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Les agriculteurs sous la loupe de l'Insee

Les chiffres agricoles de l'Insee confirment les impressions du terrain mais alertent sur la baisse du nombre d'agricultrices. En 2019, il y a quatre fois moins d'agriculteurs qu'il y a quarante ans. La proportion passe de 7,1 % des actifs à 1,5 %. Si cette baisse ne surprend pas, la masculinisation du métier interroge. 73 % des agriculteurs sont des hommes aujourd'hui alors qu'ils ne représentaient que 61 % en 1982.

© Canva

Proportion hommes/femmes, âge des exploitants, durée du travail, les chiffres de l'Insee permettent de poser un regard objectif sur des ressentis souvent pessimistes en zone rurale. La lecture clinique des statistiques permet cependant de confirmer un délitement du nombre d'agriculteurs.

 

1,5 % de la population active

En effet, l'an dernier 400 000 personnes sont recensées comme agriculteurs dans leur emploi principal (1,6 million en 1982). Parmi eux, 7 % effectuent des activités liées à l'exploitation de ressources naturelles mais ne possèdent pas d'exploitation agricole ; ils sont entrepreneurs de travaux agricoles, exploitants forestiers, patrons pêcheurs ou aquaculteurs. Ainsi, le contexte de gain de productivité du travail agricole et l'augmentation de la taille des exploitations est confirmé. Cependant, contrairement à l'idée reçue, le nombre d'ouvriers agricoles a lui aussi baissé, dans une moindre mesure, passant de 310 000 en 1982 à 250 000 en 2019. Un chiffre qui s'interprète aussi au regard du pourcentage d'agriculteurs n'employant aucun salarié (69 %). Plus de la moitié des agriculteurs faisant appel à du salariat n'ont qu'un seul ouvrier.

Contrairement à l'idée reçue, le nombre d'ouvriers agricoles a lui aussi baissé.

Un effectif en baisse constante

En 2019, 55 % des agriculteurs ont plus de 50 ans ou plus. 13 % des agriculteurs ont 60 ans et plus, contre 3 % des personnes en emploi. Les agriculteurs constituent ainsi, et de loin, le groupe socioprofessionnel comportant proportionnellement le plus de seniors en activité. À l'inverse, seul 1 % des agriculteurs ont moins de 25 ans. Selon le rapport prospectif de France stratégie, l'agriculture est l'activité qui perdra le plus grand nombre d'emplois d'ici 2022 dans l'Hexagone. Selon cette même étude, il y aurait 182 000 postes à pourvoir sur la décennie mais il y aurait aussi dans le même temps 258 000 départs en fin de carrière.
Trois facteurs expliquent cette forte baisse. Le premier concerne la pyramide des âges de cette profession qui attire de moins en moins de jeunes et dont l'âge médian est aujourd'hui de 47 ans. La France "perd entre 1,5 % et 2 % de chefs d'exploitation par an", assure un responsable de la MSA. Depuis une dizaine d'années, les installations de nouveaux agriculteurs ne compensent pas les départs. La deuxième raison est technique. Le secteur agricole ne cesse de faire des gains de productivité grâce aux constantes innovations et la troisième explication est économique. La production agricole malgré d'importants gains de productivité perd du terrain par rapport à ses principaux concurrents. Le pays est ainsi passé du deuxième rang mondial des exportateurs de denrées agricoles à la cinquième position derrière les Pays-Bas, l'Allemagne et désormais le Brésil en une décennie.

 

Temps de travail constant

La très grande majorité des agriculteurs travaillent le week-end. En 2019, 88 % d'entre-eux ont travaillé au moins un samedi au cours des quatre dernières semaines et 71 % au moins un dimanche. Les agriculteurs déclarent un temps de travail hebdomadaire bien supérieur à celui de l'ensemble des personnes en emploi, avant 55 heures par semaine en moyenne contre 37 heures pour les personnes en emploi. De plus, du fait d'un nombre de congés réduit, leur durée annuelle effective exède de 65 % celle du reste de la partie active.

 

Vers une masculinisation du métier

chiffres agricoles de l'Insee

À l'instar de l'agriculture, certains métiers "mixtes" sont devenus "à dominance masculine". 61 % des agriculteurs étaient des hommes en 1982, ils sont 73 % en 2019. L'écart avec l'ensemble des personnes en emploi se creuse puisque 59 % de la population active était des hommes il y a 40 ans alors qu'ils représentent 52 % aujourd'hui. La part des hommes n'a cessé d'augmenter alors que l'ensemble des emplois s'est féminisé. Suivant les secteurs, les hommes représentent jusqu'à 90 % (ETA, exploitants forestiers indépendants...) des effectifs. Le recul de la part des femmes s'explique par le fait qu'il y a de moins en moins de conjointes d'agriculteurs qui sont elles aussi agricultrices. En 1982, près de 60 % des hommes agriculteurs avaient une conjointe agricultrice ; cette proportion est de 19 % en 2019.

 

3 questions à... Marie-Hélène Briand, administratrice à la FNSEA, commission agricultrice

chiffres agricoles de l'Insee

Comment interprétez-vous la masculinisation du métier d'agriculteur ?

Marie-Hélène Briand. Les chiffres sont toujours soumis à interprétation et plusieurs explications peuvent se superposer. Quand on regarde les statistiques, on s’aperçoit que la baisse du nombre d’agricultrices est relativement proportionnelle à celle des agriculteurs. Elles ont toujours été moins nombreuses que leurs homologues masculins et pendant longtemps leur travail n’était pas reconnu. Depuis l'obligation pour les femmes qui "donnait un coup de main" de choisir un statut qui soit cheffe d'exploitation, salariée ou conjointe collaboratrice, les femmes choisissants ces deux derniers statuts ne rentrent pas dans les chiffres des exploitants agricoles. Aujourd’hui ce n’est plus un métier subit, on ne devient plus agricultrice en épousant un agriculteur. C’est un choix de carrière et la reconnaissance de ce choix se fait via leur statut de cheffe d’exploitation. La baisse de leur nombre peut aussi s'expliquer (comme pour les agriculteurs) par le départ à la retraite et le non renouvellement de la population agricole. Enfin, la santé des entreprises agricoles a pu encourager certaines femmes à chercher un travail à l'extérieur pour apporter un revenu stable.

En tant qu'administratrice à la commission nationale des agricultrices, quelle est votre position sur le statut des femmes en agriculture ?

MH.B. Nous revendiquons le droit aux femmes à devenir cheffe d'exploitation, voir salariée. Certes, le statut de conjoint collaborateur permet d'éviter certaines charges aux exploitations mais cela amoindri profondément le niveau de la couverture santé et des retraites des femmes. Le choix du conjoint collaborateur ou du salariat ne permet pas non plus aux femmes d'être complétement décisionnaires dans la stratégie des exploitations. Notre travail a permis le vote d’un amendement allant dans le sens d’une plus grande protection du conjoint travaillant sur l’exploitation. En l’absence de choix, le conjoint est depuis réputé avoir travaillé en tant que salarié de l’exploitation.

La baisse de femmes cheffes d'exploitations est-elle un problème dans la représentativité en OPA ?

MH.B. Si nous devions arriver à un taux de représentativité au sein des OPA, nous devrions avoir aujourd’hui ¼ d’agricultrices au sein de ces instances. La baisse du nombre d’agricultrices diminue d’autant le nombre de celles susceptibles d’être intéressées par une prise de responsabilité. Les agricultrices sont aussi confrontées à de multiples freins. Notamment leur rôle familial, le manque d’accompagnement à la prise de responsabilité, un parcours différent pour accéder au conseil d’administration des OPA. La CNA travaille activement à la levée de ces freins afin que les agricultrices qui le souhaitent puissent prendre part aux prises de décisions au sein de conseil d’administration.

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