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Algues vertes
Halte aux discours simplistes

Les agriculteurs n'en peuvent plus d'être sans cesse montrés du doigt dès qu'on évoque les algues vertes. Pour faire le point sur le dossier, et leur donner quelques arguments pour se défendre, la FDSEA a organisé une réunion d'échanges le 9 novembre dernier.

"Cela fait maintenant plus de 2 mois qu'on a le droit, quotidiennement, à des articles dans la presse, rappelle Thierry Merret. Et on n'y pose même plus la question, on affirme que c'est l'agriculture intensive qui est responsable des algues vertes". C'est parce que les agriculteurs en ont assez d'être sans cesse sous le feu des critiques que la FDSEA a pris l'initiative d'organiser, lundi dernier, une réunion d'échange. "Mais vous ne sortirez pas d'ici avec toutes les réponses, prévient le président de la FDSEA. Aujourd'hui, on est loin de tout connaître sur le sujet".

Halte aux idées reçues

Cette réunion est tout d'abord l'occasion de tordre le cou à un certain nombre d'affirmations un peu trop vite assénées. "On entend dire que les algues vertes,c 'est la faute d'un maïs de plus en plus présent, relate Marie-Hélène Philippe, en charge du dossier environnement à la chambre d'agriculture. Or, l'assolement du département est stable, avec 30% d'herbe, 25% de céréales à paille, 25% de maïs, 8% de légumes et 12% d'autres cultures".
Autre idée reçue : les effectifs animaux croissent à tout va, tout comme les déjections à épandre. "Si on prend une base 100 en 1997, la viande porcine est à 110, le lait à 108, mais 2008 fut une année exceptionnelle, l'oeuf à 74, la volaille à 82, le veau et les gros bovins à moins de 50". Et l'azote organique restant à épandre est passé de 132 unités/ha en 2004 à 102 en 2008.

Quid des nitrates dans l'eau ?

Nitrates = agriculture intensive ? Encore une idée reçue à combattre ! "A la fin des années 50, le taux de nitrates était de 20 à 25 mg/l. Et, à l'époque, il n'y avait ni maïs ni élevage hors-sol", rappelle Daniel Hanocq, ingénieur en agronomie à la chambre d'agriculture.
Après une phase croissante, désormais, la courbe s'inverse. Mais, les nitrates étant lessivés, il faudrait corriger les données des variations annuelles de pluviométrie pour avoir une idée plus exacte de leur évolution. "Depuis les années 2000, beaucoup de choses ont été faites par les agriculteurs. Et leurs efforts paient : depuis les pics des années 90, les flux de nitrates ont diminué de 20 mg/l".
Mais les nitrates dans l'eau ne sont pas seulement dûs à l'activité agricole ! Et, si les stations de traitement des collectivités ou des industries abattent 80% de l'azote, l'assainissement non collectif, lui, est plus proche de 20%, sachant que les études menées récemment indiquent que les trois quart des installations individuelles sont non conformes et rejettent directement dans le milieu. "J'ai calculé que, sur l'Aven, la teneur en nitrates due à l'assainissement est en moyenne de 2,8 mg/l, 6 mg/l en juin et 10 mg/l en août et septembre, quand l'étiage est au plus bas". Sans compter que, dans certaines zones, la population peut doubler pendant l'été.

Des algues vertes dès 1924

"De 1990 à 2006, les tonnages d'algues vertes collectées ont été divisés par deux mais il y a deux fois plus de communes concernées. Et le tonnage collecté par commune a été divisé par 4", indique Daniel Hanocq. Ce qui explique, sans doute, qu'elles soient maintenant plus visibles. "Mais elles ne datent pas d'hier, affirme Christian Buson, président de l'institut de l'environnement, une association créée en 1992 pour aborder autrement les problèmes environnementaux. En 1924, déjà, le directeur de la station agronomique de Quimper, notait des échouages d'ulves". Des photos aériennes, prises en 1952, montrent aussi un rideau d'ulves en baie d'Yffiniac.
En Bretagne, la production d'algues vertes est estimée à 50 000 m3/an, l'équivalent de 40 000 t d'algues fraîches, 3 600 à 6 000 t de matière sèche par an, "la production de 300 à 500 ha, sur les 1,7 million que compte la Bretagne". Les scientifiques de l'institut de l'environnement se sont attachés à démontrer l'absence de relation entre flux d'azote et algues vertes. "A Brest, 6 400 t d'azote se déversent dans la mer tous les ans, et il n'y a pas d'algues vertes. A Saint Michel en Grève, il n'y en a que 500 t, mais beaucoup d'algues vertes".
Pas de lien, non plus, entre apports d'azote en juin et algues vertes. Et, quand on parle d'azote dans le milieu marin, il ne faut pas oublier que les cours d'eau en apportent moins de 50%, le reste provenant des sédiments marins, de la fixation de l'azote atmosphérique par des bactéries, de la biologie marine... "Il n'y a aucune possibilité d'induire une carence en azote dans le milieu marin". Voilà qui met à mal les mesures actuellement envisagées par les pouvoirs publics. "Et il ne faut pas oublier qu'en baie de Saint Brieuc, si les bilans de masse font état de 1 200 t d'azote par an, dont 275 de mai à septembre, les algues vertes n'ont besoin, selon les années, que de 6 à 31 t d'azote pour se développer".

Passer à 10 mg/l ?

Viser une concentration de 10 mg/l de nitrates n'aurait donc aucun effet sur les algues vertes. "Et c'est inaccessible, estime Christian Buson. La concentration de la solution du sol est supérieure à 500 mg/l". Par contre, mettre en place des mesures contraignantes ne serait pas sans impact sur les paysages et les populations. "Et comment nourrir une population en croissance en diminuant les intrants ? Au contraire, il faut préserver la fertilité des sols".
Pour Christian Buson, des études doivent être menées pour mieux connaître le phénomène des algues vertes. "Il est possible que les marées noires aient été déclencheurs, en détruisant les consommateurs des ulves". La lutte biologique pourrait alors être mise à l'oeuvre, en réintroduisant brouteurs, amphipodes, mollusques... "Au début des années 90, il y avait 500 000 t d'ulves dans la lagune de Venise. On y a introduit la palourde japonaise et, aujourd'hui, les algues vertes ont pratiquement disparu".Peut-être, tout simplement, grâce au dragage des coquillages, qui remue les sédiments et diminue la lumière, nécessaire au développement des algues vertes. "Là aussi, des études doivent être menées, pour en savoir plus".

Et demain ?

"On ne peut pas rester sans rien faire, s'exclame André Sergent, vice-président de la chambre d'agriculture. Au printemps prochain, il faut impérativement que les algues vertes soient ramassées au large". Une façon de désamorcer le conflit, à défaut de résoudre le problème. "D'autant que certaines entreprises savent les valoriser, notamment en nutrition animale".

 

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