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À Kermené, le Covid-19 met les éleveurs de porcs en galère

Depuis le 14 mai dernier, l'abattoir Kermené dans les Côtes d'Armor (mouvement E. Leclerc) a fortement réduit son activité d'abattage après la découverte de 109 cas de Covid-19 parmi les employés. Pour les éleveurs de porcs costarmoricains essentiellement, les retards d'enlèvement causent de très gros soucis. Et si Kermené annonce un possible retour de sa pleine capacité cette semaine, les conséquences dureront plusieurs semaines en élevages. Explications.

Les problèmes d'engorgement des élevages porcins livrant à Kermené devraient pouvoir se résorber d'ici 2 à 3 semaines. Une réunion d'urgence s'est tenue en préfecture mardi avec les acteurs de la filière porcine à ce sujet.

"Un éleveur m'appelle le 14 mai pour me dire que le transporteur de Kermené ne viendra pas. Il a remis ses cochons dans l'élevage. Puis un autre, le lundi suivant...", rapporte un technicien d'élevage d'un groupement porc dans les Côtes d'Armor, interrogé la semaine dernière. Les appels se multiplient, depuis que l'abattoir Kermené a réduit son activité, frappé par l'épidémie de Covid-19, causant des nombreux retards d’enlèvement, s’ajoutant à ceux générés par les fériés du mois de mai. "L'angoisse pour les éleveurs est permanente, ils attendent, c'est l'incertitude. Ils ne peuvent ni laver, ni désinfecter, ni déplacer les animaux, c'est une galère sans nom", se désole le technicien. Les élevages saturent, il faut trouver de la place. "On est en train de tasser les porcs dans les cases. Chez un éleveur, il a pu adapter un bâtiment avec de la paille pour y déplacer ses jeunes porcs" (lire encadré). En élevage, c'est la triple peine entre la perte de plus-value des porcs lourds, l'indice de consommation dégradé et l'aliment supplémentaire, plus la gestion du travail chamboulée et des truies qui continuent à mettre bas.
L'apparition d'un cluster mi-mai dans l'abattoir Kermené à Saint-Jacut-du-Mené en Côtes d'Armor avec le dépistage positif Covid-19 de 109 employés, impacte les effectifs des ateliers de découpe et par ricochet l'abattage. En temps normal, chaque jour sont abattus jusqu’à 7 700 porcs. Interrogé, l'industriel n'a pas répondu. Toutefois, il évoquait dans un quotidien régional, une activité réduite de 50 % à partir du 19 mai, puis de 100 %, mardi 26 et mercredi 27 mai. "Ce jeudi 28 mai, les bétaillères livreront 3 000 bêtes et dans une semaine, nous devrions avoir retrouvé notre pleine capacité de production", indiquait le directeur de Kermené à nos confrères de Ouest-France la semaine dernière. 6 000 devaient être abattus mardi dernier, a indiqué une source.
En attendant, dans les groupements, il faut faire avec et pallier les situations des éleveurs les plus urgentes depuis le 15 mai. "À Porélia, Kermené représente à peine 40 % des abattages, essentiellement sur les Côtes d'Armor. On gère les porcs lourds en regardant les poids, les conduites en bande et la capacité à chacun de tenir", indiquait le directeur commercial, Jean-René Joliff la semaine dernière. En contact avec Kermené, le responsable a été informé que "tout devrait revenir à la normale dès la semaine prochaine. Mais le problème va durer sur le mois de juin. Il faudra probablement 3 à 4 semaines avant que cela se résorbe", estime-t-il.

 

Deux clusters, les abattoirs Tradival et Kermené

Les abattoirs sont des lieux hautement sensibles. En Bretagne, l'Agence régionale de Santé (ARS) recensait 109 cas positifs à l'abattoir Kermené après un premier dépistage le 15 mai et une seconde campagne menée le 19 mai auprès de 818 personnes. Chez Tradival dans le Loiret, 56 cas de Covid-19 ont conduit à la fermeture provisoire par décision préfectorale. "D’après les premières expertises, les contaminations auraient eu lieu dans les vestiaires", croit savoir le Modef (exploitants familiaux) dans un communiqué le 19 mai. Toutefois, les résultats des enquêtes de l'ARS n’étaient pas encore connues le 2 juin. Interrogé par Agra, pour Culture Viande, Kermené et Tradival "ont bien mis en place la stratégie sanitaire sur la distanciation et les vestiaires", en distribuant des masques aux opérateurs et en instaurant une distance de plus d’un mètre entre les salariés. Le directeur de Culture Viande rappelle que, dans le secteur de la viande, "les entreprises sont fortement employeuses de main-d’œuvre, avec plusieurs centaines ou plusieurs milliers de salariés par site". Alors que le coronavirus circule dans la population, "il est normal que, statistiquement, on trouve quelques cas dans les abattoirs".

150 000 à 180 000 porcs ne sont pas partis des élevages.

Quelles solutions pour dégager les porcs des élevages ?

Chez les industriels et les professionnels, on pense à la situation américaine, qui a subi un vrai désastre avec des salariées infectés causant des fermetures d’abattoirs et privant le pays d’environ 20 % de sa capacité d’abattage. Pour Paul Auffray, vice-président de la FNP et président de l'Ifip, qui a rencontré le préfet des Côtes d'Armor la semaine dernière pour échanger sur les solutions, son constat est sans appel. Il déplore le manque d'anticipation."Le problème, c'est surtout l'activité de découpe. Laisser les cas contact "négatif" à la maison, je le regrette. Au delà du problème de Kermené, l'ARS s e fiche de l'agriculture, les pouvoirs publics ont mis le bordel".
Enfin, face à l'urgence de dégager les porcs, mardi à l'initiative de la préfecture de Région, les acteurs de la filière porcine, l'interprofession, les abatteurs, le conseil régional et la chambre d'agriculture de Bretagne se sont retrouvés autour de la table pour trouver des solutions aux problèmes d'engorgement des élevages porcins. Sans devoir recourir à l'euthanasie, solution extrême. Au delà du problème de "Kermené", la situation globale a été mise à plat, à savoir les problèmes de débouchés nationaux, internationaux et les fériés du mois de mai. Au global, "le chiffre des porcs qui ne sont pas partis des élevages s'établit à 150 - 180 000", rapporte le président de la chambre d'agriculture de Bretagne, André Sergent à l'issue de la réunion de travail. "Les marchés se retournent complètement, il y a une reprise. L'ensemble des abatteurs présents ont dit qu'ils allaient augmenter leur capacité d'abattage. La préfecture a demandé à recevoir les chiffres de l'abattage semaine par semaine. Si cela suit, cela devrait se résorber d'ici 2 à 3 semaines", poursuit le président, qui évoque également l'augmentation de l'export en vif. Enfin des réunions de travail sont programmées également avec la Région (État) pour poursuivre la mise en place de l'AOP (le projet d'association d'organisations de producteurs).

 

abattoir Kermené

Kermené absent du MPB

Jeudi 28 mai, le cours est resté stable à 1,346 euro en l'absence de l’abattoir Kermené (depuis le 20 mai), indique le marché du porc breton, grâce à une tendance européenne initiée par l’Allemagne. "Cette situation a engendré 6 518 de porcs invendus à l'issue de la séance, causant de nombreux retards d’enlèvement qui viennent s’ajouter à ceux générés par les quatre fériés rencontrés depuis le 1er mai".
Au MPB, le souhait est que le cadran retrouve sa peine capacité de vente rapidement.

 

Un éleveur costarmoricain témoigne

Un éleveur NE costarmoricain, livrant la quasi totalité de ses porcs à Kermené avec la certification Le Cochon de Bretagne, décrit la situation à laquelle il est confronté depuis la mi-mai.
"J'avais un lot de 130 cochons sur le quai qui devait partir le vendredi 15 mai. On nous a prévenus qu'il y avait des cas de Covid-19. Les porcs sont finalement partis la semaine suivante. À cause de bagarre, il y avait un porc en moins. Quant aux poids, ils étaient de 97-98 kg : cela ne s'est pas trop vu. Mais les cochons prévus semaine 21 sont partis finalement cette nuit (jeudi 28) à 104 kg de moyenne. Au lieu d'une plus-value de 15 à 17 ct/kg, on tombe à 7 ct. De plus, nous étions en semaine de mise-bas mais pas de place ! Alors l'étable à génisses a été aménagée en deux cases sur paille pour accueillir 125 porcs par case âgés de 84 jours pour pouvoir sevrer la semaine prochaine.
En temps normal, ce sont 200 porcs charcutiers qui partent toutes les semaines. Là, il y a toujours une semaine de retard. Nous sommes peu informés par le groupement. C'est la galère au quotidien, cela perturbe tout le travail, nous avons rentré les porcelets en engraissement sans laver les cases. Mon seul espoir est que le groupement délocalise des lots à l'export.
Les gens n'imaginent pas comment est organisé un élevage ! Je trouve dommage que l'éleveur soit toujours la variable d'ajustement. Mon message est qu'il faut que les abatteurs et les acheteurs de porcs donnent des perspectives aux jeunes, sinon on va décourager l'envie de reprise des élevages et la ressource va se tarir".

 

 

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