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Intégrer la transition écologique au développement agricole

Climatologue mondialement reconnu, le Breton Jean Jouzel est, à 72 ans, un acteur majeur du débat sur le changement climatique. Il estime "qu'aujourd'hui et dans les prochaines décennies, il est vital de modifier en profondeur notre mode de développement et que le monde agricole a un rôle à jouer". À noter qu’il participera, avec d’autres personnalités, au forum "Les Agriculturels" organisé par l’association l’École des filles le 21 juillet à Huelgoat (29).

Jean Jouzel, climatologue et glaciologue français, membre de l'Académie 
des sciences
Jean Jouzel, climatologue et glaciologue français, membre de l'Académie
des sciences
© Terra

La situation climatique est-elle aussi dramatique qu'annoncée ?
Jean Jouzel. La situation d'aujourd'hui n'est pas aussi dramatique que ce qui se dit parfois, mais il faut s'attendre à avoir un climat très différent dans les prochaines décennies. Le monde agricole est sensible à certaines extrémités comme les sécheresses dont il subit directement les effets. Pour l'exemple, les rendements en blé n'ont cessé d'augmenter depuis les années 50 jusqu'aux années 90. Or, ils stagnent depuis vingt ans. L'Inra estime que cette situation est une conséquence du climat.

Compte tenu de l'urgence, les agriculteurs européens auront-ils le temps de trouver des solutions et de les mettre en place ?
J.J. Tout dépendra de comment nous allons nous comporter. De là, résulteront les effets. Il ne faut pas voir la question climatique uniquement sous l'angle des contraintes, ce sont aussi des opportunités. Des transitions absolument nécessaires doivent avoir lieu dans le domaine des énergies renouvelables. Or, les terres appartiennent aux agriculteurs qui pourront s'emparer des compétences sur le solaire, l'éolien ou la méthanisation. Le monde agricole perçoit le lien très clair qui existe entre le climat et leur métier et il se sent de plus en plus concerné. Il faut que chacun intègre cette réalité ! Il y a des solutions, des adaptations à mettre en place, notamment en évitant l'implantation de cultures à irriguer. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable mais intégrer cette transition à son développement.

Quel impact le changement climatique peut-il avoir sur les agriculteurs bretons ?
J.J. Les Bretons ne sont pas les plus vulnérables, mais il y aura sans doute moins d'eau dans les sols. D'ici trente à cinquante ans, les rivières pourraient perdre de 30 à 60 % de leur flux. En France, les zones du pourtour méditerranéen et du Sud-Ouest seraient les plus concernées avec des risques sur la production viticole. Certains pourraient y voir l'opportunité d'installer des vignes en Bretagne ! Mais les conséquences globales sont moins amusantes. Une révolution agricole est nécessaire. Ces changements passeront par l'application de l'agro-écologie ou la conduite en agriculture bio... pour ce faire, l'agroalimentaire est aussi largement concernée.

Que pensez-vous des initiatives des filières (beef carbone, ferme bas carbone) pour répondre à ces enjeux ?
J.J. L'agriculture contribue aux émissions de carbone pour 50 %, le reste étant attribué à la mobilité, l'urbanisme... Toutes les initiatives qui diminuent ces impacts sont à valoriser. Les agriculteurs doivent être vigilants sur la provenance de leurs émissions que ce soit sur l'élevage, l'utilisation des engrais ou la nourriture des animaux. Cependant, ils peuvent aussi stocker du carbone en adaptant leurs conduites culturales, c'est un vrai enjeu pour réduire l'impact carbone. Enfin, ils peuvent se saisir de certaines opportunités comme les énergies pour assurer leur développement. Si c'est anticipé, l'agriculture sera prête et toute désignée à relever ces défis et à en bénéficier.

Les annonces gouvernementales sur le sujet, autour de la COP 21, puis des accords de libre-échange, vous satisfont-ils ?
J.J. L'objectif de la COP 21 est clair, la température ne doit pas augmenter de plus de deux degrés d'ici 2100. Pour y parvenir, il faut miser sur un développement plus local qu'international. Les accords de libre-échange du Ceta et du Mercosur ne vont pas dans ce sens. J'entends ici et là que si les accords commerciaux sont signés, cela encouragera les pays concernés à respecter l'engagement de la COP ​​​​​​​21, je trouve l'argument très faible ! L'ambition doit être au contraire de relocaliser les activités. Il faudrait diviser par deux nos émissions entre 2020 et 2030 pour ne pas dépasser les 1,5°C. Cela semble très difficile mais c'est nécessaire. Ce ne sont plus aux générations futures que nous ajoutons des degrés, c'est aux jeunes d'aujourd'hui. C'est très égoïste. Nous devons mener une réflexion éthique pour permettre une justice entre les générations.

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