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Jérémy Decerle, Député européen et ancien président des Jeunes agriculteurs : "PAC, il est temps de refaire de l’installation une priorité"

Invité à participer aux travaux de l’assemblée générale des Jeunes agriculteurs du Finistère, Jérémy Decerle, député européen et ancien président des JA, fait le point sur la réforme de la PAC.

La réforme de la PAC est sur les rails depuis quelques temps déjà. Où en est-on ? Et quel est le calendrier ?

Jérémy Decerle. En 2018, la Commission européenne a proposé une réforme de la PAC, qui devait courir de 2019 à 2026. Le Parlement a aussi travaillé sur le sujet. Et trois rapports législatifs, sortes de plans stratégiques, ont été rédigés. Ils doivent maintenant être votés puis les travaux se poursuivront en trilogue, Commission, Parlement et Conseil européen. Mais le coronavirus va faire bouger le calendrier et il n’y aura sans doute rien de finalisé avant fin 2020. Le vote du budget va aussi orienter la PAC. Et si l’État français se bat pour ce budget, il est important que tout le secteur agricole fasse bloc, derrière lui. Et que nous construisions un argumentaire solide !

On a beaucoup entendu parler de verdissement des aides. Qu’en est-il exactement ?

J.D. Lutte contre le réchauffement climatique, écologie, environnement… Beaucoup d’objectifs ont été fixés à la PAC. Pour le moment, rien n’a encore été calé. L’agriculture française doit se servir de ses atouts, de son avancée en matière environnementale pour obtenir un verdissement qui soit pragmatique et incitatif. À nous d’être force de propositions ! Plusieurs mesures du contrat de solutions pourront ainsi être présentées. 
Avec ce qui se passe aujourd’hui, les États membres se rendent compte qu’il faut se reposer sur notre alimentation, notre agriculture. Nous avons là une fenêtre de tir pour reprendre le pas sur les ONG, qui prônent une écologie punitive, irrationnelle et dogmatique.

Les JA du Finistère ont fait de l’installation le thème de leur assemblée générale. Là-dessus, aussi, la PAC a un rôle à jouer...

J.D. Il y a moins d’un an, j’étais encore président des JA. L’installation est donc un enjeu qui me tient à cœur. Et à chaque fois que j’en ai l’occasion, je fais passer le message de la catastrophe démographique que vit actuellement l’agriculture en Europe : 5 % seulement des agriculteurs y ont moins de 35 ans, tandis qu’ils sont 50 % à être âgés de plus de 55 ans. Le renouvellement des générations doit être une priorité de la PAC, qui doit proposer des outils pour rendre le métier attractif. Je défends le dispositif français de la DJA qui fait que plus de 95 % des jeunes soient encore en activité 5 à 10 ans après leur installation. Même s’il est compliqué de le dupliquer, il faudrait un socle commun au niveau européen, avec une définition de l’actif agricole qui permette de percevoir des aides. Cette définition fait débat et parvenir à un cadre commun nécessite une Europe courageuse politiquement. Néanmoins, on avance sur le sujet.
Mais pour installer, il faut aussi que les agriculteurs arrivent à gagner leur vie ! Et il faut donc mettre en place des outils de régulation.

Les JA plaident pour que 4 % du budget de la PAC soient réservés à l’installation.

J.D. Pour y arriver, il va falloir argumenter ! Mais pourquoi pas : il est temps de refaire de l’installation une priorité au niveau européen. 

La France vient de lancer un débat sur la future PAC, ouvert à tous les citoyens. Et les agriculteurs s’inquiètent…

J.D. Je n’oublie pas d’où je viens. Et je peux vous garantir que le syndicalisme ne sera pas oublié dans ce débat ! Il faut que les agriculteurs fassent, une fois encore, la preuve de leur capacité à se mobiliser et s’y engagent à 200 %. Il faut faire reconnaître ce que les agriculteurs ont fait et continuent de faire en faveur de l'environnement. On n’a pas attendu ce débat pour agir !

 

Pour cause de coronavirus, les échanges avec Jérémy Decerle ont eu lieu par Skype, vendredi soir, lors de l’assemblée générale des JA. Le député européen a promis de revenir rapidement dans le Finistère, pour échanger de vive voix.

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