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EN MARGE DU SPACE
FRSEA et JA rencontrent le Premier Ministre

Revenu en baisse, réglementations environnementales qui s’empilent, mais aussi grandes manoeuvres dans les industries de l’aval, ou encore politique de l’installation, toutes ces préoccupations de la profession agricole bretonne devaient être relayées mardi lors d’une rencontre prévue sur le Space entre la FRSEA et les JA de Bretagne avec le Premier Ministre François Fillon. Laurent Kerlir, pour la FRSEA Bretagne, et Jean Paul Texier, pour les JA, font ici un état des lieux des dossiers bretons.

Les chiffres du revenu sont à la baisse de 30% en Bretagne pour 2007, les charges explosent littéralement, le gouvernement tente de faire baisser les prix de l'alimentation au consommateur… Quelles sont les voies possibles pour rétablir le revenu agricole ?
Laurent Kerlir. "Les revenus agricoles sont très disparates d’une production à l’autre. Toutes les productions de viandes ont chuté énormément du fait de la hausse des intrants, l’aliment notamment, et des charges. Les productions maraîchage et légumes sont aussi en baisse. En fait, en dehors de la production laitière qui s’est stabilisée, toutes les autres productions bretonnes sont en baisse.
Face à ce constat, l’une des priorités d’action serait d’abord de maintenir les outils de gestion des marchés qui permettent de réguler les prix, ces outils existent dans le cadre de la PAC. C’est le sens des positions que nous n’avons cessé de rappeler lors du bilan de santé de la PAC.
Au delà de ce problème, la baisse du revenu pose aussi la question de la transparence des marges. Effectivement les charges ont explosé et pour autant on n’a pas pu répercuter cette hausse à la grande distribution qui, elle, conserve de très bonnes marges. La loi de modernisation économique est passée au mois de juin presque en catimini, sans que notre demande de constituer un observatoire des prix et des marges soit prise en compte. On n’a pas eu gain de cause sur cet amendement. On peut se demander pourquoi tous les politiques que nous avons alertés sur ce sujet n’ont pas accompagné notre demande.
Quoi qu’il en soit, nous maintenons notre exigence qu’un observatoire des marges soit créé, et nous avons bien l’intention de le rappeler au Premier Ministre.
Enfin, il nous faudra nous aussi trouver de nouveaux gains de productivité, tout simplement parce que nous n’aurons pas le choix, dans un contexte où en plus nous allons manquer de main d’œuvre. Il va donc falloir trouver des solutions".

De grandes manoeuvres de restructuration dans l'amont et l'aval sont en cours. Le syndicalisme avait d'ailleurs milité pour que des regroupements se fassent. Mais face à des groupes de taille de plus en plus importante, quelle place reste-t-il aux producteurs ?
L. K. "C’est exactement la question posée les semaines passées avec l’épisode Entremont-Alliance qui illustre, au passage, la perte de pouvoir du système coopératif dans son association avec un privé. Dans ce cas précis, il nous faudra trouver le moyen de faire que les agriculteurs retrouvent leur place au travers d’une organisation de producteurs de façon à éviter des négociations individuelles de fixation du prix du litre de lait. Au delà du cas Entremont, c’est sur toute la question de l’organisation économique de la production agricole que nous devons avancer. Il y a nécessité de nous regrouper au sein de telles organisations de producteurs pour peser face aux industriels quels qu’ils soient. Dans le même esprit, la contractualisation ne peut s'envisager que dans un cadre collectif.
Dans le positionnement de la profession, on était allé jusqu’à imaginer qu’un fond de mutualisation soit créé entre industriels qui éviterait des prix trop disparates. Je pense qu’aujourd’hui, à la sortie des actions Entremont, et alors que les revenus laitiers vont être meilleurs en 2008, le moment est peut être venu pour les producteurs laitiers de constituer un fond financier permettant d’investir dans l’aval. La question pourrait être : comment fait-on pour qu’une entreprise ne devienne pas monopolistique en Bretagne ou en France. Dans le cas d’Entremont, par exemple, s’il venait à l’idée de l’actionnaire principal, Albert Frères, de quitter l’entreprise, qui est capable de réacquérir une majorité ?
Je pense que la profession est mûre pour ne pas laisser les entreprises de l’aval fixer seules les prix. L’Ouest n’a pas d’autre choix que de réfléchir sur ces sujets pour espérer les concrétiser".

Grenelle de l'environnement, 4e programme directive nitrates : quelles sont les priorités d'action, quelles orientations sont souhaitées par les FDSEA et les JA de Bretagne ?
L. K. "Il y a pour nous un préalable à toute évolution de la réglementation environnementale, c’est que l’on reconnaisse déjà le travail accompli sur le terrain par les agriculteurs bretons sur la qualité de l’eau. On garde la conviction que les choses ne pourront continuer à avancer qu’en accompagnant encore la profession par des dispositifs d’aides. Il ne s’agit surtout pas de fermer les yeux sur des comportements irresponsables de quelques agriculteurs qui n’ont pas encore pris la mesure des problèmes, mais il n’est pas possible que 80% d’agriculteurs qui font du bon travail aient à subir une réglementation inspirée par les quelques exploitants qui font n’importe quoi.
Pour autant, nous trouverions logique d’attendre le bilan du troisième programme d’action directive nitrates avant de lancer le quatrième volet. Dans certains départements, comme le Morbihan, c’est presque fait. Là, le constat est que, au regard de la production d’azote réelle, les deux tiers des cantons de ce département ne devraient plus être en ZES. Ce qui veut dire que les règles ne peuvent pas rester en l’état puisque l’objectif de résorption est quasiment atteint. Il faut donc adapter la réglementation dans ces zones.
Il faut aussi permettre une évolution des exploitations, en allant plus loin dans la capacité des élevages à se restructurer.
En ce qui concerne le Grenelle, ce que nous dirons au Premier Ministre, c’est que les efforts des agriculteurs payent, qu’ils continueront à payer. Nous sommes d'ailleurs d'accord sur les dspositions du Grenelle 1, mais nous ne pourrons aller au delà de ces principes actés. On ne peut pas accepter que, par exemple, dans les périmètres de captage, seule l’agriculture bio puisse être à l’avenir autorisée. Il faut revenir à un peu de raison".

Jean-Paul Texier, président de JA Bretagne

Les questions liées au financement de l'installation sont-elles réglées ?
Jean-Paul Texier. "Au bout de deux années nous avons enfin obtenu pour la Bretagne ce que nous demandions, à savoir des financements sur les prêts bonifiés à la hauteur des besoins. Il faut en effet savoir que, sans ces éléments, les projets des jeunes étaient bloqués pour leur installation. S’il apparaît que les problèmes budgétaires sont en passe d’être réglés pour la Bretagne pour la fin d’année, nous resterons vigilants et surtout réactifs en cas de problème".

Le nouveau parcours à l'installation se met en place. Qu'apportera-t-il de plus ?
J-P. T. "Le nouveau dispositif permettra de personnaliser l’accompagnement du porteur de projet en lui proposant des formations ou stages en réelle adéquation avec ses besoins et les compétences qu’il a déjà acquises. L’objectif général du nouveau dispositif est d’installer des agriculteurs professionnels, compétents sur des exploitations viables et vivables. Il est ouvert à l’ensemble des porteurs de projet quels qu’ils soient. Et nous travaillons actuellement à une harmonisation et régionalisation du dispositif d’accompagnement allant du point info installation jusqu’à la formalisation du projet final PDE (plan de développement)".

François Fillon vient au Space. Pour l’installation, qu'attendez-vous de lui et de son gouvernement ?
J-P. T. "En premier, qu’il mette en place le nouveau dispositif d’accompagnement à  l'installation dans les meilleurs délais avec les financements nécessaires pour ne pas dénaturer la philosophie initiale du projet. Deuxièmement, qu’il maintienne les financements sur les prêts bonifiés et la DJA, enfin qu’il mette tout en œuvre pour permettre une organisation économique des filières qui pérennise les exploitations et par conséquent permette d’y installer des jeunes qui pourront dégager un revenu décent (au mini 15 000 euros par an)".

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