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Future PAC : "Il faut jouer collectif et cibler les aides"

À l'occasion de la session nationale JA "renouvellement des génération" à Erdeven (56), Julien Caillard revient sur les attentes du syndicat Jeunes Agriculteurs pour la prochaine PAC. Très conscient des changements fondamentaux qu'il demande, le jeune homme sait "qu'il ne sera pas facile de tout mettre en place dès 2021", mais espère "poser les jalons du changement".

Julien Caillard, céréalier dans l'Yonne, membre du bureau national des Jeunes Agriculteurs, en charge de la PAC et de l'Europe.
Julien Caillard, céréalier dans l'Yonne, membre du bureau national des Jeunes Agriculteurs, en charge de la PAC et de l'Europe.
© Terra

Au-delà du constat de la PAC en cours, quelles sont les grandes orientations que les Jeunes agriculteurs défendent pour la prochaine PAC à l'Union Européenne ?

Julien Caillard. "Aujourd'hui, le constat c'est que la PAC ne fonctionne pas. Si elle permet d'assurer un revenu à l'agriculteur, elle ne permet pas d'enrayer la baisse de leur nombre sur le territoire, ni de gérer les crises. Nous souhaitons faire évoluer les choses en profondeur, nous sommes conscients que ces changements peuvent provoquer des peurs et des problèmes de mise en place mais nous croyons en notre projet. Depuis 2016, nous travaillons à des propositions concrètes. Nous sommes partis d'une feuille blanche pour réinventer un système plus vertueux qui favorise le renouvellement des générations et le revenu des actifs, qui aide à la structuration des filières et permet de mieux gérer les risques qu'ils soient climatiques, sanitaires ou de marché".

 

Vous souhaitez une meilleure organisation des filières. Selon-vous, comment la PAC peut-elle y contribuer ?

J. C. "DPB, aides bovins lait/viandes sont des aides directes, non conditionnées. Or, pour orienter l'agriculture de demain, il nous semble essentiel que les agriculteurs, qui perçoivent ces aides, prennent des engagements qui aident à la structuration des filières. Contractualisation, participation aux organisations de producteurs, construction d'un cahier des charges, montée en gamme... les propositions ne manquent pas. Dans le même sens, nous estimons que la politique européenne doit définir l'actif agricole. Nous estimons qu'un pourcentage du revenu tiré de l'agriculture ou du temps de travail et un niveau de formation minimum sont des notions qui peuvent s'harmoniser entre pays européens, tout en reconnaissant qu'il faut laisser un minimum de latitude aux différents États membres pour tenir compte de leurs problématiques, notamment les pays du Nord qui travaillent peu en hiver".

 

Quelles sont vos propositions pour une meilleure gestion des risques ?

J. C. "Nous devons prendre en compte tous les risques sur l'exploitation pour sécuriser notre revenu. L'assurance récolte et climatique doit se généraliser. Dans ce sens, nous souhaiterions une amélioration avec un seuil de déclenchement plus bas. Des initiatives ont déjà été mises en place comme le FMSE (Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental). Nous estimons que l'idée est bonne mais nous voulons aller plus loin avec une généralisation du dispositif intra-filière. Même chose pour les aides contracycliques -assurance prix- qui doivent pouvoir être activées pour compenser la perte de revenu de l'agriculteur. Le dernier point majeur est celui de la régulation via une gestion des volumes. On ne peut pas peser sur les marchés tout en attendant des subventions ! Il nous faut un outil de définition de la crise au niveau européen pour activer des outils efficaces au moment voulu".

 

Vous soutenez l'arrêt progressif des droits à paiements de base, pourquoi ?

J. C. "Nous savons que cette mesure ne sera pas populaire partout, mais nous estimons que les DPB ne sont pas productifs. Alors qu'ils représentent la grande majorité du budget, ils favorisent l'agrandissement, les situations de rentes et ne sont pas liés à une action particulière ou à un projet d'exploitation. Nous entendons que cet argent est facile à distribuer mais nous pensons qu'il n'est pas efficace. Il ne s'agit pas de supprimer les aides directes du jour au lendemain mais de les remplacer en créant des outils pour sécuriser le revenu des agriculteurs. À titre personnel, avec 300 hectares de cultures, j'aurai plus de revenu à ne rien faire plutôt qu'a travailler, ce n'est ni normal, ni durable ! Dans le même esprit, nous estimons que les agriculteurs doivent être moteur sur la question de l'environnement. C'est une préoccupation importante des citoyens, qui contribuent à l'impôt de la PAC. Cet impôt sera plus acceptable si les aides permettent aux agriculteurs de faire mieux pour l'environnement. Aujourd'hui, nous sommes contrôlés sur les moyens mis en oeuvre. Pour plus de lisibilité pour nos concitoyens, nous préconisons un objectif de résultats à l'échelle de l'exploitation avec en contrepartie plus de liberté pour l'agriculteur. Certaines analyses comme le stockage de carbone dans les sols sont faciles à réaliser et permettraient de regagner la confiance des consommateurs. Cependant, d'autres objectifs, comme la mesure de la qualité de l'eau resteraient évidement à calculer à l'échelle d'un territoire".

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