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Imaginez si une usine de 40 000 emplois devait fermer...

Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture était mardi au milieu des manifestants en Finistère. Il a répondu à quelques questions de Terra.

Les producteurs sont mobilisés dans tout l'Ouest. Est-ce une surprise ?

Jacques Jaouen. Pas vraiment. Malheureusement on ne parle d'agriculture que pour évoquer des problèmes, alors que l'agriculture est une source de solutions notamment par ce qu'elle apporte à l'économie française. Quel que soit le gouvernement, il n'y a jamais eu de décision digne de ce nom pour mettre en place une stratégie de développement, dans un contexte de plus en plus international et libéral.

 

La question du prix de vente et de la répartition des mar-ges est posée.

J.J. Les producteurs ont toujours servi de variable d'ajustement. Ils ont fait beaucoup d'efforts, de gains de productivité, de coût de production, de qualité, mais aujourd'hui on est arrivé au bout. Les gens sont fatigués, usés. J'espère que cette crise permettra une prise de conscience générale.

Cela fait des années que les agriculteurs soulignent ce problème de prix et de répartition de la marge, qui concerne l'ensemble des filières, de l'industriel, à la distribution. Chaque maillon a sa responsabilité. Si le maillon production décroche, si la filière perd de la compétitivité, ce sont de la production et des emplois qui vont partir. Nous avons aujourd'hui une obligation de résultat pour que le maillon production retrouve de la compétitivité par les prix.

 

Quel message auriez-vous envie de faire passer au ministre de l'agriculture ?

J.J. Il faut arrêter les discours et passer aux actes. L'observatoire des prix et des marges doit donner un véritable point de situation. Mais un constat ne suffira pas. Les acteurs doivent prendre des engagements concrets, durables, et les respecter. Tout le monde a des résultats positifs aujourd'hui, sauf le maillon production !

Sur la complexité administrative, le ministre a bien essayé de mettre des choses en œuvre mais c'est souvent son administration qui bloque. Ce problème ce n'est pas l'Europe, c'est nous, la France et personne d'autre !

Dans l'urgence il faut trouver avec les banques des solutions rapides, un report en fin de tableau d'amortissement d'une année sans frais. Tous les contribuables ont participé à l'accompagnement des banques en pleine crise financière. Aujourd'hui je pense qu'on peut demander aux banques d'accompagner, dans cette période difficile, les femmes et les hommes qui font ce métier, de nourrir la société.

Il faut des solutions fortes pour se redonner de l'air. Mais il faudra aussi malheureusement accompagner certains pour qu'ils sortent "proprement". Ce sont des situations dramatiques, et je veux qu'on puisse les accompagner correctement.

Nous devrons aussi prendre nos responsabilités dans les filières et l'ensemble des organisations qui accompagnent les agriculteurs au quotidien, pour apporter le meilleur service au meilleur coût.

 

Le consommateur a-t-il un rôle à jouer ?

J.J. Il faut lui donner la possibilité de choisir, par une information claire, et simple sur la provenance. Le consommateur saura se rendre compte qu'il a à côté de chez lui des produits de qualité, une sécurité alimentaire, et qu'elle a un prix. Les États-Unis et d'autres pays ne se détournent jamais du problème alimentaire, c'est trop stratégique.

Selon les chiffres du ninistre, ce sont 40 000 emplois à la production qui sont menacés. Imaginez si une usine de 40 000 emplois devait fermer ! Notre Chef d'État a été capable de fédérer ses collègues sur la crise grecque. Il faut qu'il le fasse, dans la situation d'urgence, dans laquelle nous sommes. La ruralité est en grand danger. La nation doit se mobiliser pour sauvegarder son activité économique et son tissu rural.

 

Dans deux mois nous serons au Space. Que peut-il se passer ?

J.J. Le Space est un lieu où le monde agricole montre son savoir faire, sa technologie. Que les politiques viennent, c'est bien. Il faut profiter du Space pour faire passer des messages. Mais j'espère surtout qu'on ne va pas attendre deux mois pour mettre en place des solutions. C'est maintenant qu'il faut le faire. Je regrette que la prise de conscience au plus haut niveau de l'État soit si tardive. A Cournon, l'élevage avait été déclaré cause nationale… et après ? On met trop de temps à mettre en place des solutions. Sachons aussi faire confiance aux hommes et aux femmes qui sont présents sur les territoires en utilisant le droit à l'expérimentation.

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