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Économie : retour sur les tendances 2021 de la bio

Faisant face à un décrochage historique, le marché bio est au cœur de nombreuses discussions depuis plusieurs mois. Comment expliquer le recul des ventes et surtout quelles pistes pour redresser la barre ?

© Pixabay

L’année 2020 aura été exceptionnelle à bien des égards. Rythmée par les différents confinements, la fermeture des lieux de restauration hors domicile, l’essor du télétravail et l’arrêt d’un certain nombre de loisirs, cette période a forcé de nombreux Français à modifier leurs habitudes alimentaires. Une situation dont ont su tirer parti certaines filières et en particulier celle de la bio : imperturbable, son chiffre d’affaires a poursuivi sa progression pour atteindre les 13,2 milliards d’euros. Un score d’autant plus honorable dès lors qu’il est mis en perspective et comparé à celui du panier global des Français : en effet, entre 2019 et 2020 la progression du bio dans le budget de ces derniers a représenté 12,2 % en valeur, alors que la consommation alimentaire globale a enregistré une croissance de 3,4 % seulement. L’AB a donc assuré 21 % de l’ensemble de la croissance alimentaire entre 2019 et 2020.
Si les GMS, où se réalise plus de 50 % du chiffre d’affaires total de la bio, ont particulièrement profité de la situation avec le sentiment de vivre plusieurs "périodes de noël successives", les magasins spécialisés ont également su tirer leur épingle du jeu (+16 % de croissance entre 2019 et 2020 pour les magasins bio en réseau), de même que la vente directe (+11,7 %).

 

2021 : l’heure du décrochage ?

Pourtant, et alors que cette filière nous avait habitué à une croissance constante, son chiffre d’affaires s’érode pour la première fois en 2021, et ce dans son principal canal de distribution : la GMS (1).
En effet, pour la première fois, non seulement le chiffre d’affaires du bio ne progresse plus dans les grandes enseignes par rapport au même mois de l’année précédente, mais il a en plus tendance à décroître : -9,7 % sur octobre 2021 par rapport à l’année précédente à la même période, soit davantage que le conventionnel, qui accuse une perte de 5,6 %.
Des chiffres que les professionnels de la filière voudraient tempérer : pour eux, ce décrochage est conjoncturel et ne doit pas alarmer exagérément, bien qu’étant inédit. Le fait de garder l’atypique année 2020 comme année de référence pour calculer ces évolutions perturberait les jugements.
Pourtant, le tassement dans les grandes enseignes s’observe déjà depuis quelques temps. Outre l’année 2020 précédemment évoquée pour son caractère exceptionnel, les analystes avaient déjà démontré un ralentissement de la croissance. Ainsi, les ventes des produits bio en grandes surfaces alimentaires sur les premiers semestres n’ont progressé que de 16  % sur deux ans entre 2019 et 2021, alors qu’elles augmentaient de plus de 50  % entre 2017 et 2019.

Depuis mars 2021, on observe une diminution constante, par rapport aux mêmes mois de l’année précédente, du chiffre d’affaires réalisé en bio, dans les circuits de grande surface alimentaire.
Evolution des ventes et de l’offre bio en grandes surfaces alimentaires : Evolution mois par mois par rapport à l'année précédente. Total PGC FLS Bio - Tous circuits GSA (hors EDPM allemandes pour l'offre)
© Source : IRI pour LSA (19/11/21)

Quels produits sont les plus concernés ?

C’est l’ensemble des produits frais qui accuse le plus de recul, avec -12,6 % de chiffre d’affaires sur la dernière période (octobre 2021). Les produits de cette catégorie affichaient déjà un repli en valeur sur les sept premiers mois de l’année, parallèlement pour certains à une hausse de production. Parmi eux, le lait, dont les volumes produits avaient augmenté de 11,8 % au premier semestre, tandis que les achats par les consommateurs de lait frais, crèmes et fromages bio diminuaient respectivement de 8,6 %, 9,6 % et 4 %. De même que les œufs, qui ont vu sur la même période leurs ventes baisser de 7,5 % alors même que la production avait progressé de 17 %.

 

Comment expliquer ce recul ?

Par des raisons conjoncturelles tout d’abord. Le contexte demeure très particulier en 2021, avec des surproductions dans certaines filières (lait notamment, boosté par une pousse de l’herbe exceptionnelle cette année), couplé à une baisse des achats par les foyers, laquelle s’explique avant tout par un nombre moins important de repas pris à la maison, mais également par une moindre fréquence de courses, particulièrement dommageable pour les produits bio (2). En ajoutant à cela une augmentation du coût des matières premières, une inflation généralisée qui incite les consommateurs à être plus prudents dans leurs dépenses, nous comprenons que l’année 2021 ne sera pas, elle non plus, une année de référence... Face à cette situation instable, la filière bio, relativement jeune, doit s’ajuster et équilibrer ses rythmes de conversion et de production afin de répondre à la demande réelle, dont le delta de progression, jusque-là constant, ne sera peut-être pas aussi important dans ce contexte post-covid.
Mais la conjoncture ne doit pas éclipser certaines tendances de fond, plus structurelles, qu’il est nécessaire de surveiller. À commencer par la montée en gamme de plus en plus de produits qui, sans nécessairement être bio, répondent à des critères de qualité exigeants. Ce sont entre autres les fameux Labels rouges, AOC, IGP, ou encore produits "sans" (résidus de pesticides, nitrites…), de plus en plus plébiscités par les consommateurs, car souvent moins onéreux et répondant malgré tout à leurs exigences en matière de production locale et de respect de l’environnement ou de la santé.
Mécaniquement, le bio pourrait alors être moins privilégié, malgré la confiance qu’il inspire au consommateur.
Une tendance confirmée par l’analyste IRI et l’institut Kantar, qui indiquaient dans leurs sondages que 39 % des consommateurs interrogés début 2021 déclaraient vouloir acheter plus de produits locaux, alors qu'ils n’étaient plus que 26 % à vouloir acheter plus de bio, soit 10 % de moins qu'en 2018.

Réaffirmer la légitimité du bio

Devant le succès des autres labels, la bio devra communiquer davantage dans les prochains mois et se montrer pédagogue face au consommateur. L’objectif : réaffirmer ses atouts et ses différences, généralement sources d’écarts de prix.
En parallèle, certains acteurs parlent déjà de "bio +" ou "bio augmenté". C’est notamment le cas de Carrefour, Naturalia ou encore la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (Fnab). Cette dernière a récemment créé le label "Bio Français et équitable", garant d’un produit répondant aux exigences de local et d’impact social positif des consommateurs. Stratégie gagnante ou nouvelle source de confusion pour les consommateurs ? L’avenir nous le dira.
Pour finir, rappelons que la loi Egalim, imposant 20 % de produits bio dans les cantines, est aussi source d’un important potentiel pour les produits bio au sein de la Restauration hors domicile (RHD).
Quoi qu’il en soit, pour éviter l’afflux de produits importés bio face à une demande, certes actuellement fragilisée mais réelle, il faudra s’assurer de la solidité des producteurs français. À l’heure où des craintes de dé-conversion agitent les filières, devant la baisse des ventes, la hausse du coût des matières premières et les réformes PAC à venir, qui suppriment notamment les aides au maintien, soulignons que l’Assemblé Nationale a voté le 12 novembre dernier un crédit d’impôt renforcé pour l’AB à partir de 2023 pour compenser cette perte.

 

 

Rendez-vous éco-emploi

La chambre d’agriculture de Bretagne a organisé ses rendez-vous éco-emploi les 15, 16 et 17 novembre derniers, auxquels ont participé près de 140 personnes sur les quatre départements. Ils ont été l’occasion d’aborder notamment la PAC, les conséquences du Brexit pour nos filières bretonnes, de faire un point sur l’organisation des producteurs en Bretagne, d’analyser l’actualité économique générale dans les secteurs agricoles et agroalimentaires, ainsi que la dynamique du marché bio en cette année 2021. L'occasion pour les élus de s'exprimer sur ces sujets d'actualité. Extraits.

Loïc Guines / Président de la chambre d'agriculture 35 : "La situation aux frontières de l’Europe nous interpelle d’un point de vue humain, demain elle le fera peut-être sur le plan économique. Le Brexit nous le rappelle avec acuité : les problèmes géopolitiques peuvent heurter nos marchés agricoles et agroalimentaires. Plus proche de nous, les évolutions de la bio et des tendances de consommation nous montrent que les consommateurs ont une attente concernant l’impact de leurs achats sur l’économie locale et le revenu des producteurs, problématiques pour lesquelles nous avons un rôle à jouer collectivement".

Jean-Pierre Clément / membre de la chambre d'agriculture 22 : "Sur les neuf premiers mois 2021, les entreprises bretonnes ont trouvé de nouveaux marchés pour compenser la baisse des exportations à destination du Royaume-Uni. Espérons que cela se confirmera à la lecture des chiffres annuels. Les principes de l’AOP Cérafel montrent l’inelligence de coopératives qui se sont réunies et ont mis en place des outils répondant aux besoins des adhérents. À l’inverse, l’AOP Porc Grand Ouest a du mal à démarrer et certains groupements donnent l’impression de ne pas jouer le jeu".

Jean-Hervé Caugant / président de la chambre d'agriculture 29"Dire que la Bretagne est dans un système d’élevage industriel ou intensif, c’est ne pas connaître la réalité de l’élevage mondial. Avec nos fermes laitières bretonnes à 75 vaches en moyenne (et même à 200 vaches), nous sommes des petits face aux géants de ce monde ! Aux États-Unis ou en Chine, les troupeaux se comptent en plusieurs dizaines de milliers de vaches, porcs ou volailles. Face à eux, nous sommes de petits paysans, dans de petits élevages. Notre agriculture familiale est une chance pour la Bretagne, sachons la préserver !"

Laurent Kerlir / président de la chambre d'agriculture 56 : "L’agriculture bretonne fait face à des attentes sociétales de plus en plus fortes et variées. Cependant, toute amélioration des pratiques en termes environnementaux ou de bien-être animal entraîne un surcoût. Nous évoluons dans un marché ouvert, où toute contrainte nationale supplémentaire sans débouché garanti en face, ne fera que le jeu des importations. Or la souveraineté alimentaire française est mise à mal dans certaines filières comme en volaille de chair par exemple. Attention donc de bien faire coller ces évolutions aux besoins réels des marchés".

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