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H5N8, Influenza aviaire, le virus passe à l'offensive hivernale

En Russie et au Kazakhstan, depuis juillet 2020, de nombreux foyers en élevage domestique et des cas en faune sauvage d’influenza aviaire hautement pathogène ont été détectés. Les foyers et les cas augmentent en nombre et se sont décalés vers l’ouest de la Russie. Les Pays-Bas ont déclaré le 21 octobre 2020 un premier cas d’influenza aviaire hautement pathogène dans la zone d’Utrecht sur deux cygnes tuberculés. Depuis, la dynamique d’infection s’est emballée puisque 13 cas en faune sauvage et un foyer en élevage de poulets de chair aux Pays-Bas et 13 cas chez des oiseaux sauvages en Allemagne ont été déclarés. Le 3 novembre, le Royaume-Uni déclare également un premier foyer, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Le virus n'est plus très loin de la frontière, dans un couloir migratoire qui traverse le territoire national. Peut-on encore y échapper ?

Le territoire français est concerné par ces migrations qui battent leur plein actuellement ; le pic d'arrivées migratoires en France a souvent lieu en novembre chez de nombreuses espèces d'antidées (oies, cygnes,canards, bernaches,...).
© FNC

La Russie a confirmé, depuis le 28/07/2020, 57 foyers domestiques d’IAHP H5, dont la majorité a été confirmée de sous type H5N8 et neuf foyers en avifaune sauvage de même sous-type. Depuis la situation s'aggrave relate le bulletin hebdomadaire de veille sanitaire internationale en santé animale (BHVSI-SA)

Un point de départ en Russie
Ce dernier cite ainsi le cas de quatre foyers domestiques des basse-cours ou des élevages familiaux, mais aussi un élevage important comptant 1 557 797 volailles. (10 299 animaux morts). Mais la Russie n'est que le point de départ d'un foyer épidémique qui s'étend par les couloirs de migration des oiseaux sauvages. 
Au sud, au Kazakhstan, depuis début septembre 2020 dix foyers domestiques, ont été détectés et huit régions seraient concernées par des détections en élevage.
Le bulletin précise qu'une analyse réalisée à partir des séquences des virus H5N8 détectés en septembre 2020 au Kazakhstan chez des poulets, des oies et des canards domestiques a confirmé que tous ces virus étaient tous apparentés à un même génotype ancestral détecté pour la dernière fois en 2017-2018. Cette analyse suggère également que ces mêmes virus aient pu persister et circuler depuis 2018, en l’absence de toute détection, au sein d’élevages de volailles sans que l’étendue et la localisation de cette circulation puissent être précisées.
La zone de détection (en Russie, à la frontière du Kazakhstan) depuis le 13/08/2020 correspond à un couloir de migration dans lequel ont été précédemment détectés des cas sur l’avifaune sauvage, qui avaient ensuite été suivis par des epizooties allant jusqu’en Europe et Afrique/Moyen Orient (2006, 2009, 2016 …) Il semble bien que cette mécanique soit à nouveau en place en 2020. 

Un couloir sud
Un premier foyer H5N8, en Israël confirmé le 13/10/2020, dans une exploitation de 35 000 volailles reproductrices, illustre cette migration du virus vers le sud avec les animaux sauvages. Plusieurs cas de mortalité ont été observés à cette date sur des oiseaux captifs dans le zoo de Jérusalem. Mais la contamination a aussi atteint une exploitation de 18 800 dindes puis une de 34 000 volailles reproductrices. La source probable de l’infection serait une contamination via des oiseaux sauvages migrateurs.

Un couloir ouest
Les cas d’influenza aviaire déclarés aux Pays Bas et en Allemagne sont tout-à-fait cohérents avec les couloirs de migrations en lien avec les cas de Russie et du Kazakhstan. Le territoire français est concerné par ces migrations qui battent leur plein actuellement ; le pic d'arrivées migratoires en France a souvent lieu en novembre chez de nombreuses espèces d'antidées (oies, cygnes, canards, bernaches,...).
Ces oiseaux sont très mobiles durant la totalité de leur période d'hivernage, se déplaçant facilement entre régions voire entre pays en fonction des disponibilités alimentaires et des conditions météorologiques. Il est donc nécessaire de rester vigilants jusqu'à leur départ en migration prénuptiale vers le nord-est, en fin d'hiver/début du printemps.
Les détections en Allemagne et aux Pays-Bas indiquent que la présence d’une dynamique d’infection par des virus H5 hautement pathogènes au sein de l’avifaune sauvage reste forte dans le nord de l’Europe et confirment le risque élevé d’introduction de ces virus dans les élevages.
La France se doit de maintenir une vigilance particulière sur le territoire compte tenu de la saison actuelle de migration des oiseaux. Car si aujourd'hui la contamination s'arrête aux Pays-Bas, rien de dit qu'elle ne traversera pas la frontière via les migrations vers les zones humides.

Tous confinés
Chacun se souvient des conséquences de la précédente épidémie dans le sud de la France et en particulier sur toute la filière palmipède à foie gras qui avait été littéralement décimée. Pendant tout l'été 2016, 9 millions de canards avaient été abattus, 4 500 t de foie gras n'avaient pu être produits représentant 1/4 de la production Française. Le coût du plan d'éradication avait représenté 270 M€, auxquels les éleveurs avaient du ajouter environ 220 M€ pour la mise aux normes biosécurité de leurs élevages. Personne n'a aujourd'hui envie de revivre ce triste épisode dont beaucoup d'exploitations dans le sud ouest ne se sont pas remises. 
Toutefois en toute logique, les effets devraient être limités sur les élevages. Les nouveaux bâtiments disposent d'espace de parcours sous forme de "jardins d'hivers" qui permettent d'isoler l'élevage de la faune sauvage. Seuls les élevages sous signe de qualité demandent une adaptation de leur cahier des charges pour tenir compte de cette situation particulière et vont maintenir leurs animaux à l'intérieur pendant cette période délicate. Reste tous les autres élevages qui sont invités dans les tous prochains jours à confiner leurs animaux. Décidément le mot à la mode de l'année 2020.

 

La Bretagne en risque élevé

Un arrêté en date du 5 novembre 2020 passe le niveau de risque Influenza aviaire de modéré à élevé sur l’ensemble de la Bretagne. Un communiqué du ministre de l'agriculture précise les mesures à mettre en place :
- claustration ou protection des élevages de volailles par un filet avec réduction des parcours extérieurs pour les animaux ;
- interdiction de rassemblement d’oiseaux (concours, expositions...) ;
- interdiction de faire participer des oiseaux originaires de ces départements à des rassemblements organisés dans le reste du territoire ;
- interdiction des transports et lâchers de gibiers à plumes ;
- interdiction d’utilisation d'appelant.
Sont de plus maintenues obligatoires sur tout le territoire la surveillance clinique quotidienne dans les élevages commerciaux ; l'interdiction des compétitions de pigeons voyageurs au départ ou à l'arrivée d'un département cité ; et la vaccination dans les zoos pour les oiseaux ne pouvant être confinés ou protégés sous filet.

 

 

Félix Mahé

Félix Mahé, Spécialiste aviculture - GDS Bretagne : Préserver notre statut sanitaire indemne

Depuis plusieurs années, Félix Mahé observe avec inquiétude - ou pas - le passage au-dessus de nos têtes des virus pathogènes avec les migrateurs. L'année 2020/21 semble démarrer dans les mêmes conditions que l'année 2016/17 qui avait été l'une des pires... mais tout peut encore changer.

La Bretagne vient de passer en risque élevé au niveau de l'influenza aviaire, qu'est-ce que ça change ?
Effectivement le Ministère vient de classer en zone à risque élevé l'ensemble des zones humides, où s’arrêtent provisoirement ou hivernent les migrateurs, mais aussi les zones de forte concentration d'élevage avicole, dont les quatre départements bretons.
La conséquence est que les éleveurs professionnels, mais aussi les particuliers, doivent confiner leurs volailles domestiques de façon à leur éviter tout contact avec les oiseaux sauvages potentiellement porteurs du virus. Le réseau Sagir est aussi en alerte, il a pour mission, avec les fédérations de chasseurs et l’Anses de surveiller et collecter les mortalités d’oiseaux sauvages pour détecter la présence ou pas des virus influenza sur les zones de notre territoire .

Quel est l'enjeu ?
L'enjeu est très clair, il est d'éviter toute contamination des élevages domestiques par les virus Influenza . Au-delà des pertes pour l'éleveur concerné directement, une contamination ferait perdre au pays tout entier son statut sanitaire indemne et commencerait par pénaliser les exportations de la filière avicole française.
Il est essentiel de prendre le maximum de précautions, pour éviter un foyer en France. Chacun garde en mémoire les conséquences dramatiques pour la filière foie gras, et canard, des épisodes 2015/16 et 2016/17. Tous les élevages doivent donc renforcer les mesures de biosécurité déjà prévues par le plan que doit avoir préparé et appliqué tout détenteur, et pour les volailles plein-air les mettre sous confinement.

Pourquoi cette année ?
On n'a pas vraiment de réponse à cette question. Nous constatons des années où les flux d’oiseaux sauvages qui survolent notre territoire sont très contaminés et d’autres moins. Cette année, on sait déjà que le nombre d'oiseaux sauvages détectés en Allemagne et Pays-Bas porteurs du virus est très important. Une partie du flux migratoire partant du sud de la Russie et l'Asie Centrale est aussi très contaminé et a diffusé le virus dans des élevages d'Israel en allant vers l'Afrique. On espère que le flux migratoire contaminé descendant ne contaminera que les zones d’Europe du nord mais le risque n’est pas maitrisable, rien n’est très prévisible, il faut encore une fois renforcer les mesures de biosécurité dans nos élevages, surtout signaler au vétérinaire tout symptôme anormal, éviter les contacts entre oiseaux sauvages et domestiques.

 

 

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