Aller au contenu principal
Font Size

Le Covid 19 met  l’emploi sous forte tension

En même temps que le confinement, le gouvernement avait annoncé des mesures exceptionnelles de chômage partiel pour les entreprises. Paradoxalement les secteurs encore en activité - dont l’agriculture - ont très vite soulevé de graves pénuries de main d’œuvre du fait de la fermeture des frontières et des mesures de confinement dans les autres pays européens. La récolte des asperges, des fraises, les soins aux tomates risquent de ne plus être assurés. C’est une course contre la montre qui vient de s’ouvrir pour tenter de faire coller offre et besoins. La FNSEA estime le besoin pour les trois prochains mois à 200 000 personnes, alors que plus de 2,2 millions de personnes sont au chômage partiel, et que des salariés de l'agroalimentaire frôlent la surchauffe ! Point de situation sur l’emploi et les mesures décidées, un marché que le Covid 19 met en très forte tension.

Au Pépin et la plume, une ferme maraîchère du Finistère, les chantiers de récolte et plantation ont été ré-organisés pour limiter tout risque de transmission du coronavirus.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et le ministre de l’Agriculture ont annoncé, le 24 mars, un plan de soutien pour favoriser le recrutement de travailleurs dans la filière agroalimentaire. Certaines entreprises sont en effet aujourd'hui sous tension, et pourraient l'être encore plus notamment si la maladie progresse. 

Faciliter les mobilités
Sont en particulier concernés par ces nouvelles dispositions, les demandeurs d’emploi et les travailleurs indépendants dont l’activité a été interrompue par la crise sanitaire. Également ciblés, les salariés employés par les entreprises en baisse d’activité, susceptibles de répondre aux besoins de main d’œuvre des entreprises de la filière agroalimentaire. Un salarié pourra cumuler son indemnité d’activité partielle avec le salaire de son contrat de travail dans la filière agroalimentaire. À condition, cependant, que son employeur initial donne son accord et respecte un délai de prévenance de sept jours avant la reprise du travail. L’employeur de la filière agroalimentaire qui embauche un salarié en activité partielle devra libérer le salarié de ses obligations sous réserve du même délai de sept jours.En outre, les bénéficiaires du fonds de solidarité pour les très petites entreprises, indépendants, micro-entrepreneurs et professions libérales, pourront cumuler le versement par le fonds (1 500 euros début avril sur demande auprès du site des impôts) avec des contrats courts dans les entreprises agricoles et alimentaires.

200 000 postes à pourvoir en agriculture

Création d'une plateforme nationale
Le ministère du Travail met en place, avec Pôle emploi, une "plateforme dédiée aux secteurs qui ont, dans cette période des besoins particuliers de recrutement" (offres disponibles sans créer de compte, présélection des candidats possibles par Pôle emploi).
Par ailleurs, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé que la prime dite Macron (prime de 1 000 euros défiscalisée) pourra être versée plus facilement, comme le demandait notamment l’interprofession des fruits et légumes (Interfel). Le versement de cette prime ne sera plus soumis à "aucune condition" préalable, a annoncé le ministre sur France Info. "Nous levons l’obligation d’accord d’intéressement", a-t-il notamment précisé. L’obligation d’un tel accord représentait un frein pour les petites et moyennes entreprises, arguait Interfel.

"La grande armée de l’agriculture française"
Didier Guillaume avait quant à lui lancé un appel public à venir travailler dans les champs et les vergers. Invité sur RMC et BFMTV, le ministre de l’Agriculture a appelé "toutes celles et ceux qui n’ont pas d’activité de rejoindre la grande armée de l’agriculture française". "Je veux lancer un grand appel à l’armée de l’ombre, aux femmes et aux hommes qui ne travaillent pas". Il a lancé cet appel à ceux qui sont confinés dans leur appartement ou dans leur maison, en raison de l’épidémie, et qui peuvent être actuellement "serveur dans un restaurant, hôtesse d’accueil dans un hôtel, coiffeur du quartier". "Il y a la possibilité d’avoir 200 000 emplois directs dans l’agriculture. Rejoignez celles et ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine, durable", a-t-il encore martelé.
Les salariés "seront payés par les agriculteurs", "le problème en agriculture n’est pas de payer la main-d’œuvre mais d’en trouver".

180 000 candidatures reçues
Le 24 mars, la présidente de la FNSEA a relayé et précisé l’appel du ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, en évoquant le chiffre de 200 000 postes à pourvoir. Ce chiffre recouvre "45 000 saisonniers nécessaires en mars, 80 000 en avril et autant en mai", a-t-elle détaillé. En temps normal, "plus des deux tiers" de ces besoins sont couverts par des salariés d’origine étrangère, indisponibles pour cause de fermeture des frontières. La FNSEA a mis en ligne la plateforme "desbraspourtonassiette.wizi.farm" pour mettre en relation agriculteurs et salariés potentiels. Le 31 mars, 180 000 personnes étaient inscrites" sur le site.
À ce stade, la Bretagne semble encore épargnée par ces questions d'urgences de récolte. Mieux, les maraîchers notamment bénéficient de la sensibilisation aux questions d'emploi et font même face à des appels directs dans leurs entreprises de personnes qui se proposent spontanément pour travailler. Une situation aussi inédite que celle que nous vivons globalement actuellement et qui met un peu de baume au cœur des professionnels, plus habitués depuis quelques mois à se justifier et à faire face à l'agribashing. Et si finalement cette crise pouvait déboucher sur quelque chose de positif ?

   

Des braspourtonassiette.wizi.farm

"Des personnes sont actuellement disponibles du fait de la fermeture d’entreprises, d’écoles et autres activités. Ils sont étudiants, jeunes retraités, salariés et ont des possibilités de travail complémentaires, des personnes en arrêt de travail forcé", indique le directeur de WiziFarm une startup basée dans la Marne.
Depuis la page web "des braspourtonassiette.wizi.farm", la startup WiziFarm oriente vers la plateforme collaborative "mission.wizi.farm". Celle-ci met en relation gratuitement l’offre des agriculteurs et ceux qui souhaitent travailler. Chaque fois qu’un employeur poste une offre, la plateforme lui propose instantanément des profils triés sur des critères de compétences, de disponibilités, de localisation, de qualification et de centres d’intérêts. Ils ont alors la possibilité d’entrer en contact via une messagerie interne pour définir les modalités de travail (type de tâches, mesures de protection, horaires, rémunération…). 180 000 personnes se sont inscrites sur la plateforme pour candidater pour un travail.

 

 

Au Pépin et la plume, 4 à 5 appels par jour pour chercher du travail

À la fois en période de récolte, de semis et de plantation, la ferme maraîchère Le pépin et la plume (photo ci-contre), à La Roche Maurice, aurait pu craindre une pénurie de main d’œuvre, en ces temps de confinement. C’est sans compter sur les nombreux appels qui, tous les jours, proposent leurs bras, faute de travail dans les autres secteurs d’activité.
"En ce moment, j’ai au moins 4 ou 5 coups de fil par jour, sans compter les agences d’intérim". Alors que le confinement est désormais en vigueur depuis deux semaines, Mickaël Pont, l’un des associés du Pépin et la plume, à La Roche Maurice, continue à recevoir des appels de personnes à la recherche d’un emploi. "Parce que leur usine ne tourne plus, relate le maraîcher. Ou, comme cet esthéticien à son compte, parce qu’il n’a plus ni client ni rentrée d’argent". Des gens, en très grande majorité, qui n’ont jamais travaillé en agriculture, "mais qui sont motivés".

Limiter les risques
Et ça tombe bien car à cette époque de l’année, le travail ne manque pas ! "Actuellement, nous récoltons le navet botte et les épinards. Et les radis ne vont pas tarder", énumère Mickaël Pont. L’exploitation compte aussi un atelier de poules pondeuses. "Et nous avons démarré la plantation des fraisiers, avant d’attaquer tomates et concombres, les pommes de terre, le semis des haricots…".
Sur 25 hectares de SAU, dont 2,5 hectares de vergers et 1,5 de multichapelles, l’exploitation embauche huit permanents, en plus des deux associés. "Actuellement, nous sommes une bonne vingtaine à travailler". Et les habitudes ont été changées pour limiter tout risque d’infection par le coronavirus. "Les chantiers sont désormais plus compliqués à organiser, reconnaît le maraîcher, qui a scindé les équipes, décalé les heures de repas des uns et des autres et géré autrement la pause casse-croûte, en utilisant notamment des gobelets jetables. Nous mettons aussi à leur disposition de quoi se laver et se désinfecter les mains".
Dans un mois, les premières fraises devront être cueillies. "Je ne sais pas encore comment on va gérer la cueillette… si tant est qu’il y ait un marché, s’inquiète Mickaël Pont, qui se félicite néanmoins de travailler avec des salariés locaux. Dans le Sud de la France, certains maraîchers n’ont planté ni tomates ni concombres ni melons, faute de main d’œuvre espagnole ou marocaine pour la récolte". / Chantal Pape

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Cette année, les moissons de céréales affichent de faibles  rendements
Avec le retour du soleil, les moissonneuses sont nombreuses dans les champs de la région ces derniers jours. En revanche, même si…
Tensions autour  de la PAC
L'Allemagne a pris la présidence du conseil des Ministres depuis le 1er juillet. Elle se fixe pour principale tâche de finaliser…
Porc : dix groupements visent le mâle entier en 2022
Dix organisations de producteurs de porcs se positionnent pour le mâle entier à partir de 2022. Une information à l'attention de…
Nouveau cadre financier pour 2021-2027 : Quelles conséquences pour la réforme de la Pac ?
Les discussions entre les dirigeants européens qui ont abouti à un accord le 21 juillet ont porté sur les enveloppes budgétaires…
Revenu des agriculteurs : l’objectif de deux Smic est hors d’atteinte
Les revenus bruts par actif agricole non salarié avoisinent plutôt le Smic. Seuls les producteurs de porcs, de volailles standard…
Un observatoire pour lutter contre l'agribashing
La cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole Demeter se décline dans les départements. En Ille-et-Vilaine, la…
Publicité