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La colère du "Peuple du lait"

A l'heure du Festival de Cannes, le "Peuple du lait" a présenté, à la fin de la semaine dernière, un scénario catastrophe hélas trop courant : le "salaire de la misère". Mais ici, pas de tapis rouge, seulement la grisaille de la rue et une colère heureusement contenue.

"Citerne de la honte", "Prix de la ruine", "Paysans en colère" : devant la sous-préfecture, à Fougères, vendredi 15 mai, les messages des producteurs laitiers, ayant répondu en nombre à l'appel de la FDSEA et des JA, étaient sans ambiguïté. Tous l'ont dit à maintes reprises : qui pourrait survivre à une baisse de revenu de 30% ? Or c'est une réalité que chacun vient de vérifier en recevant les paies de lait du mois d'avril. D'où cette mobilisation dans tout le département, mais aussi dans toute la France.

La présence de Jean-Pierre Fromentin (Lactalis) devant la sous-préfecture aux côtés des producteurs de lait témoignait, non seulement de la gravité de la situation, mais encore d'une certaine solidarité ou tout au moins de la volonté "de sortir par le haut de cette crise. On peut comprendre le désarroi face à une baisse si violente. Mais il faut se parler. Il faut gérer cette crise ensemble, retourner autour de la table. Les autorités ont les moyens d'aider à renouer le dialogue. Elles doivent s'y atteler rapidement, d'autant plus que ce sont elles qui ont contribué à faire mourir l'interprofession alors que la crise rendait celle-ci encore plus indispensable", estime Jean-Pierre Fromentin.

En cela, il rejoint Marcel Denieul (et vice-versa) qui ne peut que constater "l'ampleur du massacre", affirmant que "certains ont allumé la mèche du bâton de dynamite, y compris les pouvoirs publics". Au sortir de l'entrevue de la délégation avec le sous-préfet, en présence du député Thierry Benoit, Marcel Denieul, responsable de la section laitière FDSEA, s'est montré ferme. "Pour nous, le prix du lait du mois d'avril n'est pas définitif. Ce n'est qu'un acompte".

Rien ne justifie une telle dégringolade des prix, car, pour les représentants syndicaux, "le gros de notre lait n'est pas valorisé qu'en beurre-poudre". Pour eux, des marges de manœuvre existent. Elles doivent être exploitées rapidement d'autant plus qu'un autre risque guette la filière : celui de voir les GMS baisser le prix d'achat des produits laitiers -ce que certaines auraient déjà tenté de faire- et d'accélérer ainsi la spirale à la baisse.

"Un prix acceptable serait de 305 euros pour 1000 litres sur l'année, estime Marcel Denieul. Nous avons dit au sous-préfet qu'il y a le feu, qu'il y a un vrai danger. Si cela continue, on n'aura plus rien à perdre".

Que serait le pays de Fougères sans les producteurs laitiers, sans les emplois induits qu'ils génèrent ? Cela, le député l'a fort bien compris et l'a dit aussi aux manifestants, estimant leur "mobilisation justifiée et déterminante". Un député qui, il y a quelques semaines déjà, a reçu Michel Barnier dans sa circonscription. La mèche n'était pas encore allumée, mais tout le laissait présager. C'est pourquoi, a-t-il démontré en lisant la question qu'il lui a adressée dès octobre, il n'a pas attendu les paies d'avril pour en alerter le ministre, mettant l'accent sur la responsabilité des GMS et refusant de voter une loi de modernisation de l'économie qu'il a jugée trop déséquilibrée entre la production, la transformation et la distribution.

Voilà, le premier volet du "salaire de la misère", s'est achevé dans le calme et en toute dignité, comme le voulaient les syndicalistes. Mais le mot "Fin" reste en suspens.

 Les actions se multiplient

 Depuis une semaine, les actions des producteurs de lait se sont multipliées. Des camions de collecte ont été bloqués à Saint Germain du Pinel, Hédé, Retiers, Saint Aubin d'Aubigné, Combourg, Cesson, Liffré, Vitré, Montauban, Bain de Bretagne. L'usine Lactalis de Retiers a été perturbée pendant la nuit du 14 mai. Entremont à Montauban a également reçu la visite des producteurs en colère. Des actions ont également visées les grandes surfaces à Dol, Fougères, Liffré, Janzé. Autour de la grande manifestation du 15, pour laquelle plus de 1.000 producteurs se sont mobilisés, des actions ont eu lieu, en différents points, avec blocage de camions, amenés en convoi à Fougères.

Depuis lundi après-midi, 6 plateformes logistiques de la grande distribution sont bloquées. Mardi 19, aux aurores, les producteurs sont allés réveiller le préfet pour exiger des Pouvoirs publics qu'ils jouent leur rôle dans cette crise. D'autres actions vers les pouvoirs publics et les entreprises devraient encore avoir lieu.

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