territoire".

Nitrates autrement

En France se met en place le programme "nitrates autrement". Le programme construit au départ par la profession (FNSEA, chambres d'agriculture, coopératives...) et la recherche (Inra, Irstea, Idele...), est rejoint depuis par l'administration. Comme les Pays-Bas, la France veut convaincre la Commission européenne par ce dispositif qu'une autre application de la directive nitrates est possible. Avant de lancer la démarche sur la totalité du territoire national, quatre territoires pilotes ont été définis : un en Ille-et-Vilaine (sur de l'elevage intensif), un dans les Landes (en polyculture), un dans la Marne (en grandes cultures) et un en Maine-et-Loire (sur des cultures spécialisées).

Ce dispositif représente une vraie opportunité de tester différents leviers techniques, liés par exemple à la gestion des effluents, la conduite de l'élevage, l'équilibre de la fertilisation. Ce qui nécessite, pour les professionnels, à être conduit hors cadre réglementaire actuel car certaines normes telles que le plafond d'azote organique à l'hectare, empêchent l'application de solutions innovantes. Le tout en restant sous contrôle, avec des indicateurs définis et la réalisation d'analyses tout au long du programme (4 à 5 ans) sur chacune des exploitations suivies. Le comité de pilotage constitué, le projet (moyens, plan d'actions, modalités de suivi) sera élaboré d'ici la fin de l'hiver 2015/2016.

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