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La bonne santé du sol en question

Non labour, inter-cultures, couverts végétaux, semis directs sont les bases de l'agriculture de conservation. Elle a fait de la fertilité des sols et de la lutte contre leur érosion son objectif principal pour l'amélioration des cultures. Des pratiques qui intéressent, y compris en bio, malgré la difficulté de maîtrise des adventices.

 

 

"Je teste le non-labour avec plus ou moins de succès. On est apprenti en bio sur le non labour. Nous n'avons pas la béquille du glyphosate. On manque de savoir-faire et de matériels adaptés",constate Christophe Royer, agriculteur meunier. Installé en grandes cultures à Neulliac, "c'est ma sixième année en bio. Avant, j'étais en non labour. Depuis 6 ans, j'ai ressorti ma charrue", note à regret Loïc Robin. Un constat partagé par Gilles Marchand, venu de St Caradec, en conversion depuis 2011. "Moi aussi, par peur du salissement. Je voudrais essayer de repartir sans labour", confirme-t-il. Ils sont une quinzaine, en ce lundi 12 janvier à vouloir alléger le travail sur leurs sols et pour ce faire, à s'être réunis, avec le Gab 56, autour de Michel Roesch, agriculteur alsacien, passé en bio en 2010, spécialiste de l'agriculture de conservation. Un domaine qu'il pratique sur les 28 ha de sa ferme alsacienne depuis 10 ans. Son mot d'ordre : maintenir la fertilité des sols pour assurer une productivité maximum avec un minimum d'intrants. Et la fertilité résulte de l'activité biologique. "C'est une grande erreur de l'agriculture moderne d'avoir négligé le carbone. La seule solution c'est de ramener de l'énergie au sol via le carbone".

 

Les couverts végétaux, ces ponts alimentaires

La clé ? "C'est la gestion des résidus de cultures et l'implantation des couverts végétaux", assure cet homme qui concilie l'économie (le revenu) avec l'environnement (préservation du sol) par l'agronomie. Une révélation tardive. "C'est grâce à un problème que j'ai changé". En 20 ans de pratique de labour et de monoculture de maïs, ce cultivateur voit la matière organique de ses sols chuter de 2,2 % à 1,4%. "C'était critique alors qu'on laissait tous les résidus du maïs au sol, sauf le grain. Ce problème, j'ai mis des années à l'accepter". L'interdiction de ramener du compost "gratuit" fait à base de déchets verts et de boues de station d'épuration, sur ses terres situées en périmètre de captage, le force à modifier ses pratiques. "J'ai arrêté le labour pour avoir un sol de qualité, une stabilité culturale et cette capacité du sol à gérer l'eau. Je ne voulais pas perdre ça en passant en bio. L'agriculture de conservation m'a donné confiance". Ses alliés principaux ? "Les vers de terre, ils m'ont permis d'aller vite mais il faut les nourrir". Pas de doute pour Michel Roesch la fonction des couverts végétaux, en mélange avec un taux minimal de 50 % de légumineuses, est essentielle. "Ils produisent de la biomasse pour transformer l'énergie solaire en CO2". Ils vont structurer le sol grâce à leurs racines étagées auprès de laquelle l’activité biologique est dopée. "Ils sont le pont alimentaire de la micro et macro faune du sol entre les cultures principales".

 

Claire le Clève

 

 

Accroche : Aristote disait déjà : "Le sol, c'est l'estomac des plantes"

 

 

Encadré

 

Un plan d'actions vers une agriculture de conservation

Laisser le sol couvert et gérer les résidus de surface

Éviter les périodes sans végétation qui capte l'énergie solaire

Perturber au minimum le sol par des actions mécaniques brutales, cela ne veut pour autant pas dire de ne pas travailler...

Vérifier le bon équilibre des éléments minéraux

Quel taux de MO idéal

La matière organique, c'est le capital d'un sol. Pour évaluer le taux minimum à avoir en terre, il faut connaître la teneur en argile de son sol. Le taux recommandé est 18 % de la teneur en argile du sol. En Bretagne ce taux est inférieur à 10 %, on veillera à se situer à 1,8 % de MO.

 

Le saviez vous ?

Le concept d'agriculture de conservation est né aux Etats Unis en 1935 à la suite des phénomènes de Dust Bowl, tempêtes de poussière de middle west. Elles étaient la conséquence du labourage des grandes plaines et l'érosion éolienne qui a fait disparaître 4/5 des terres cultivées. Un phénomène qui a jeté des millions d'agriculteurs américains sur les routes au moment de la grande dépression (1930).

En 2011, 117 millions d'hectares étaient cultivés avec les techniques de l'agriculture de conservation dans le monde, soient 8 % des terres cultivées mondiales.

Aux USA, 50 % des terres sont en TCS (et 25 % en semis-directs), 70 % dans les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay), 50 % au Canada, 90 % en Australie, 17 % en France (source INRA).

 

 

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