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Crédits carbone : les premiers contrats sont signés

Fin 2019, la Commission européenne donnait son feu vert au régime d'aide proposé par la France pour le paiement de services environnementaux (PSE) aux agriculteurs. Aujourd'hui, les initiatives se multiplient pour restituer de la valeur à ceux qui façonnent le paysage et réduisent la consommation de CO2.

Alors que les politiques actuelles compensent des manques à gagner, les paiements pour services environnementaux (PSE) financent les agriculteurs pour les bénéfices de leur travail notamment pour le stockage du carbone.
© Christophe Dequidt

C'est un changement de paradigme qui s'opère. À l'inverse des politiques actuelles qui compensent des manques à gagner par des pratiques vertueuses, le dispositif des paiements pour services environnementaux (PSE) financent les agriculteurs pour les bénéfices de leur travail. La FNPL avec la FNB, la FNEC et la FNO ont créé "France carbon agri association" (FCAA), pour que les producteurs puissent en bénéficier. L'association a obtenu le label bas-carbone du ministère de l'agriculture en faisant valider la méthode de calcul du CO2 des émissions évitées et séquestrées via le diagnostic Cap2eR.

391 fermes engagées
391 éleveurs se sont engagés lors du premier appel à projet de FCAA lancé en novembre 2019. Répartis sur le territoire national, ces éleveurs sont accompagnés par 22 porteurs de projet (OP, coopérative, chambre d'agriculture,..) dans la mise en œuvre des économies de CO2. "Nous sommes heureux d’avoir su mobiliser des agriculteurs et des acheteurs sur la question essentielle du stockage de carbone. Il est temps de rémunérer les agriculteurs pour leurs contributions environnementales", se réjouit Marie-Thérèse Bonneau, à la tête de l’association. En pratique, les 391 exploitations réalisent un diagnostic Cap'2ER et établissent un plan d'action pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Plus elles feront de stockage de carbone, plus elles seront rémunérées. L'association FCAA est l'interface avec le ministère et recherche des financeurs pour assurer un retour économique aux agriculteurs. "Nous avons évalué le nombre de tonnes de CO2 evitées à environ 70 000 tonnes sur cinq ans", estime Jean-Baptiste Dollé, chef de service évaluation environnementale pour Idele.

Nous ne vendrons pas de carbone à moins de 30 euros la tonne. C'est une décision politique assumée qui doit permettre une vraie restitution aux agriculteurs engagés

Des financeurs nationaux
"Nous avons vendu environ 25 % des 70 000 tonnes estimées. Le montant global doit être atteint au terme de la période (5 ans)", rassure le chef de service. Un premier contrat a été signé il y a quelques semaines entre l'association et la caisse des dépôts et consignations, qui sera le financeur principal de ce premier appel d'offre, et qui souhaite réduire son impact carbone. D'autres contacts sont bien avancés notamment dans le monde du luxe et le secteur agro-alimentaire. Marie-Thérèse Bonneau : "nous ne vendrons pas de carbone à moins de 30 euros la tonne. C'est une décision politique assumée qui doit permettre une vraie restitution aux agriculteurs engagés". Concrètement, un premier versement sera effectué à mi-parcours et complété à la fin de la démarche. Le montant moyen attendu par exploitation oscille entre 6 000 à 12 000 euros par exploitation suivant leurs capacités à réduire le carbone.

Un engagement multi-rémunérateur
Outre le paiement direct via le fond bas-carbone, l'agriculteur peut aussi être gagnant via le changement de ses pratiques. Parmi les pistes techniques favorisant le stockage du carbone sont présentés l'optimisation des concentrés, la réduction de l'âge au premier vélâge, l'implantation de haies ou de légumineuses... Jean-Baptiste Dollé estime qu'il s'agit d'autant de pratiques économiquement intéressantes pour les éleveurs". Et d'ajouter : "parfois des appréhensions freinent le passage à des pratiques novatrices. Le paiement du carbone peut décider un certain nombre d'éleveurs à franchir le cap, en sachant qu'une rémunération sera perçue de fait et diminue donc la part de risques". Le premier appel d'offre est clos mais pour répondre à une demande grandissante d'agriculteurs souhaitant s'associer à la démarche, l'association FCAA lancera un nouvel appel à projet d'ici l'autonme. "Nous devons nous assurer que nous avons les débouchés financiers et les hommes pour assurer les dignostics avant toute chose, mais je suis confiante. Le stockage de carbone est un sujet porteur dont les agriculteurs doivent s'emparer. Il est essentiel de garder la maîtrise de la négociation pour garantir le retour de la valeur", conclut Marie-Thérèse Bonneau, productrice de lait et présidente de l'association.

 

La forêt stocke aussi !

Le centre national de la propriété forestière bénéficie aussi du label bas-carbone. Depuis avril 2019, le label Bas-Carbone est opérationnel, puisque les trois premières méthodes forestières rédigées par le CNPF ont été validées. Ces méthodes concernent :
- le boisement de terres agricoles ou de friches embroussaillées ;
- la reconstitution de forêts dégradées (tempête, incendie, dépérissement intense) ;
- La conversion de taillis bien venants en futaies sur souches.

 

 

Alli'homme : l'initiative bretonne bas-carbone

Hervé Sevenou
Hervé Sevenou, président de l'association Alli'homme et agriculteur à Sizun (29).

Créée en 2018, l'association Alli'homme s'engage également dans le stockage du carbone en mettant en relation des entreprises privées souhaitant agir pour l’environnement et des agriculteurs prêts à s’engager, contre rémunération.
"Nous avons signé notre premier contrat de gré à gré la semaine dernière entre le groupe Arkea et un agriculteur de la région quimpéroise", se félicite Hervé Sevenou, président de l'association et agriculteur à Sizun (29). D’une durée de trois ans, le contrat prévoit la gestion de zones humides, afin d’améliorer la capacité de rétention en eau de ses parcelles.
L'agriculteur finistèrien note "un bel élan des agriculteurs et de certaines entreprises privées pour notre initiative. Nous sommes heureux d'être les maîtres d'œuvre de ces projets, ancrés dans le local". Travaillant à partir des mêmes outils (Cap2eR) que l'association France carbon agri, Alli'homme ne souhaite pas venir en opposition mais en complément. "Certains projets pourront se faire de gré à gré, dans une relation de confiance entre deux entreprises, sans contrôle de l'État, d'autres prendront forme au sein de FCAA. Nous pourrons d'ailleurs y prendre part en servant de relais entre les agriculteurs et l'association nationale", explique Hervé Sevenou.

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