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Fin de contrat MAEC : quelques pistes pour réduire l’IFT

Le cahier des charges d’une MAEC (mesure agro-environnementale et climatique) comporte notamment un engagement à réduire l’IFT (indice de fréquence de traitement). En quatrième et cinquième année, le pas à franchir est parfois difficile. Quelques conseils pour y parvenir.

Pour réduire l’IFT en année 5 : optimiser à la fois les traitements, la conduite et la rotation.

Si une rigueur accrue permet de diminuer suffisamment l’IFT au cours des trois premières années de la MAEC en supprimant notamment les traitements "pour se rassurer" et en ajustant les doses de produits appliquées, ces seules mesures sont souvent insuffisantes en 4e et 5e année pour atteindre l’objectif de la MAEC. L’expérience montre en effet que diminuer de 40 % l’IFT de référence pour les herbicides et 50 % pour les autres traitements, comme l’exige le cahier des charges, s’avère parfois difficile et que des évolutions de pratiques plus profondes sont souvent nécessaires au moins pour les années 4 et 5 du contrat. Cela est particulièrement vrai pour les engagements en MAEC 28-55 où la surface de cultures reste importante. Et cette réduction ne peut pas être déléguée à 100 % au technicien d’appro. En effet, les maîtres mots sont alors pour l’agriculteur : observation, anticipation, passage du menu de traitements standards à des traitements à la carte et suppression le plus possible du "systématique".

         Les maîtres mots sont observation, anticipation, et traitements à la carte.

Jouer sur plusieurs tableaux

Dans la pratique, quelques évolutions de pratiques peuvent être proposées à titre d’exemple pour réduire l’IFT et ainsi satisfaire au cahier des charges :

- Augmenter de façon transitoire la surface en prairie en introduisant par exemple du RGH + TV ou du RGI 18 mois sur une ou plusieurs parcelles en rotation maïs / maïs loin des bâtiments pour un système bovin lait.

- Augmenter la surface de fourrage récoltée en inter-culture avec par exemple un méteil fourrager récolté en avril ou un RGI+ trèfle incarnat. Et réduire la surface de maïs implanté en fonction des stocks de fourrage ainsi récoltés. Un couvert court à base de colza fourrager entre deux céréales peut être intéressant pour la production fourragère supplémentaire et pour l’effet étouffement des adventices.

- Réduire l’IFT de désherbage du blé ou du maïs en passant d’un programme de base en prélevée à un programme "à vue" en post-levée et en choisissant les produits en fonction de la flore présente. On privilégiera des produits complets à large spectre. Les réductions de doses sont en effet réduites et risquées avec des produits de prélevée tandis que les traitements de post-levée permettent de rester efficace en réduisant fortement les doses. Ces réductions sont possibles à condition d’intervenir dans de bonnes conditions de température et d’hygrométrie sur des adventices jeunes. En céréales également, des mesures préventives sécuriseront le passage à des traitements herbicides de post levée et notamment les faux semis par déchaumage entre deux céréales à paille et les semis différés à la première semaine de novembre.

- Mettre à profit les seuils de traitements pour juger de l’opportunité d’un traitement fongicide ou insecticide ce qui permet de différer, de réduire, voire de supprimer certaines interventions qui peuvent par ailleurs s’avérer nuisibles pour les auxiliaires ou générer des IFT et des coûts supplémentaires. C’est le cas notamment des traitements contre les altises et les méligèthes sur colza mais également des traitements insecticides ou fongicides sur céréales. Là également des mesures préventives facilitent la démarche : semer tôt les colzas pour qu’ils soient plus robustes vis-à-vis des insectes, au contraire éviter les semis trop précoces pour les céréales pour limiter le risque JNO transmise par les pucerons d’automne. L’utilisation de variétés de céréales avec une bonne tolérance aux maladies, notamment à la septoriose va permettre de retarder voire de supprimer le premier traitement du blé... Dans tous les cas, la consultation du BSV de la semaine, couplée ou non à l’utilisation d’un OAD, permet de sécuriser la prise de décision.

- Introduire le désherbage mécanique en maïs, betteraves, céréales et féverole. Des herses étrilles, des roto-étrilleuses, des houes rotatives et des bineuses sont maintenant assez répandues, avec des matériels plus performants que par le passé et des opérateurs en ETA et Cuma équipés et expérimentés. Attention, la mise en œuvre du mécanique est plus exigeante en termes de temps de travail et de conditions météo et nécessite plus d’anticipation et de réactivité.

- Ne pas traiter systématiquement toutes les semences de ferme. Cette voie de réduction de l’IFT est à utiliser avec beaucoup de prudence : absence de traitement sur des surfaces limitées ou mélange de semences traitées et non traitées… Si le traitement au vinaigre est homologué en bio contre la carie, le risque de ne pouvoir ni commercialiser, ni conserver la récolte, en cas d’infestation par cette maladie n'est pas nul. Et dans ce cas, la prévention contre la fonte des semis et les pertes à la levée imputables aux fusarium et microdochium reposent uniquement sur des mesures préventives : observation des parcelles de production de semences et les semences elles-mêmes, triage efficace et test de germination.

En conséquence, une démarche de réduction bien réfléchie et bien anticipée permet dans la majorité des cas d’atteindre l’objectif de diminution d’IFT, sans réduction de rendement et sans perte économique. Et ne pas oublier que l’engagement en MAEC s’accompagne d’une rémunération à l’hectare, qui pourra compenser, le cas échant, la petite perte économique qui pourrait intervenir.

 

contrat MAEC

Rappel des engagements MAEC

La réduction de l’IFT constitue l’un des engagements des exploitations en MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques…) en systèmes polyculture élevage, avec la diminution de la part de surface fourragère en maïs, l’augmentation de la surface en prairie, le plafonnement de l’utilisation de concentrés achetés, l’interdiction du retournement des prairies permanentes et la réalisation de deux appuis techniques sur la gestion de l’azote : le premier en individuel ou collectif durant les trois premières années du contrat, le deuxième, en collectif au cours des deux dernières (inscription auprès des antennes locales des chambres d'agriculture). Pour un engagement au 15 mai 2016, le dernier objectif de réduction d’IFT porte sur la campagne agricole 2020 (1er septembre 2019 au 31 août 2020). La réduction est de 40 % pour l’IFT herbicide et de 50 % IFT hors-herbicide par rapport aux IFT de référence du territoire. Elle est calculée au choix sur la moyenne des années année 3, 4 et 5 ou sur la seule année 5.

 

contrat MAEC

À Trégunc (29) Yohann Hugond privilégie une approche globale de la réduction des phytos

Le Gaec de Coat Kergunus s’est engagé en 2016 dans une MAEC 28-55 (moins de 28 % de maïs dans la surface fourragère principale et 55 % de prairies minimum dans la SAU). C’est pour cette campagne 2020 que Yohann Hugond, en charge du suivi des cultures dans le Gaec, devra atteindre les IFT objectifs. Faisant partie du groupe Déphy Écophyto Centre-Sud Finistère, Yohann privilégie une approche globale de la réduction des phytos en optimisant à la fois les traitements, la conduite des cultures et la rotation.

Les premières réductions ont porté notamment sur une large utilisation des traitements de
postlevée couplée au binage pour le maïs ainsi que sur l’utilisation d’un OAD associée à l’observation pour réduire, ou supprimer, le 1er fongicide du blé. Le méteil constitue sur l’exploitation un fourrage récolté de sécurité, économe en phyto. Yohann privilégie les mélanges de variétés de blé précoces tolérantes à la septo et avec une bonne capacité de tallage pour réduire à la fois la pression des mauvaises herbes et des maladies.

La MAEC n’a pas bloqué les évolutions avec l’introduction de la betterave, culture réputée "gourmande en herbicide" mais qui a pu être binée deux fois cette année.

Enfin, Yohann a testé en 2019 un traitement de semences au vinaigre sur une partie du blé. Il envisage de le reconduire sur quelques parcelles en 2020, ce qui lui permettra d’abaisser encore plus son IFT.

 

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