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Génétique : surtout ne pas hypothéquer l'avenir

Avec plus de 30 000 éleveurs adhérents en 2016, Évolution est le n° 1 français dans les métiers de la génétique animale. Comment vit-on la crise de l'élevage dans une entreprise qui réalise la très grande majorité de son chiffre d'affaires avec des éleveurs laitiers ? Terra a posé la question à Gilles Delaporte directeur général adjoint d'Évolution.

Gilles Delaporte, 
Évolution.
Gilles Delaporte,
Évolution.
© Terra

La crise de 2009 avait été pour les observateurs l'occasion de voir réapparaître des techniques que l'on pensait définitivement révolues. Des éleveurs avaient décidé de réintroduire des taureaux dans les élevages. Gilles Delaporte tire la sonnette d'alarme : "Il ne faut surtout pas reproduire aujourd'hui les mêmes erreurs. La génétique est un travail de longue haleine, il est essentiel de ne pas perdre le fil. Les quelques économies réalisées sur le court terme peuvent avoir des conséquences graves sur le long terme au niveau génétique".

Il y aura un rebond
Gilles Delaporte en est convaincu, au prochain rebond, les éleveurs qui n'auront pas conservé un bon potentiel génétique seront en difficulté. Comme en 2012 lorsque les marchés avaient repris, certains avaient dû acquérir des génisses au prix fort pour pouvoir produire dans un marché plus porteur, et tenir leur part du contrat.

La génétique représente aujour-d'hui environ 3 % des charges d'un éleveur laitier. Mais compte tenu du fait que l'inséminateur passe "pratiquement" un jour sur deux dans les élevages, certains ont l'impression de pouvoir réaliser une économie importante. Ce n'est pas le cas. Les élevages ont augmenté en taille, alors évidemment la facture de l'inséminateur a progressé, mais dans les faits, les tarifs unitaires sont restés figés depuis trois ans et le resteront en 2016.

Adapter les tarifs et l'offre génétique
Mais pour la plus importante coopérative du grand Ouest de la France, il n'est pas possible de ne pas adapter sa pratique au contexte actuel. "Tout le monde est impacté", estime Gille Delaporte. Pour autant il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. "Notre région fera toujours partie des régions présentes au niveau de la production laitière. La coopérative d'insémination continue d'investir dans la génétique". La recherche et le développement sont financés essentiellement par le développement à l'international. Donc la recherche et le progrès ne s'arrêtent pas, et il est essentiel que les éleveurs ne baissent pas les bras et maintiennent leur effort génétique.Dans le contexte actuel de crise de l'élevage, le conseil d'administration d'Évolution a décidé d’augmenter le nombre de taureaux à haute valeur génétique dans la catégorie de prix les plus faibles. Cela représente une économie pour l'éleveur de 5 à 6 € par insémination. Sur un élevage moyen, l'économie pour l'éleveur pourra atteindre 400 à 500 €. Évidemment cela ne compensera pas le manque à gagner sur le prix du lait, mais cela peut représenter 15 à 20 % de baisse sur la facture annuelle Évolution.

Gilles Delaporte complète : "bien sûr, les baisses de tarif ne portent pas sur les taureaux stars du moment", mais l'objectif pour la coopérative est de tirer les enseignements du passé, ne pas reproduire les mêmes erreurs, et surtout "donner le coup de main" aux éleveurs pour qu'ils maintiennent leurs efforts, qu'ils évitent de sacrifier la technique dans une période évidemment très tendue. D'autres actions sont aussi prévues comme la possibilité pour l'éleveur d'obtenir un prêt sans intérêt pour financer des détecteurs de chaleurs et de vêlage.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, l'essentiel pour Évolution est de montrer que les entreprises coopératives ont elles aussi intégré la crise, et mis en place des actions concrètes en faveur de leurs adhérents.

Jean Dubé
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