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Je lance un appel à la cohésion du monde agricole

André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère, revient sur la manifestation du jeudi 11 février devant le siège de la chambre d’agriculture à Quimper.

André Sergent
Président de la chambre d'agriculture du Finistère
André Sergent
Président de la chambre d'agriculture du Finistère
© Terra

Quelle est votre première réaction suite à cette manifestation ?

André Sergent. Cette manifestation nous a tous interpellés. Elle traduit malheureusement le profond désarroi qui règne dans nos campagnes et la détresse de bon nombre de nos collègues agriculteurs et de leurs familles. Je les côtoie tous les jours et je comprends leur désespoir. Je leur rappelle toutefois que la chambre d’agriculture est un outil qui appartient aux agriculteurs et que les salariés qui travaillent dans cette maison sont au service de tous les agriculteurs.

Je note que cette action s’est déroulée sans bannière syndicale, sans porte-parole et sans revendications claires. Un certain nombre d’agriculteurs présents avaient simplement reçu un SMS les appelant à se rendre à Quimper sans indication du lieu visé. Les manifestations sont nécessaires car la détresse doit s’exprimer. Mais cette expression doit être encadrée par les syndicats dont c’est le rôle.

Qui est à l’origine de cette action et que souhaitez-vous leur dire ?

A.S. Je déplore la manipulation qui a lieu actuellement dans le sud du département. Quelques personnes mal intentionnées et rarement visibles lors des manifestations, font circuler des SMS pour mettre de l’huile sur le feu, quitte à diffuser de fausses rumeurs. Elles exploitent ainsi le désespoir de bon nombre d’agriculteurs.

Je sais que des SMS circulent encore à propos du voyage d’études que nous avons effectué l’année dernière avec des chiffres démesurés sur le coût de ce déplacement. De tous temps, l’agriculture bretonne s’est développée chaque fois qu’elle est allée voir ailleurs et c’est un devoir pour les responsables de toutes les organisations agricoles. On ne prépare pas l’avenir en restant chez soi.

En misant sur la division du monde agricole, les instigateurs de ces mouvements se trompent lourdement car ils font le jeu de l’État et de la grande distribution. Mais c’est surtout un "jeu dangereux" dont les conséquences pourraient être très graves. Les personnes à l’origine de ces mouvements doivent mesurer cela. Je les invite par conséquent à sortir de l’anonymat et à retrouver le chemin du dialogue et de l’implication dans nos organisations agricoles pour faire bouger les choses.

Que répondez-vous à ceux qui s’interrogent sur le rôle de la chambre d‘agriculture dans cette crise ?

A.S. Dans la crise que nous traversons, cette question est légitime car nos actions ne sont pas toujours visibles. Quand on sait que le différentiel de dépense publique entre l’Allemagne et la France représente 30 € par cochon, on mesure la responsabilité de l’État dans la crise que nous traversons. D’où les débats parfois tendus que nous avons avec ses représentants sur les problèmes de compétitivité et d’identification de nos productions. Nous ne devons pas occulter pour autant la question de la réorganisation de nos filières pour un meilleur rapport de force entre la production et la distribution. On ne peut plus se contenter d’un marché "poussant" alors que le prix se construit avec un marché "tirant" basé sur la segmentation attendue par le consommateur.

Comment cette manifestation a-t-elle été perçue dans la campagne finistérienne ?

A.S. Depuis vendredi, j’ai reçu énormément d’appels et de témoignages de soutien d’agriculteurs. Des messages d’encouragement aux actions que les élus et les salariés de la chambre d’agriculture mènent sans relâche pour défendre les intérêts des paysans de ce département, pour rechercher toutes les pistes d’adaptation possibles et pour leur donner surtout des perspectives. Nous sommes réalistes sur les difficultés auxquelles nous devons faire face mais nous restons déterminés.

Ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise. Face à la gravité de la période que nous traversons, le monde agricole a surtout besoin de cohésion.

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