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Le Gaec des Chênes préfère  une gestion durable de ses haies

Avec un linéaire de dix-neuf kilomètres de haies, le bien-nommé Gaec des Chênes, à Plougonven (29) a mis en place, il y a des années déjà, une gestion durable de ses arbres, produisant du bois bûches, des plaquettes vendues via la Scic Coat bro Montroulez et de la litière pour ses génisses. Distinguée d’abord au niveau régional, l’exploitation a remporté cette année le premier prix national agroforesterie.

Au Gaec des Chênes, à Plougonven, l’entretien s’adapte à chaque haie.

Déjà, tout petit, ça me faisait mal au cœur quand on abattait des arbres". Si l’agroforesterie est à la mode depuis peu, cela fait bien des années que le sujet intéresse Michel Gourvil. Producteur de lait à Plougonven, en retraite depuis peu, il a transmis sa passion à son fils Loïc, qui vient de reprendre l’exploitation. Et c’est ce dernier qui s’est déplacé fin février au Salon de l’agriculture, à Paris, pour recevoir le premier prix du concours national agroforesterie, catégorie gestion, mis en place par le concours général agricole.

Des plaquettes pour chauffer des piscines
Ce prix est venu récompenser leurs bonnes pratiques au quotidien pour gérer les 19 kilomètres de haies et les 5 hectares de bois taillis que compte leur exploitation laitière de 125 hectares, passée à la bio il y a deux ans maintenant. "Nous avons abandonné le lamier il y a presque 15 ans, se souvient Michel. Je ne voulais plus pousser les branches dans un coin et y mettre le feu".
Depuis, les haies sont entretenues à la tronçonneuse. "L’entretien s’adapte à chaque haie, en faisant en sorte que ce soit une opération durable dans le temps", précise l’agriculteur, qui préserve les arbres d’avenir, pour les valoriser plus tard en bois d’œuvre, et coupe le bois bûche dont il a besoin pour chauffer sa maison. "Le reste du bois est déchiqueté par la Scic Coat Bro Montroulez, à Pleyber Christ, qui le stocke puis le vend pour chauffer des piscines, des maisons de retraite, des particuliers…".

De la litière pour les animaux
"À un moment, la Scic avait trop de plaquettes et nous a proposé de nous en servir comme litière pour les animaux", rappelle Michel, qui l’a testé pour ses génisses, en stabulation durant l’hiver. "On en épand une bonne couche, 15 cm, au godet. Et on rajoute de la paille au fil de la saison". Une solution qui lui donne entière satisfaction. Une fois la stabulation vidée, les plaquettes seront compostées pendant un an, avant d’être épandues au champ, sans aucune difficulté. "Au moment du broyage, il faut trier les essences, en préférant le bois blanc, indique Loïc. Et produire des plaquettes plus petites". De quoi leur assurer désormais un nouveau débouché.

Abattu, rangé et livré
Concrètement, les agriculteurs déclarent tous les ans les volumes approximatifs qu’ils comptent abattre et la Scic organise une tournée pour son broyeur, "avant le semis de maïs, pour dégager les parcelles". Pour gagner du temps, le bois doit être bien rangé. Si les Gourvil se sont équipés d’une pince sur leur télescopique, "pour un produit plus propre, sans terre", un grappin sur le tracteur peut aussi faire l’affaire.
Dans le secteur, quatre agriculteurs travaillent avec la Scic et, selon les années, le broyeur reste sur place de 2 à 4 jours. "Comme pour l’ensilage, nous nous entraidons pour livrer les plaquettes jusqu’à la seconde plateforme de la Scic, à Plougonven". Bon an mal an, les Gourvil vendent ainsi 100 à 150 tonnes de plaquettes, au tarif de 32,5 €/t. "Ça paie largement le temps qu’on y passe", estime Loïc, satisfait de constater que les efforts menés depuis des années pour gérer les haies permettent aujourd’hui de dégager un revenu sur l’exploitation. "Finalement, le bois n’est pas si gourmand que ça en main d’œuvre. Le lamier demande aussi du temps. Et il faut le passer bien plus régulièrement que la tronçonneuse".

Une parcelle entourée d'arbres sert de "local" de vêlage, les vaches y mettent bas tranquillement, à l'abri

De nombreux effets bénéfiques
Si Michel Gourvil aime les arbres et continue à implanter des haies, c’est aussi parce qu’il constate au quotidien leur effet bénéfique. "Elles abritent les animaux de la chaleur en été et des intempéries en hiver". Située à proximité immédiate du bâtiment et entourée d’arbres, la parcelle qu’il a présentée au concours d’agroforesterie lui sert d’ailleurs de "local" de vêlage : faciles à surveiller, les vaches y mettent bas, à l’abri.
"En cas de canicule et sécheresse, les haies, en créant un micro-climat, ont un impact positif sur la végétation", rajoute Jérémie Guy, technicien bocage à Morlaix communauté. "L’herbe reste plus verte au pied des arbres". De leur côté, Loïc et Michel Gourvil ont noté un effet sur le maïs. "Certes, les premiers rangs pâtissent un peu. Mais les rangs suivants sont nettement plus hauts que le reste de la parcelle", note Loïc. "Et on a moins de dégâts de taupin, car le maïs démarre plus vite, analyse son père. C’est flagrant". "La haie est aussi une barrière naturelle efficace, détaille Jérémie Guy. Elle retient l’eau en hiver et évite inondations et érosion. Et joue un rôle dans l’amélioration de la qualité de l’eau". Michel Gourvil apprécie également son effet sur la biodiversité. "D’ailleurs, hormis pour le bois bûche, je n’enlève plus le lierre", explique l’agriculteur. Déchiqueté par le broyeur, il aura auparavant servi d’abri à de nombreux insectes pendant l’hiver. "Le lierre est aussi une des dernières plantes à fleurir et est apprécié des abeilles, constate Jérémie Guy. Et ses baies vont nourrir les oiseaux une bonne partie de l’hiver".

Plus autonome
Recherchant toujours plus d'autonomie fourragère pour l’alimentation de son troupeau, Loïc voit avec satisfaction que sa production de bois compense en partie la consommation d’énergie de l’exploitation. "On estime qu’une tonne de bois équivaut à 360 l de fioul. Je produis donc l’équivalent d’au moins 36 000 l tous les ans".

 

 

Au tour du Morbihan

On connaissait déjà le concours des prairies fleuries, créé en 2010 à l’initiative des parcs nationaux et des parcs naturels régionaux. Depuis peu rebaptisé concours des pratiques écologiques, il se déroule dans le cadre du concours général agricole (CGA), du Salon de l’agriculture, à Paris. Et après sélection départementale, il récompense les exploitations dont les pratiques permettent de maintenir la biodiversité des prairies naturelles, zones humides, landes ou bocage, tout en étant source de revenu pour l’agriculteur.
Un peu sur le même modèle, un concours agroforesterie vient d’être lancé par le CGA. Et la Bretagne s’est distinguée, le Gaec des Chênes, à Plougonven (29) remportant le premier prix dans la catégorie gestion, pour la valorisation de ses haies en bois bûche, plaquettes et litière pour les animaux. "C’est un concours lourd à organiser et qui mobilise beaucoup de monde", note Jérémie Guy. La région a donc fait le choix de ne faire concourir qu’un département par an. Après le Finistère, l’an dernier, c’est le Morbihan qui entre en course cette année.
Le concours vous intéresse ? Prenez contact avec le conseiller bocage de votre secteur (chambre d’agriculture, syndicat d’eau, communauté de communes…).

 

  

Plantez des haies !

De gauche à droite, Jérémie Guy, technicien bocage à Morlaix communauté, Loïc et Michel Gourvil, agriculteurs dans le Finistère qui ont été distingués pour leurs bonnes pratiques de gestion des haies et de bois taillis.
De gauche à droite, Jérémie Guy, technicien bocage à Morlaix communauté, Loïc et Michel Gourvil, agriculteurs dans le Finistère qui ont été distingués pour leurs bonnes pratiques de gestion des haies et de bois taillis.

À l’automne prochain, Loïc Gourvil va profiter du programme Breizh bocage régional pour planter 1,5 km de haies, sur des talus nus, pour couper une grande parcelle en deux ou pour servir de barrière naturelle le long d’un chemin d’accès qu’il vient d’aménager pour ses vaches. Un choix désormais partagé par de nombreux agriculteurs. "Tous les ans, Morlaix communauté enregistre 6 à 9 km de plantation, indique Jérémie Guy. En 2020, 20 km ont déjà été programmés. Mais il faudra prioriser, tout ne pouvant pas être réalisé à l’automne prochain". Il faut dire que les conditions sont avantageuses : si Breizh bocage prend en charge 80 % des dépenses d’implantation de la haie, du travail du sol à la fourniture des plants, Morlaix communauté finance les 20 % restants. "Certaines exploitations, qui se dirigent vers plus d’herbe, implantent des haies pour abriter les animaux. D’autres construisent un talus de ceinture pour protéger une zone humide". Des haies et talus qui s’adaptent aux exigences actuelles de mécanisation des exploitations.
Et aux chêne ou châtaignier, peuvent être rajoutés merisier, pommier sauvage poirier commun, noisetier, prunellier ou néflier pour favoriser la biodiversité. "Et pourquoi ne pas planter des noyers, s’interroge Michel Gourvil. On pourrait récolter des noix…".

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