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Gestion locale de l'eau, l'agriculture présente ses actions de terrain

Le 19e Carrefour des gestions locales de l'eau s'est déroulé à Rennes, les 24 et 25 janvier. Un rendez-vous qui réunit traditionnellement acteurs privés et publics du domaine de l'eau. Pour la première fois cette année, un village de l'agriculture a vu le jour, animé par les chambres d'agriculture de Bretagne.

Si l'agriculture bretonne est souvent pointée du doigt quand on parle de qualité de l'eau, elle ne ménage pourtant pas ses efforts pour apporter sa contribution en matière de solutions de transitions. Avec des résultats probants. Pour preuve, la Bretagne est aujourd'hui la seule région à être sortie des contentieux européens. Au-delà de la qualité de l'eau, l'agriculture est aussi une solution pour le climat, avec de nombreux leviers qu'elle peut actionner.

Limiter les risques liés aux produits phytosanitaires, rôle et place des zones humides, services environnementaux rendus par les agriculteurs.... Autant de thématiques qui ont été abordées pendant ces deux jours sur le village de l'agriculture, en s'appuyant sur de nombreux témoignages d'actions réalisées dans les territoires. Une déclinaision au plus près des acteurs de terrain, qui prend d'autant plus son sens depuis le 1er janvier. En effet depuis cette date, et l'application des lois Maptam(1) et Notre, la gestion de l'eau et des milieux aquatiques ainsi que la prévention des innondations sont désormais du ressort des communautés de communes et d'agglomérations.

 

S'adapter aux changements

"Avec tous les progrès qui ont été réalisés, ce que l'on peut craindre aujourd'hui, ce n'est pas tant la qualité de l'eau que la gestion de sa quantité et de la demande", a témoigné Alain Tiengou, président de la commission environnement et réglementation des chambres d'agriculture de Bretagne. Les effets du changement climatique sont déjà présents, avec notamment une augmentation de la fréquence des canicules en été, une diminution de la fréquence des hivers très froids, et une augmentation des températures aux saisons intermédiaires.

Pour s'adapter à ces changements, différents plans ont été adoptés tels que le schéma régional climat air énergie en 2013 qui deviendra le Sraddet (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires), ou encore les PCAET (plans climat air énergie territoriaux). À l'échelle de l'agence de l'eau Loire Bretagne, un plan d'adaptation au changement climatique est aussi annoncé pour le printemps de cette année. Et l'élevage dans tout ça ? Pour les agriculteurs, les pistes à explorer se jouent à différents niveaux : à l'échelle du troupeau, de l'exploitation et de son système de production, et du bassin de production. Avec à chaque fois des mesures d'adaptation, d'anticipation et de corrections. Sur ces thématiques, le travail en groupe est souvent un moteur. Jean-Hervé Caugant, éleveur à Dineault (29), groupe lauréat AEP d’éleveurs
laitiers du Finistère en témoigne : "Par les voyages d’étude et en confrontant nos idées, les éleveurs de ce groupe ont trouvé leurs voies d’adaptation à un contexte de réchauffement climatique. Elles sont adaptées à leurs situations personnelles et ne sont pas généralisables sur un territoire".

35 % des masses d'eau sont de bonne qualité

Autre exemple avec la filière légumes, ou au-delà des mesures mises en place pour limiter la vulnérabilité des cultures au stress hydrique, l’irrigation d’appoint pratiquée en Bretagne est une véritable assurance récolte pour ces cultures légumières à cycle de production court, à une période estivale. "Pour répondre à nos enjeux, nous travaillons par exemple à l'optimisation des réserves mais aussi à la création de nouvelles, et sur le pilotage de précision de l’irrigation par l'intermédiaire d'outils d'aide à la décision et la modernisation de station de pompage", développe Jean-Claude Orhan, président de l'union des organisations de producteurs de légumes à destination industrielle de la région Bretagne.

Aujourd'hui en Bretagne, 35 % des masses d'eau sont de bonne qualité au regard des exigences de l'Union européenne, contre 25 % en 2006. Elle est l'une des rares régions dans laquelle la qualité des eaux progresse : en 2015, la concentration moyenne en nitrates des cours d'eau est de 33 mg/l contre 51 mg/l à la fin des années 90. "Suivant les finalités, nous avons tous des visions différentes de ce que représente la qualité de l'eau. C'est grâce aux échanges que l'on a pu avancer et si on veut aller plus loin, les agriculteurs ont besoin de reconnaissance", conclut René Collin, élu à la chambre d'agriculture de Bretagne.

 

(1) Maptam  : modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles.

Paiement pour services environnementaux

Les paiements pour services environnementaux (PSE) sont des instruments incitatifs qui consistent à offrir une rémunération en contrepartie de l’adoption de pratiques favorables à la préservation de l’environnement. Ils reposent sur des constructions contractuelles qui peuvent impliquer des acteurs privés (propriétaires fonciers, entreprises, associations…) et des acteurs publics (État, collectivités territoriales…). Ce sujet a fait l'objet d'une conférence au Carrefour des gestions locales de l'eau. L'occasion de présenter une démarche prospective pour la mise en œuvre des paiements pour services environnementaux, menée par les chambres d'agriculture de Bretagne et la FDSEA 29 et d'annoncer la création de l'association Alli'Homme, présidée par Hervé Sévenou, agriculteur dans le Finsitère, élu à la chambre d'agriculture et membre de la FDSEA 29.

 

Eau, agriculture et changement climatique

Le conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui dépend du ministère de l'agriculture a fait paraître en juin 2017 des préconisations pour l'agriculture sur la question du changement climatique. Voici les solutions qu'il préconise :

- Développer la ressource en eau utilisable. Condition sine qua non d’un scénario d’intérêt général. Par le stockage des excédents hivernaux, le pompage dans les ressources excédentaires et la réutilisation d’eaux usées traitées.

- Améliorer l’efficience de l’irrigation. Des progrès ont déjà été faits, il y en a encore à faire (irrigation de précision, pratiques agro-écologiques).

- Adapter les systèmes de culture et systèmes fourragers.

- Adapter les débits d’objectifs d’étiage à la nouvelle donne hydrologique. (Mettre en perspective les coûts pour les maintenir).

- Valoriser les produits agricoles (pour compenser les pertes de revenus) et préserver le foncier irrigué (de l’étalement urbain).

- Faire émerger un nouveau dialogue sociétal et une nouvelle génération de projets. Passer d’une approche environnementale à une approche de développement durable de type BRBS (besoins, ressources, biens et services).

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