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"Je suis fier d'avoir installé un jeune"

Producteur de porcs à Plouigneau pendant près de 40 ans, Roland Derrien a voulu transmettre son élevage à un jeune plutôt que de le voir partir à l'agrandissement. Pari réussi avec l'installation, il y a près de deux ans, de Mathieu Legaret. Portraits croisés de deux passionnés qui se sont donnés les moyens d'atteindre leur objectif.  

"Je suis un jeune retraité heureux". Installé en 1980 sur l'exploitation de ses beaux-parents, qui ne comptait que 6 ha, Roland Derrien se lance dans la production porcine. Parti de 56 truies naisseur-engraisseur, l'élevage-type de l'époque, il atteint l'effectif de 175 truies et une SAU de 45 ha. "Mise aux normes bien-être des truies, remplacement des caillebotis en engraissement... j'ai investi jusque mes dernières années d'activité", se souvient l'éleveur, qui avait une idée bien précise en tête, "céder mon exploitation à un jeune. J'y travaillais avec un salarié, je savais qu'elle pouvait faire vivre une famille".

Quand le courant passe...

Après avoir interrogé ses enfants, qui ne sont pas intéressés, Roland Derrien fait savoir autour de lui qu'il cherche à transmettre son élevage. Et c'est le bouche-à-oreilles, "des relations communes", qui l'amène à rencontrer Mathieu Legaret, 35 ans, papa de trois jeunes enfants. "J'étais salarié en élevage de porcs depuis 13 ans. Mes collègues s'installaient les uns après les autres. Ils m'ont motivé à franchir le pas". Début 2017, il commence à chercher un élevage à reprendre et rend visite à Roland Derrien. "Aussitôt, le courant passe", indique ce dernier. Et après un tuilage de trois mois, durant lequel Mathieu est salarié de l'élevage, il s'installe au 1er janvier 2018.

Habiter sur place

"C'est un élevage que j'ai créé... J'ai un peu de mal à décrocher". L'an passé, Roland Derrien s'y rend tous les matins, aidant bénévolement Mathieu. "Cette année, je lui ai dit qu'il pouvait m'appeler s'il avait besoin d'aide". Une aide que Mathieu apprécie et sollicite régulièrement.

De son côté, l'épouse de Roland, infirmière, n'a pas souhaité vendre leur maison d'habitation, "sa maison natale", située à l'entrée de l'élevage. "Pour le moment, Mathieu et sa femme la louent. Et nous habitons à 200 m de là, dans une longère que nous avions retapé et que nous louions". Mais là encore, le temps fait son oeuvre. "Nous sommes maintenant prêts à la vendre à Mathieu, qui doit pouvoir habiter sur place pour gérer les alarmes, les livraisons...".

Un outil en état

Un conseil à donner aux cédants ? "Si je n'avais pas investi pratiquement jusqu'à mon départ en retraite et gardé mon outil en état, j'aurai eu plus de mal à transmettre", explique Roland Derrien. Ce que confirme Mathieu Legaret. "Trop de travaux à faire peuvent faire peur au repreneur". De son côté, le jeune éleveur apprécie le coup de main offert par le cédant. "J'ai toujours travaillé dans des structures importantes, avec des postes spécialisés. Je n'ai jamais fait de cultures. Et il aurait été compliqué de gérer 45 ha sans l'appui de Roland".

"Aujourd'hui, je suis fier d'avoir installé un jeune", indique Roland Derrien, qui avoue avoir fait des efforts, "notamment au niveau du prix". Mais sa philosophie est claire, "y'a pas que l'argent dans la vie ! Savoir que mon élevage a été repris, voir ses trois enfants fréquenter l'école du hameau... Ca vaut tout l'or du monde".

 

Y réfléchir 5 à 10 ans à l'avance

La semaine de la transmission, qui a posé ses valises à Pleyben le 22 novembre dernier, a été l'occasion pour la chambre d'agriculture de rappeler qu'une transmission réussie s'anticipe ! "C'est une étape complexe, affirme Marie-Isabelle Le Bars. Il faut penser aux aspects fiscaux, déterminer la valeur de l'exploitation, réfléchir au devenir de la maison, trouver un repreneur... Mais aussi se "désemplir" de l'exploitation pour laisser la place à un nouveau projet".

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