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Abattage à la ferme : bientôt une première expérimentation

Plutôt que d'obliger les animaux d'élevage à faire des dizaines voire des centaines de kilomètres en camion jusqu'à l'abattoir, pourquoi ne pas les abattre à la ferme ? Une idée qui séduit nombre d'éleveurs, soucieux de se réapproprier toutes les étapes de la vie de leurs animaux, de la naissance à la mort. Si une expérimentation va bientôt démarrer en zone allaitante, d'autres éleveurs réfléchissent.

Comme Émilie Jeannin, nombreux sont les éleveurs qui, aujourd'hui, veulent se réapproprier l'ensemble de l'élevage de leurs animaux, de la naissance jusqu'à l'abattage.

"Je veux reprendre la main sur l'abattage, une étape de la vie de mes animaux qui m'échappe complètement". Installée sur la ferme familiale à la suite de son père, qui pratiquait déjà la découpe à la ferme et la vente directe, Émilie Jeannin est éleveuse de vaches allaitantes en Côte d'Or. Profondément attachée à ses animaux, elle les conduit elle-même jusqu'à l'abattoir mais voudrait pouvoir les accompagner jusque leurs derniers instants, ce qui n'est aujourd'hui pas possible. "Je me sens dépossédée de cet acte important".

 

Un abattoir mobile

Alors, quand elle entend parler d'un abattoir mobile en Suède, elle est immédiatement intéressée. "À la fois pour le bien-être animal et pour la qualité de la viande, les animaux n'ayant plus des dizaines voire des centaines de kilomètres à effectuer en camion avant d'arriver à l'abattoir". Elle se rend sur place et revient séduite de son voyage.  "Là-bas, un camion se déplace dans les fermes. L'animal y rentre de plain pied, croyant simplement le traverser puisqu'il voit les prairies qu'il connaît de l'autre côté".

Comme dans un abattoir plus classique, c'est au matador qu'il est tué, en présence d'un vétérinaire. "J'ai été étonnée par l'ambiance apaisée qui règne dans le camion et le professionnalisme des intervenants. Il n'y a ni bruit ni odeur". Et les cadences sont très faibles. "Cependant, le camion ne peut pas se déplacer pour un animal". En Suède, il s'installe dans une ferme et les éleveurs des alentours y conduisent leurs animaux.

L'abattage a été un sujet tabou ces quarante dernières années. Il faut que ça devienne moins secret

Émilie Jeannin, elle, imagine plutôt changer sa façon de travailler, en abattant six animaux le même jour. Ses clients devront donc s'adapter, en gérant autrement leurs achats, en stockant et en payant plus cher. "Je suis sûre que les gens sont prêts à manger moins mais mieux, plaide l'éleveuse. Les agriculteurs, eux, retrouveront du sens à leur métier et une meilleure rémunération". Une nouvelle façon de faire, qui nécessitera des explications. "L'abattage a été un sujet tabou ces quarante dernières années. Et les abattoirs se sont éloignés des villes et des fermes. Il faut que ça devienne moins secret". En attendant, elle fait l'objet de vives attaques sur les réseaux sociaux. "On peut être omnivore et aimer les animaux, répond-elle. Et il faut maintenir l'élevage ! Sinon, c'est tout un écosystème, oiseaux, insectes..., qui disparaît".

 

Des projets en Bretagne aussi

Se battant depuis des années pour voir son projet aboutir, Émilie Jeannin se base désormais sur la loi issue des Egalim pour promouvoir l'abattage à la ferme. Un camion est en cours de construction et, les autorisations obtenues, une expérimentation sera lancée, d'abord en zone allaitante. Un projet coûteux, à plus d'un million d'euros, incluant la découpe de la carcasse.

"D'autres projets existent", fait savoir René Bellour, éleveur à Lannéanou (29). Ainsi, un groupe d'éleveurs et de bouchers des Côtes d'Armor planche sur un caisson mobile, nettement moins onéreux, puisque chiffré aux alentours de 15 000 €. Avec cependant une contrainte de taille. "Après abattage, la carcasse doit arriver à l'abattoir en une heure maximum". Un contrainte qui, du fait de la disparition de nombreux petits abattoirs locaux, interdira l'usage du caisson d'abattage dans certains endroits. "Et l'abattoir doit être équipé pour recevoir les carcasses ainsi abattues, avec un accès direct à la chaîne depuis l'extérieur".

 

Un groupe GIEE

Au-delà de l'agrément sanitaire, reste aussi la question de la propriété de ces caissons. "Un groupe d'éleveurs, en Cuma par exemple ? Une collectivité territoriale intéressée par un projet qui pourrait déboucher sur la fourniture des cantines ? Un abattoir, qui pourrait valoriser autrement la viande", s'interroge le Gab, le groupement des agriculteurs biologiques du Finistère. En partenariat avec les bassins versants, il vient d'organiser deux réunions d'information, à Douarnenez et Plouégat Moysan. Et il s'apprête à lancer un groupe GIEE sur le sujet.

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