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Intégrer la biodynamie dans la conduite des cultures et des prairies

Dominique Massenot est un agronome indépendant dont l’activité est centrée sur la formation et le conseil sur la fertilité des sols et la vulgarisation de l'agriculture bio-dynamique. Il viendra mi-décembre en Bretagne pour deux journées de formation technique.

La certification Demeter est aujourd’hui confidentielle en Bretagne. Quelques-uns passent le pas. Entre curiosité, recherche d’une communauté de valeurs et peut être demain une opportunité de valoriser des pratiques de polyculture-élevage, ces deux jours peuvent accompagner une réflexion.

 

Modifier son cadre de références

Dominique Massenot le dit d’emblée : la biodynamie ne remet pas en cause les règles de base de l’agronomie. Il ne s’agit pas non plus de croire, sans confronter les pratiques biodynamiques à l’examen attentif des résultats obtenus. Néanmoins, la biodynamie requiert d’élargir son cadre de référence. Rudolf Steiner, fondateur de la biodynamie, évoque dans ses préceptes des liens particuliers ente les organismes vivants et leur écosystème qui ne se limite pas "à notre vieille planète".

Steiner distingue schématiquement trois niveaux d’organisation du vivant : la matière, l’énergie et l’astral. Si les plantes expriment davantage les forces éthériques (ou énergétiques), ce sont les animaux qui représentent les forces astrales. À l’échelle de l’exploitation ou de la petite région, un véritable équilibre implique une répartition de l’espace entre cultures, prairies et forêts. Le développement des parasites ou nuisibles traduit dès lors un déficit ou un déséquilibre énergétique sur lequel il faut intervenir.

Le travail de l’agriculteur biodynamiste consiste à rééquilibrer les interactions entre la terre et le cosmos par l’application de silice et de calcaire, deux substances utilisées en tant que récepteurs des forces cosmiques. La fertilisation repose, en biodynamie, sur l’apport de substances issues de la vie. Elle vise à apporter au sol un certain degré de vitalité. Le compostage en tas est, selon Steiner, le meilleur moyen de restituer au sol des forces "éthériques et astrales". Son action peut être améliorée par l’apport de plantes médicinales selon les effets attendues : achillée millefeuille, camomille, ortie, écorce de chêne peuvent être intégrées au sein du tas…

 

Le cahier des charges Demeter : passer des concepts à la pratique agricole

La certification Demeter passe par le respect d’un cahier des charges. Comme en agriculture biologique, la certification implique la contractualisation auprès d’un organisme certificateur. Celui-ci atteste de la conformité des pratiques de l’exploitation au regard du cahier des charges Demeter. Celui-ci comprend des engagements sur l’ensemble de la ferme. Parmi les éléments clés figure l’utilisation de préparations élaborées à partir des indications de Rudolf Steiner. La quantité d’azote est plafonnée à 112 kg d’azote par hectare et le recours à de la fumure organique venant du commerce est limitée. Les domaines agricoles sans ruminants ou équidés ne sont, en règle générale, pas certifiables Demeter. Le taux de chargement est limité à 2 UGB/ha maximum. Les cornes des bovins sont un élément essentiel du développement des forces de vie, l’écornage est interdit. Un engagement dans le maintien et le développement de la biodiversité est aussi demandé.

 

Jean-Louis Le Roch, Agriculteur à Ménéac (56)

Une conversion Demeter pour mieux valoriser ses pratiques et ses produits bio

Jocelyne et Jean-Louis Le Roch se sont engagés dans la production biologique dès 1996. À l’époque, leur démarche s’est inscrite en réaction à la crise de la vache folle, avec la recherche d’un autre modèle de production et de commercialisation. Les circuits courts ont dès lors pris une place importante dans la commercialisation des produits de la ferme, avec une vigilance sur les attentes des consommateurs. Après s’être engagés dans des démarches collectives de filières telle que la Terre à la Bière pour l’orge brassicole et la production de légumes via Bio Breizh, Jocelyne et Jean-Louis se sont lancés dans la production et la commercialisation de plants de pomme de terre bio. La recherche de circuits à haute valeur ajoutée est toujours privilégiée : le colza graine est vendue à une huilerie. Le blé et petit épeautre sont à destination de la boulangerie.

 

Qu’est-ce que vous a conduit à un engagement Demeter en 2018 ?

Jean-Louis Le Roch. Nous avons tout d’abord été sensibles à l’approche de Monsieur et Madame Bourguignon sur l’importance d’une agriculture agro-sylvo-pastorale. C’est ce que nous mettons en place depuis de nombreuses années. Nous avons toujours gardé de l’élevage sur notre ferme, nous avons planté de nombreuses haies et nous veillons à protéger nos sols par une rotation longue, des couverts et des labours occasionnels. Cette vision de la ferme est proche du concept du « Domaine » de la biodynamie. Nous avions donc quelques clés pour comprendre les concepts de Steiner que nous avons approfondis par des lectures et des journées de stage théoriques avec le Mouvement de l’agriculture biodynamique (MABD).

 

Pourquoi s’engager dans une certification supplémentaire à l’AB ?

J-L.L.R. Nous souhaitons valoriser des pratiques qui répondent aux attentes des consommateurs : les fumiers épandus sur les terres sont issus de l’agriculture biologique, nos semences répondent au cahier des charges de Bio Breizh. La biodynamie permet la reconnaissance de ces pratiques qui vont au-delà du cahier des charges bio européen. La certification Demeter est également reconnue dans plus de 50 pays, cela offre des opportunités supplémentaires, notamment pour la commercialisation de nos plants de pomme de terre.


Qu’est-ce qui a changé sur votre ferme depuis cette conversion ?

J-L.L.R. Les points les plus importants concernent la couverture systématique des tas de fumiers au champ. Nous avons démarré l’épandage de préparations, notamment la 500P à l’automne et la silice au printemps. D’autres points sont plus délicats à mettre en œuvre : l’utilisation de cuivre sur les pommes de terre relève d’une dérogation vis-à-vis du cahier des charges Demeter. Nous testons depuis un an des solutions alternatives et des méthodes de cultures pour limiter cet usage autant que faire se peut en production de plants de pomme de terre. Nous sommes aussi très intéressés par des formations et des échanges avec d’autres producteurs avec lesquels on peut partager nos savoir-faire et progresser sur la mise en place pratico-pratique des préceptes de la biodynamie en cohérence avec nos contraintes de travail.

 

 

 

 

 

Formation les 17 et 18 décembre

Deux jours de formation sont organisés les 17 et 18 décembre prochain à Rennes et Ploërmel. L’objectif est de se familiariser avec les concepts de la biodynamie en lien avec l’agronomie. Il s’agit aussi de raisonner en synergie les itinéraires culturaux et l’utilisation de préparation. La ferme de Jocelyne et Jean-Louis Le Roch fera l’objet d’une visite en 2e journée.


CONTACT / INSCRIPTION : Soazig Perche - 02 23 48 27 38.

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