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Le Covid 19 fragilise le marché du lait

3 % de lait qui ferait dévisser de 20 euros les 1 000 litres. Alors que le pic de lactation devrait être atteint avec une production profitant à plein de la mise à l’herbe, la crise du coronavirus s’invite sur les marchés laitiers. Au final, les prix sont à la baisse. "Mauvais calcul", pour la FNPL, "la saisonnalité sera rattrapée", selon Sodiaal, alors que tous réclament la régulation européenne.

MA Luherne

Grand air versus confinement. Tandis que les premières vidéos des agri-youtubeurs montraient la joie des vaches mises à l’herbe, le Covid 19 faisait son apparition et les mesures de confinement s’amplifiaient avec des effets dominos insoupçonnés. "Le pic de production saisonnière de lait était prévisible, on y est, sans surproduction", pour Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale adjointe de la FNPL (Fédération des producteurs laitiers). "C’est à peine 3 % de lait en plus par rapport à 2019 mais c’est identique à 2018", situait-elle à la sortie du comité de direction, la semaine passée. "Il faudrait écrêter pour lisser la collecte", alors que le marché lui reste le même, voire se contracte suivant les produits (lire encadré AOP) avec un risque d’effondrement des cours, que la poudre de lait a connu en février. D’où la demande auprès de l’Union européenne "d’une régulation du marché", réclamée par la FNPL ou Sodiaal, prônée également par la Confédération paysanne. "On a l’impression que les industriels privés et coopératifs se servent de ce prétexte pour nous mettre au chantage. On collectera toutes les zones si vous réussissez à écrêter, et on demande à la coopération, Sodiaal, de venir en pompier, collecter des producteurs que certains abandonnent ! En contrepartie, Sodiaal nous applique une saisonnalité globale, à toutes les régions, de moins 20 euros les 1 000 l", dénonce Marie-Andrée Luherne.

Injonctions contradictoires ?
Un bien mauvais calcul selon la présidente de la FRSEA lait Ouest, qui évoque des injonctions contradictoires au regard de l’effet d’ecrêtement recherché. "Baisser le prix va pousser les gens à produire plus de volume pour faire du lait B mieux payé", estime la productrice en Gaec laitier à Sulniac qui constate jusqu’à présent en Bretagne "une collecte qui se passe globalement bien, les camions passent, mais on n’est pas à l’abri", alors que 2020 s’annonçait sous les meilleures auspices. "Tous les clignotants étaient au vert, les négociations commerciales s’étaient plutôt bien passées. Tout est remis en cause, les marchés désorganisés, c’est l’affolement général", résume-t-elle.

Pas de baisse, de la saisonnalité
"Le vrai sujet, c’est le covid 19", défend Pascal Nizan, producteur laitier en Gaec à Lanouée (56), président de la région Bretagne Ouest de Sodiaal*. Et de répondre point par point. Quant à la baisse du prix du lait, l’élu s’en défend , "c’est une saisonnalité accentuée, pour ne pas inciter à produire au maximum. Cette saisonnalité sera redistribuée comme d’habitude en août, septembre et octobre", détaille-t-il. Un prix B plus élevé que le A ? "C’est vrai, mais le B va descendre mécaniquement. En février la tonne de poudre de lait a chuté de 600 euros, ça va se répercuter avec un mois de décalage sur le prix B", prévient-il. Et si Sodiaal a effectivement répondu à l’appel de collecte de producteurs, "c'est parce qu'ils n’étaient plus collectés, en AOP. Quelques PME sont en difficulté. Le consommateur revient à l’essentiel pour se nourrir. On dépanne ces gens-là", note Pascal Nizan en recadrant les préoccupations : "Le maintien de la chaîne est primordial dans la filière agricole et agroalimentaire, c’est ce qui nourrit les Français".

Pascal Nizan

Application stricte de la biosécurité
"Il ne faut pas que l’épidémie se répande. Si on n’a pas d’usine où mettre le lait, on aura du mal à collecter", recentre-t-il sur les enjeux à venir. Alors à tous, producteurs coopérateurs comme salariés, chauffeurs, "on demande une application stricte de toutes les mesures de sécurité sanitaire". Aux producteurs de nettoyer leurs tanks, de garder leurs distances, de mettre à disposition de l’eau, du savon… "Aujourd’hui, ça va, mais dans 8-15 jours ? ", interroge-t-il. "Pour l’instant, on collecte tous nos adhérents, y compris dans le grand Est où des chauffeurs de l’Ouest se sont portés volontaires pour pallier le manque. Là bas, c’est très compliqué. L’organisation fait qu’on arrive à maintenir la collecte partout et à faire tourner les usines. La solidarité a fonctionné dans ces moments difficiles. Les chauffeurs ne sont pas tous rassurés. Je les félicite avec tous les salariés et les remercie de leur engagement", salue-t-il. Même reconnaissance pour Marie-Andrée Luherne : "Je tire mon chapeau à ceux qui travaillent autour de nous".

* Sodiaal : 4,7 milliards de lait collectés, sur 71 départements auprès de 11 764 producteurs avec 9 100 salariés et 70 sites industriels.


   

Les AOP laitières menacées

"Les Français se détournent de nos fromages AOP, allant vers des produits utilitaires et de première nécessité. Pendant ce temps, nos entreprises laitières et producteurs fermiers, en capacité de produire, ne peuvent plus écouler leurs produits. Nous demandons des mesures d’urgence aux pouvoirs publics et appelons les Français à manger du fromage sous signe de qualité et à retrouver leurs habitudes alimentaires d’avant la crise", déplorait dans un communiqué Michel Lacoste, président du CNAO, Conseil national des appellations d’origine Laitières. Les AOP laitières (45 fromages, 3 beurres et 2 crèmes) ont vu fermer leurs principaux débouchés : RHF (5 % des ventes des fromages AOP), grandes surfaces (réduction, voire fermeture des rayons à la coupe, 38 %), fermeture des marchés de plein vent (15 %).

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