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Les organisations de producteurs en débat
Ils inventent les futures relations producteurs - transformateurs

Avec la mise en place de la contractualisation, dans la perspective de la fin des quotas laitiers en 2015, dans un contexte de fluctuation et même de volatilité forte des prix, une nouvelle ère s'ouvre devant les producteurs. Beaucoup s'interrogent sur le rôle que joueront demain les organisations de producteurs (OP) et plus globalement sur ce que deviendront les relations producteurs-transformateurs dans le cadre de ces OP. C'était le thème central de la journée lait organisée par la FDSEA 35 à Pacé. Terra était au premier rang !

Daniel Chevreul, directeur des approvisionnements de Bongrain le rappelle : "l'attente première des entreprises était la contractualisation. En effet, alors que le lait représente 70 % des matières premières pour l'entreprise et environ 80 % des ventes pour le producteur il était étonnant qu'il n'y ait aucune formalisation des relations commerciales". Il estime, de plus, que beaucoup de producteurs s'étaient progressivement sentis écartés dans la mesure où l'essentiel des décisions se prenait à Paris, au Cniel, le plus souvent. "Ils se sentaient loin de tout cela". Philippe Charlottin, administrateur de la coopérative Sodiaal, va dans le même sens : "l'essentiel est d'installer une vraie relation et de redonner du poids aux producteurs au sein de la filière".
La secrétaire générale de la FNPL, Marie-Thérèse Bonneau, va quant à elle plus loin : "la contractualisation, les OP, placent les producteurs face à un monde différent. La massification permettra aux producteurs d'être dans une position plus équilibrée dans la négociation".  

Gérer les volumes

 

Marie-Thérèse Bonneau insiste : "jusque là, les décisions stratégiques ne se prenaient pas en face à face avec l'entreprise". Les producteurs devaient se réapproprier la relation avec leur acheteur.
Une discussion collective ne fera pas disparaître le producteur qui bénéficiera notamment au travers de la gestion des volumes, d'une plus grande souplesse que s'il restait seul. Philippe Charlottin témoigne du système mis en place au niveau de sa coopérative. "Avec une gestion prévisionnelle de la collecte, les producteurs peuvent annoncer à l'avance leurs prévisions de collecte. Les bénéfices de cette anticipation peuvent être partagés avec les producteurs". Sodiaal, grâce à sa gestion prévisionnelle a divisé par deux le volume de lait vendu sur le marché spot. "Les entreprises peuvent se positionner plus facilement sur des marchés lorsqu'elles connaissent leur production à l'avance". Daniel Chevreul abonde : "une gestion collective massifiée a un intérêt pour tout le monde". Et Marie-Thérèse Bonneau d’ajouter : "cet élément va permettre de peser sur la valorisation générale". 

Des prix encore plus différents ?

 

Alors que depuis des années les questions de prix se réglaient au niveau national ou régional, demain les OP et l'entreprise se retrouveront pour définir les évolutions du prix et les critères de paiement. Cela changera-t-il fondamentalement les choses ? Pour Daniel Chevreul, "le volume et le prix seront toujours liés au marché. Il n'y aura pas forcément d'écarts de prix très différents. Les méthodes, les critères de paiement seront peut être un peu différents, mais quelle que soit la méthode utilisée le prix sera toujours fonction du marché. Dans une même filière, un même environnement, il y aura nécessairement des rapprochements de prix. On peut même se demander s'il n'y aura pas demain moins d'écarts de prix".
Même vision chez Philippe Charlottin. "Le prix sera la résultante d'une réalité économique de l'entreprise , il ne sera pas possible de payer en dehors de cette réalité, et de l'environnement économique régional et national". Les entreprises qui sortiront des prix de la région "seront obligées d'évoluer dans leur mix produit, ou devront s'adosser à d'autres", pour rester dans un "prix du lait cohérent par rapport à l'environnement économique".
Reste qu'aujourd'hui face à l'épineuse question de la volatilité des prix des produits, la filière semble bien démunie, même si tous les intervenants appuient sur la nécessité de rechercher tous azimuts des solutions fiscales, assurantielles…

 

Les structures doivent évoluer

 

Avec cette nouvelle strate d'échange et de concertation directement au niveau de l'entreprise, les interprofessions verront demain leur influence et leur rôle considérablement évoluer. Le syndicalisme est aussi interpellé. Marie-Thérèse Bonneau estime qu'il est conforté dans un rôle de revendication des prix. "Il devra donner aux producteurs dans les OP des éléments, des éclairages, pour optimiser la situation des producteurs, quelle que soit l'entreprise à laquelle ils livrent, et établir la transparence sur les données, sur les prix, et quelle que soit l'entreprise et la région".

 

Jean Dubé

Un interlocuteur unique pour l’industriel

En introduction de cette table ronde, Nathalie Macé, secrétaire de l'Association de producteurs de  lait bretons livrant à Lactalis (APLBL), et Frédéric Simmoneau, secrétaire de l'OP Triballat, sont venus apporter un témoignage sur la création de leurs organisations respectives. Pour Nathalie Macé, "chez Lactalis, les producteurs avaient souvent l'impression qu'il n'y avait pas d'interlocuteurs, pas de liens entre les producteurs et l'entreprise. Un groupe s'est constitué en association, au niveau des quatre départements bretons, rejoint par la Loire-Atlantique, pour travailler notamment sur le contrat. L'ambition était d'engager des négociations pour faire avancer les choses. L'écriture du contrat était unilatérale, il fallait obtenir un retour vers les producteurs cela n'a pas été facile. Son ambition est de fédérer, de rassembler les producteurs, leur donner de l'information , se structurer, parce que les producteurs individuellement ne représentent rien face à un groupe international". L'OP a d'ailleurs été agréée cette semaine.  
Pour Frédéric Simmoneau , la démarche a été sensiblement identique vis-à-vis de Triballat, mais dans un contexte totalement différent : "les relations à l'échelle de Triballat sont plus faciles, plus directes". Mais les producteurs se sont regroupés pour engager des discussions sur un contrat diffusé aux producteurs par l'entreprise. "Cette dernière souhaitait d'ailleurs avoir un interlocuteur unique, et ne pas avoir à discuter de 94 contrats différents". Le dialogue s'est installé, un contrat définitif sera proposé d'ici à la fin d'année.

Contrats collectifs ou individuels

"Certains producteurs ne souhaitent pas de contrat collectif mais des contrats individuels". Marie-Thérèse Bonneau a tenu a apporter des clarifications sur ce point. "L'éleveur doit faire son choix mais avec des éléments éclairés. Choisir une option ou une autre oui, mais en toute connaissance de cause pas sur des éléments partiels. Tous les éléments devront être intégrés : que deviendra l'exploitation en cas d'arrêt d'activité par exemple ? La FNPL a toujours préféré que les producteurs se regroupent, c'est ainsi qu'ils retrouveront du poids, pas en s'isolant".

 

 

Des producteurs libres de changer ?

Les producteurs seront-ils libres de leurs mouvements d'une entreprise à l'autre, ou d'une OP à l'autre ? La question n'est pas encore tranchée loin s'en faut, et sera déterminante dans le nouveau contexte des OP, notamment sur la question des écarts de prix entre entreprises. Marie-Thérèse  Bonneau ajoute : "demain le producteur devra pouvoir arbitrer entre entreprises mais il arbitrera aussi entre ses différentes productions, lait, céréales, etc.". La somme des choix individuels pourra demain peser sur la filière, et être un élément déterminant de la constitution du prix.
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